Jo-Wilfried Tsonga face à Kei Nishikori en quarts de finale de Roland-Garros, le 2 juin 2015.
Jo-Wilfried Tsonga face à Kei Nishikori en quarts de finale de Roland-Garros, le 2 juin 2015. - Michel Euler/AP/SIPA

Disons-le tout de suite, Jo-Wilfried Tsonga et les demi-finales de tournois du Grand Chelem, c’est une histoire compliquée. Avant celle tant attendue contre Stan Wawrinka, ce vendredi, à Roland-Garros, le Français a déjà essayé de franchir la marche à cinq reprises. Quatre fois, il s’est ramassé, dont la dernière assez sévèrement ici même à Roland-Garros en 2013, quand David Ferrer l’avait fait chuter en trois petits sets et à peine deux heures de jeu.

« C’était comme une avalanche et il n’y avait aucun moyen de la stopper »

Pas question ici, toutefois, de se lamenter en ressassant de douloureux souvenirs. Déjà, Tsonga est plutôt du genre à apprendre de ses erreurs. Surtout, aussi lointaines soient-elles, il peut toujours s’appuyer sur des sensations autrement plus productives : celles de sa seule victoire à ce stade de la compétition, lors de l’Open d’Australie 2008. Alors 38e mondial, le grand Jo, 22 ans, avait sorti le match de sa vie. Une démonstration d’1h56 qui lui avait permis de coller, grâce à 49 coups gagnants, 18 aces et 75 % de réussite à la volée, un violent 6-2, 6-3, 6-2 à Rafael Nadal.

Attention, à cette époque, l’Espagnol, bien qu’âgé de seulement 22 ans, n’était déjà plus ce jeune prodige que l’on croyait seulement bon à faire sa loi sur terre battue. En 2007, il avait déjà atteint pour la deuxième fois la finale de Wimbledon. Il triomphera d’ailleurs sur le gazon londonien quelques mois après le « tsunami Tsonga », puis atteindra le dernier carré de l’US Open. Oui, c’est bien ce Nadal-là, 2e joueur mondial, qui a déclaré après coup : « Je n’aurais pas pu servir mieux, je n’aurais pas joué plus fort en coup droit. La vérité est que c’était comme une avalanche et il n’y avait aucun moyen de la stopper ».

Des raclées comme celle-ci, l’homme aux désormais 14 tournois du Grand Chelem n’en a pris pas pris beaucoup d’autres en tournois majeurs. Quatre, en fait, face à Fernando Gonzalez (2, 4 et 3 en quarts de finale de l’Open d’Australie), Juan Martin Del Potro (2, 2 et 2 en demi-finale de l’US Open 2009), David Ferrer (4, 2 et 3 en quarts de l’Open Australie 2011) et Tomas Berdych (2, 0 et 6 en quarts de l’Open d’Australie 2015). Autant dire que Tsonga conserve une place à part dans son cœur.

« Un début de match de malade qui l’a débloqué »

Le Français, de son côté, n’a pas si souvent que ça reparlé de ce match pas comme les autres. C’est le cas dans une belle interview accordée au magazine GQ de ce mois de mai. « Ce jour-là, j’étais sur un nuage. Je faisais n’importe quoi et ça rentrait. J’avais cette insouciance du joueur qui venait de gagner plein de matchs, qui étaient jeune, qui ne connaissait rien, raconte-t-il. J’étais en pleine confiance, je fermais les yeux, je mettais ma raquette et ça marchait. J’ai atteint un niveau incroyable. »

Son coach de l’époque, Eric Winogradsky, se souvient avoir été bluffé par son poulain. « On pouvait s’attendre à ce qu’il soit très tendu, mais il lui a sauté à la gorge, explique-t-il à 20 Minutes. Il a fait un début de match de malade qui l’a bien débloqué, et ensuite a évolué à un niveau où l’on n’évolue pas tous les jours. Il était dans une forme physique incroyable, il avait accumulé beaucoup de confiance dans les tours précédents. Tous les paramètres étaient réunis. »

La joie de Tsonga après sa victoire en demi-finale de l’Open d’Australie contre Rafael Nadal, le 24 janvier 2008. - LUI/CHINE NOUVELLE/SIPA

Tout cela, Tsonga l’avait - à peu près - dit dès la fin du match au micro de Jim Courier, dans la fournaise de la Rod Laver Arena. Un échange cocasse et rafraîchissant, où Tsonga explique qu’il ne pouvait rien lui arriver. « Est-ce que vous avez juste essayé de frapper fort dans tout ce qui bougeait ? Parce que c’est l’impression que ça donnait », lui demande ainsi l’ex champion américain. « Oh, oui, c’était clairement ma tactique », répond le Français en se marrant. A voir à partir de 15’50 sur la vidéo.

Les images de ce match rappellent certaines séquences aperçues depuis le début de cette quinzaine. Peut-être pas à ce point d’insolence, mais tout de même.

Souvent blessé ces derniers temps, Tsonga ne s’est pas affolé et a continué sur la voie qu’il s’est choisie. « J’ai le sentiment que tous les efforts que j’ai faits au cours des deux derniers mois me prouvent que lorsque l’on travaille dur, quand on reste positif, quand on continue à avoir confiance en soi, on peut réaliser des miracles », disait-il en début de semaine. En avril, après une vilaine défaite contre Granollers à Barcelone, il avait expliqué au quotidien L’Equipe en quoi consiste sa nouvelle approche.

C’est le moment, en effet. Bien sûr, vendredi, il ne s’agira pas d’essayer de répéter le même match qu’en ce jour béni de 2008. « Ce serait une erreur, juge Winogradsky. Il y a des matchs où l’on joue tellement bien qu’il ne faut pas trop s’appuyer dessus. Tout est différent. » Lorsque GQ lui a demandé si, depuis 2008, il s’était un jour senti aussi bien sur un court, Tsonga a répondu : « Cela m’est arrivé quelquefois. Mais plus jamais sur des gros matchs comme celui-là ». Ça vaudrait peut-être le coup de réessayer, au cas où.

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