Essence, électricité, hydrogène… Le « mix énergétique » de Madic pour alimenter le parc automobile français

CONSOMMATION Fabricant de pompes à essence, de bornes de recharge électrique et hydrogène, le groupe Madic se prépare à devoir alimenter un mix énergétique pour les véhicules de demain

Mickaël Bosredon
Une station hydrogène conçue par Madic Group
Une station hydrogène conçue par Madic Group — Mickaël Bosredon
  • Après un demi-siècle d’activité dans le milieu pétrolier, le groupe Madic prépare la transition énergétique avec la production d’une gamme de bornes de charge pour les véhicules électriques, et de distributeurs d’hydrogène.
  • Un parc automobile 100 % électrique d’ici à dix ou quinze ans est inimaginable selon ce poids lourd des énergies automobiles, qui mise sur une diversité des énergies.
  • « L’hydrogène, c’est l’avenir, estime le président et fondateur du groupe, mais il ne se développera pas avant une dizaine d’années. »

Madic, ce nom ne vous dit certainement rien. Pourtant, vous avez sans doute déjà payé votre essence sur une de leurs bornes, puisque 70 % des automates des pompes à essence sont fabriqués dans leur usine.

Cette holding a inauguré ce jeudi à Saint-André-de-Cubzac, près de Bordeaux, son nouveau pôle technologique. Après un demi-siècle d’activité dans le milieu pétrolier, le groupe Madic prépare la transition énergétique avec la production d’une gamme de bornes de charge pour les véhicules électriques, et de distributeurs d’hydrogène. « Nous allons aussi continuer à fabriquer des pompes à essence, annonce le fondateur et président du groupe, Christian Blossier, mais nous allons accompagner la lente régression du pétrole, qui sera progressivement remplacé par d’autres carburants liquides mais non-fossiles, par de l’électrique et de l’hydrogène. »

« Un vrai risque de black-out » s'il y avait trop de véhicules électriques

Dans quelles proportions ? « On ne sait pas ce qu’on fabriquera dans dix ans, avoue le président du groupe. Ma conviction est que le parc automobile français sera multi-énergies : il n’y aura pas une seule énergie, c’est impossible. » C’est pourquoi l’usine de 18.000 m2 et ses 11 lignes de production ont été conçues de manière modulaire. Si le marché de la mobilité électrique devait atteindre ses limites, les chaînes de production sont interchangeables et pourraient s’adapter à une mobilité différente.

Un parc automobile 100 % électrique d’ici à dix ou quinze ans, est en effet inimaginable pour ce poids lourd des énergies automobiles. « Avec 40 millions de voitures en France, la transition énergétique va être lente, et je note que la décision de l’Europe d’arrêter les moteurs thermiques en 2035 est déjà remise en cause par plusieurs pays, analyse Christian Blossier. Certainement qu’il faudra envisager une clause de revoyure à ce calendrier, car c’est impossible d’arrêter la voiture thermique en 2035. D’autant plus que nous n’avons pas la ressource énergétique pour faire fonctionner ne serait-ce que 20 millions de voitures électriques. »


Fabrice Chapelain, directeur général du groupe Madic, devant une borne de recharge électrique fabriquée par son groupe.
Fabrice Chapelain, directeur général du groupe Madic, devant une borne de recharge électrique fabriquée par son groupe. - Mickaël Bosredon

« Si on a ne serait-ce que 20 ou 30 % du parc de voitures en électrique, on va commencer à avoir des soucis, abonde le directeur général du groupe, Fabrice Chapelain. Imaginez la quantité de véhicules qui vont se mettre à recharger. Il y a un vrai risque d’arriver, à un moment donné, à un black-out. » Frabrice Chapelain mise aussi sur la diversité des énergies, « d'autant plus que l'on ira vers des carburants de moins en moins polluants, voire zéro émission. »

« L’hydrogène nous tient particulièrement à cœur »

Cela ne veut pas dire que Madic ne croit pas à l’électrique. « Le marché est là, et notre production de bornes de recharge est exponentielle. Nous nous préparons à connaître une très forte progression dans les prochaines années, ajoute Fabrice Chapelain. Certains grands comptes s’équiperont de 30.000 ou 40.000 bornes, nous sommes prêts à répondre à ce type de commandes, avec malgré tout deux contraintes : la disponibilité de certains composants, et le manque de main-d’œuvre, que ce soit pour l’assemblage et la R & D. »

Dans le mix énergétique envisagé par Madic, « l’hydrogène nous tient particulièrement à cœur » poursuit le fondateur du groupe. « L’hydrogène, c’est l’avenir, car c’est une technologie beaucoup moins consommatrice d’énergie. Il faut se positionner dessus maintenant, même s'il ne se développera pas avant une dizaine d’années. »

« L’hydrogène commencera par les poids lourds, ajoute Fabrice Chapelain, car la batterie électrique ne pourra pas leur offrir suffisamment d’autonomie. On démarrera avec de petites unités mobiles proposant un hydrogène vert, c’est très important, c’est-à-dire de l’hydrogène fabriqué à partir d’éoliennes par exemple. »

« Réinventer le modèle de la station-service »

Cette panoplie énergétique, devrait offrir au consommateur un choix en fonction de ses usages. « Pour de l’urbain, l’électrique c’est génial, mais si on fait de plus longs trajets, c’est déjà un peu plus compliqué, même si d’énormes progrès ont été réalisés, analyse le directeur général. On se dirige d’ailleurs vers plusieurs typologies de distribution sur une même station-service. »



Fabrice Chapelain estime qu’il va falloir « réinventer le modèle de la station-service. » « Dans le périurbain, on peut imaginer une station dans laquelle on dépose sa voiture thermique, pour emprunter un petit véhicule électrique afin de se rendre en centre-ville. Les stations sur les autoroutes devront, elles, s’adapter aux automobilistes qui s’arrêtent recharger leur voiture électrique, et proposer du service pendant ce laps de temps… La station de demain devra évoluer pour proposer tout un réseau de services additionnels. »

Le secteur rural n’est pas en reste, avec une nouvelle solution proposée par Madic, qui conçoit depuis peu des nanostations, c’est-à-dire de petites stations essence « plug and play ». Raccordées à une cuve, « elles permettent d’être installées très rapidement, en quinze jours, et sont entièrement connectées pour être gérées à distance, sans pompiste, explique Christian Blossier. Elles peuvent ainsi équiper des petites communes rurales, où les grosses stations ne veulent plus aller parce que ce n’est pas rentable. »