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Monopoly, Uno… Comment ces jeux classiques restent des best-sellers

Monopoly, Uno, Cluedo… Comment les jeux de société classiques restent-ils des best-sellers ?

double jeuLes amateurs du genre les regardent souvent de haut, mais les jeux de société classique continuent d’animer les soirées en famille et entre potes. Quel est donc le secret de leur longévité ?
Claire Frayssinet

Claire Frayssinet

L'essentiel

  • Les jeux de société connaissent une forte croissance avec 34 millions de boîtes vendues en France en 2024 pour un chiffre d'affaires de 587 millions d'euros, et plus de 1.000 nouveautés chaque année.
  • Les jeux classiques maintiennent leur popularité grâce aux déclinaisons thématiques et adaptations de licences.
  • Les éditeurs adaptent les règles pour réduire la durée des parties tout en préservant l'essence des jeux originaux.

Ce sont des souvenirs de vacances que tous les Français ou presque pourraient raconter : une partie de Monopoly qui s’éternise jusqu’à ce que le seul joueur qui accepte de poursuivre la partie soit déclaré gagnant, des parties d’Uno endiablés où chacun prend bien soin d’interpréter les règles à son avantage ou encore la nouvelle vie d’un Docteur Maboul après la découverte d’un jeu à moitié complet dans un placard de mamie… Car oui, les jeux de société font partie d’un patrimoine culturel collectif et constituent encore aujourd’hui la deuxième plus forte croissance dans l’univers des jouets avec 34 millions de boîtes vendues en France en 2024 pour un chiffre d’affaires de 587 millions d’euros, en croissance de 2,4 % par rapport à 2023. A titre de comparaison, le marché pesait 300 millions en 2013. Et encore, ces chiffres du Cabinet Circana ne prennent pas en compte les ventes en ligne et en boutique spécialisées. Chaque année ce sont plus de 1.000 nouveaux jeux qui viennent grossir les rayons. Au milieu d’une telle abondance, comment les jeux de société de notre enfance parviennent-ils à trouver (encore) une place dans nos loisirs ?

Des déclinaisons adaptées aux sorties télé et ciné

Contre toute attente, alors qu'on pensait le « taux d'équipement« il se vend entre 100.000 et 200.000 Monopoly classiques chaque année en France» explique Pierre-François Periquet, senior Brand Manager chez Hasbro, le distributeur du jeu. « Et on écoule entre 500.000 et 1 million de Monopoly par an si on inclut l’ensemble des déclinaisons » ajoute le professionnel. Car le secret de la longévité d’un succès passe aussi par les variations dont le jeu peut bénéficier.

« On a en effet des déclinaisons avec des univers qui correspondent à des sorties au cinéma comme Lilo & Stitch, en passant par des thématiques un peu différentes comme les régions pour le Monopoly ou même des déclinaisons sur des thématiques comme les vins sur un Trivial Pursuit, précise Pierre-François Periquet. Certains jeux comme le Monopoly calquent énormément de marques dessus. C’est ce qu’on appelle du skinning ou du skinage. On met un dessin dessus et c’est un Monopoly à thème. Soit c’est un jeu élaboré pour correspondre à un univers et on va changer légèrement ou complètement les règles ».

Des règles à réinventer

D’autres variations concernent davantage les mécaniques de jeu comme l’explique Anne Besson, Directrice Générale de Mattel France qui édite des classiques comme le Uno ou le Scrabble : « En 2024, on a lancé un nouveau scrabble qui est le deux en un avec la version classique et une version plus coopérative si on retourne le plateau. C’est une façon d’innover, de changer de façon de jouer ». De nouvelles façons de jouer, c’est la spécialité du Uno, comme le signale Anne Besson, « On a lancé la version « No Merci » justement qui consiste à utiliser toutes les règles que les joueurs aimaient inventer. On peut par exemple empiler beaucoup de + 4 les uns sur les autres ». L'adaptation peut être saisonnière, comme avec le calendrier de l’Avent Cluedo qui est « une façon d’adapter l’univers de Cluedo avec un indice tous les jours jusqu’à Noël » se réjouit Pierre-François Periquet. Mais attention, adapter un jeu c’est aussi ne pas toucher à certains totems explique le senior Brand Manager chez Hasbro, « si vous avez pas de case prison sur un Monopoly, ce n’est pas un Monopoly, ça fait partie de l’ADN du jeu comme la case départ et la case parc gratuit ».

Le clacissime l'emporte toujours

Car finalement, les joueurs reviennent toujours au plateau classique. A Noël, c'est le jeu original qui a toujours la primeur, « Mine de rien, chaque année y a des enfants qui ont leur premier Monopoly sous le sapin, en junior ou en classique. Avant de passer par le produit licence, y a vraiment le test de savoir si l'enfant ou le futur acquéreur du Monopoly va être intéressé par le jeu » analyse Pierre-François Periquet.

Laurent, créateur du bar à jeu Jovial dans le 19e arrondissement de Paris reconnaît être étonné par la demande des joueurs, « on a un certain public qui aime jouer, mais qui, peut-être par nostalgie, peut-être par facilité, va jouer beaucoup au Monopoly, à La Bonne paye ou au Cluedo. Tous ces jeux plus anciens qui ont bercé notre enfance. On pensait que les clients bouderaient ces jeux souvent critiqués assez longs et punitifs. Au Monopoly par exemple, quand on est éliminé, on va attendre que les autres soient éliminés, ça peut-être assez long… Mais finalement on a un public qui reste attaché à ce type de jeu ».

Les éditeurs cherchent justement la parade pour accompagner les joueurs vers de nouvelles versions qui ne dénaturent pas le jeu initial tout en essayant d’en corriger les limites. Chez Mattel, les versions cartes à jouer sont au coeur de ces renouvellements. « Avant on était sur des parties qui pouvaient durer entre une et deux heures, explique Anne Besson. Aujourd’hui c’est entre 30 et 15 minutes, quitte à rejouer plusieurs partie. Si la partie est trop compliquée ou trop longue, on sait que ça ne marche pas bien ». Pour les jeux de société, comme pour plein d’autres choses, la longueur rime parfois avec torpeur.