Hauts-de-France : La filière automobile fait de la résistance électrique dans la région
TECHNOLOGIE•L’implantation de trois usines de batteries pour voitures électriques permet à la filière automobile de maintenir sa présence historique dans les Hauts-de-FranceGilles Durand
L'essentiel
- Depuis trois ans, trois installations de giga usines de fabrique de batteries pour véhicules électriques ont déjà été annoncées dans les Hauts-de-France.
- Ces gigafactories doivent permettre de créer environ 10.000 emplois dans les prochaines années.
- A Douvrin, dans le Pas-de-Calais, l’entreprise ACC doit commencer la production de batteries au second semestre.
Début d’une nouvelle ère ? L’année 2023 doit marquer le renouveau de l’industrie automobile dans les Hauts-de-France, seule région de France à bénéficier de l’implantation de gigafactories, ces usines qui doivent confectionner les batteries électriques pour les voitures du futur. 20 Minutes fait le point.
Trois gigas usines qui changent tout
Depuis trois ans, les bonnes nouvelles se succèdent. En septembre 2020, un consortium PSA/Opel et Total/Saft concrétisait officiellement l’implantation d’ACC (Automotive Cells Company) à Douvrin, dans le Pas-de-Calais, et à Kaiserslautern, en Allemagne. Le démarrage de la production est prévu au second semestre 2023. Elle doit atteindre sa pleine puissance à horizon 2030, pour équiper 1 million de véhicules électriques par an, soit plus de 10 % du potentiel marché européen.
L’année suivante, en 2021, c’est l’entreprise chinoise AESC-Envision, fournisseur de Renault, qui faisait une demande pour implanter, en 2024, un pôle électrique à Douai, dans le Nord. Enfin, l’an dernier, en février, la start-up grenobloise Verkor, soutenue par Renault, Schneider Electric et Arkema, a également annoncé avoir choisi Dunkerque, dans le Nord, pour fabriquer des cellules de batterie bas-carbone à partir de 2025. La construction de l’usine sur un site de 150 hectares doit débuter cette année, après un processus de consultation publique.
« C’est le signe que la filière automobile a encore un bel avenir sur le territoire, confie Luc Messien, délégué général de l’Association régionale de l’industrie automobile (Aria). Beaucoup nous envient ces gigas usines, mais nous nous sommes battus pour ça. Il y a eu un gros travail de préparation et d’anticipation. Nous sommes allés notamment en mission sur le sujet dès 2016, au Japon. »
Un potentiel d’au moins 10.000 emplois
Les gigas usines qui vont s’ouvrir à Douvrin, Douai et Dunkerque représentent un potentiel d’environ 10.000 emplois. « Notre ambition est d’attirer des femmes dans ces nouveaux métiers qui concerneront aussi les tâches de laboratoires », souligne Luc Messien. Selon l’Aria, « 25 millions d’euros sont, d’ores et déjà, consacrés à la formation et à l’attractivité pour ces gigas usines via l’appel à manifestation d’intérêt compétences et métiers d’avenir baptisé Electro’mob ».
Il est déjà possible de postuler pour ces métiers de maintenance industrielle. A Douai, par exemple, le groupement d’établissements (Greta) a lancé certaines formations sur les métiers de la batterie, en partenariat avec la région Hauts-de-France. Partenariat concrétisé par la visite conjointe, jeudi, sur les lieux, de Laurent Rigaud, vice-président de région chargé de la Formation et de Patrice Le Guyader, directeur d’AESC Envision qui chapeaute le futur pôle « Electricity » de Renault.
Avenir incertain ou effet boule de neige ?
En 2005, au plus fort de la fabrication automobile dans la région, environ un million de véhicules étaient produits par an. « En 2022, on en est loin. Mais, avec une production de 700.000 [véhicules], nous sommes en progression par rapport aux années précédentes », rassure Luc Messien. Néanmoins, la première région de France (environ un tiers des véhicules produits dans le pays) connaît des difficultés.
« Il y a quelque temps, beaucoup de craintes demeuraient au sujet des véhicules thermiques, car nous sommes la région où on en fabrique le plus, avoue Luc Messien. Et le court terme reste encore compliqué. De nombreuses entreprises de ce secteur, qui souffrent toujours, doivent tenir pour être au rendez-vous quand la lumière va s’allumer. »
Selon le responsable de l’Aria, « il y a un intérêt à la concentration, c’est pourquoi une usine en attire une autre ». « L’écosystème qui se bâtit autour de la fabrication de batteries va redynamiser la région », assure-t-il. Ainsi, en octobre, est tombée l’annonce d’une éventuelle quatrième usine, cette fois de séparateurs de batteries. La société japonaise Wscope, associée au Français Alteo, doit investir 600 millions d’euros. Le lieu précis, dans les Hauts-de-France, doit être précisé d’ici quelques mois.
Entre 2019 et 2021, 17 entreprises à capitaux étrangers ont investi dans la région contre 4 à capitaux français. Pourtant, quand on évoque la dépendance, surtout à la Chine, Luc Messien se veut pragmatique : « Le savoir-faire se trouve en Chine. Et je préfère des entreprises chinoises qui fabriquent avec nos salariés. »



















