Ballon d’Or: Cristiano Ronaldo «le bon samaritain», la fin d’un mythe?
FOOTBALL•Le meilleur joueur de l’année, réputé généreux, a été sacré en plein scandale fiscal…Vincent Barros
Celui-là, pas de doute, il ne l’a pas volé. Cristiano Ronaldo a conquis ce lundi soir son quatrième Ballon d’Or, qui couronne son année exceptionnelle. Vainqueur de la Ligue des champions avec le Real Madrid en mai, de l’Euro avec le Portugal en juillet, auteur de 51 buts en 55 matchs depuis janvier, bon, il n’y a pas scandale. Sur le terrain, le Portugais a fait ce qu’il fallait. En dehors, en revanche…
Car oui, pile au moment où l’on célèbre « le meilleur footballeur du monde », celui-ci est accusé d’évasion fiscale. Et pas qu’un peu. Selon les « Football Leaks », une enquête réalisée par un consortium de 12 médias européens (dont Mediapart), CR7 « a encaissé, en toute discrétion, un total de 149,5 millions d’euros de revenus de sponsoring dans des paradis fiscaux ces sept dernières années ». Quoi, Ronaldo « le bon samaritain », du moins présenté comme tel à longueur d’articles ou de posts sur les réseaux sociaux, celui-là même qu’une association américaine saluait l’année dernière comme « l’athlète le plus généreux de la planète », ne serait pas totalement irréprochable ?
a« Au Portugal, tout le monde s’en fout de ces histoires »
Si la fraude est avérée, Ronaldo risque six ans de prison ferme. « Ce serait incompréhensible, en gagnant scandaleusement ce qu’il gagne, qu’il échappe au fisc », relevait la semaine dernière Miguel Sousa Tavares. Invité sur le plateau de la chaîne SIC Noticias, ce chroniqueur au journal Expresso - l’équivalent portugais de Mediapart - fulminait : « Ronaldo, par exemple, a 25 voitures de luxe. Donc les footballeurs sont multimillionnaires, mais ils ne donneraient pas le bon exemple ? On parle quand même de gens qui sont encensés par la presse, idolâtrés par le peuple, représentés comme des héros nationaux. »
Miguel Sousa Tavares est pourtant l’un des rares au Portugal, à envisager que puisse être écornée la sacro-sainte image de Ronaldo, dans un pays où il est déifié depuis la conquête historique du dernier Euro en France. « Ici, clairement, tout le monde s’en fout de ces histoires, coupe Almiro Ferreira, du Jornal de Noticias. D’autant que la fraude est une pratique courante dans toute la société, les Portugais le savent. Ronaldo a beaucoup de crédit ici, il peut quasiment faire ce qu’il veut. »
Sa générosité « n’est pas feinte »
En son pays, Ronaldo sera toujours prophète. Et son honneur, toujours sauf. « On trouvera très rarement un article négatif sur lui dans la presse, confirme Marco Martins, correspondant en France du journal sportif portugais Record et co-auteur de la biographie Cristiano Ronaldo – Orgueil, gloire et préjugés (éd. Solar). Les Football Leaks ne choquent pas vraiment les Portugais. Je dirais même que, s’il est prouvé que Ronaldo a volé 150 millions d’euros à l’Espagne (où le joueur est domicilié), ça va les faire doucement rire… Quand on a autant d’argent, les gens ne se font pas d’illusions. Les Luis Figo, les José Mourinho, les Carlos Queiroz ont déjà eu des problèmes similaires. Lionel Messi et Neymar aussi se sont fait pincer par le fisc. »
A ceci près que, ces derniers, à l’inverse de CR7, n’ont jamais eu cette réputation de « sportif au grand cœur ». Réputation largement entretenue par son entourage et l’intéressé, qui faisait encore vibrer ce week-end sa corde humaniste en postant une photo de lui en compagnie d’enfants malades au sein d’une fondation madrilène.
« Sa générosité n’est pas feinte à partir du moment où elle est liée à l’enfance, assure son biographe. Lui a été privé de la sienne, puisqu’il a quitté très tôt son île de Madère pour intégrer le centre de formation du Sporting. Il aime aider les enfants, il le montre. Après, ses dons, ses bonnes actions, c’est beaucoup de com’, évidemment, mais parce qu’on vit dans un monde de communication. »
A moins qu’il ne soit envoyé six piges en prison, le quadruple Ballon d’Or sera toujours un héros au Portugal. A l’international, en revanche, le crime fiscal dont on l’accuse pourrait ternir son image de footballeur bankable. « Peut-être en France, parce qu’on s’intéresse beaucoup à l’argent, note Marco Martins. En Angleterre aussi. Et en Espagne, parce qu’ils sont touchés directement. Mais aux Etats-Unis, où il a pas mal de marchés, notamment avec Nike, ou en Asie, je pense qu’il survivra à ce scandale. »


















