JO 2024-2028: Paris a entamé sa partie de poker menteur avec Los Angeles
JEUX OLYMPIQUES•Pour 2024, ni Paris ni Los Angeles ne veut lâcher l'affaire...Aymeric Le Gall
Alors que les délégations françaises et américaines se préparent à passer un nouveau grand oral ce mardi, à Aarhus, au Danemark, devant les fédérations internationales, un sujet en particulier est dans toutes les têtes : celui de l’hypothétique double attribution des Jeux olympiques de 2024 et de 2028 émise par Thomas Bach, le président du Comité international olympique.
Double attribution qui permettrait au CIO de ne froisser aucun des deux candidats en course (Paris et Los Angeles), leur accordant à chacune l’organisation de cet évènement sportif à quatre ans d’intervalle.
aSeul (gros) hic, à l’heure actuelle, aucune des deux villes ne semble vraiment chaude à l’idée d’offrir les JO 2024 à sa concurrente. Pourquoi ? C’est simple, chacune d’elle avait l’année 2024 en ligne de mire au moment de préparer son projet de candidature, et le reporter de quatre ans signifierait revoir ledit projet en profondeur.
Paris 2024 ou pas de Paris du tout
Pourtant, à l’heure de ce petit poker menteur improvisé, c’est bel et bien Paris qui se montre la plus frileuse à l’idée de céder du terrain. A Aarhus, la question posée sera de savoir laquelle des deux villes est prête à laisser sa place à l’autre en 2024 et à se préparer pour 2028. « A cette question-là, on ne change pas notre position, à savoir qu’on est engagé pour faire gagner la France et Paris uniquement en 2024 », nous glisse un membre proche de la candidature française.
aPour notre témoin, la France se retrouve à un moment « où les planètes s’alignent. C’est maintenant ou jamais. » Avant même leur passage, aujourd’hui, devant les fédérations, les deux villes candidates et leurs représentants avaient rendez-vous lundi, chacune leur tour, devant les membres du CIO pour poser les bases de la réflexion à mener.
« Le rendez-vous de ce soir (lundi) va être clé, nous dit-on côté Français. On ne doute pas que dans l’autre camp ils vont avancer leurs arguments, mais aujourd’hui je dirais qu’il y a énormément de signaux positifs sur Paris 2024. »
Mais quels sont-ils, justement, ces fameux « signaux » ?
- « On construit un village olympique qui ne peut, dans la zone où il est situé (Saint-Denis-Pleyel, ndlr), être gelé pendant quatre ans supplémentaires. »
- « C’est la quatrième fois qu’on candidate, on a appris beaucoup de choses, on est une ville qui est revenue plusieurs fois avec un projet chaque fois plus fort. »
- « On en sera à l’anniversaire des 100 ans, après 1924, ce qui, je pense, du point de vue du symbole, pour un CIO qui aujourd’hui est quand même dans une période compliquée, peut permettre de redonner un peu de sens, d’avoir une célébration du centenaire qui soit assez incroyable. »
- « Il y a aussi des éléments pragmatiques, la question des droits télé notamment. Aujourd’hui, au niveau des droits télé, il y a un intérêt à revenir en Europe assez tôt et aux Etats-Unis un peu plus tard parce qu’ils sont attribués jusqu’à 2032 aux Etats-Unis et ils ne le sont pas en Europe après 2024. Donc le CIO a tout intérêt à valoriser très fort les villes européennes. »
- « De nombreuses villes européennes ont baissé pavillon depuis quelque temps, donc à un moment donné le CIO doit se dire qu’il faut équilibrer la présence des Jeux et que l’Europe est prête avec une ville forte. »
Une stratégie à double tranchant
Et qu’arriverait-il si le CIO en venait finalement à privilégier Los Angeles ? « Aujourd’hui, j’en suis sûr à 99,99 %, si Paris ne gagnait pas 2024, Paris ne reviendrait pas en 2028, affirme ce proche de l’équipe française en voyage à Aarhus. Parce que les politiques et les partenaires diront non, parce qu’être battus quatre fois de suite ça suffit. » Voilà qui a au moins le mérite d’être clair.
aDans le camp d’en face, on a choisi une stratégie de communication moins offensive. Même si, à l’arrivée, le message est le même : donnez-nous les JO 2024. « Plutôt que "maintenant ou jamais", nous pensons que le CIO devrait réfléchir en termes de "du neuf, ou comme avant ?", a déclaré Casey Wasserman, le président de la candidature de la ville Californienne. Cette ville, c’est LA ; et au fait, LA 2024 n’est pas un ultimatum, LA 2024 est une opportunité. »
a« Les deux villes ont, à leur manière, posé un ultimatum », résume notre interlocuteur côté tricolore. Pour Armand de Rendinger, journaliste spécialiste de l’olympisme et auteur de La Cuisine Olympique, « si Paris n’a pas les garanties qu’elle aura les Jeux en 2024, elle a tout à perdre avec ce genre de communication. Dire que si ce n’est pas 2024 ça ne sera jamais, c’est une erreur stratégique, il aurait fallu la jouer plus finement. Le CIO, ça lui est égal ce type de chantage. »
La fierté et l’honneur des villes sont en jeu
Si Paris est à ce point droit dans ses bottes et refuse de céder face à LA, un report de 2024 à 2028 ne semblerait pourtant pas être une catastrophe industrielle pour le pays. C’est en tout cas l’avis de Jean-Pascal Gayant, professeur d’économie à la faculté de Droit et des Sciences Economiques du Mans.
« En repoussant les JO à 2028, ça laisserait plus de temps au pays pour se préparer et ça lui éviterait des dépassements budgétaires inévitables. A chaque JO, les entreprises du BTP se retrouvent dans des situations où elles font payer très cher à ceux qui financent les projets car tout est fait dans l’urgence. »
Pour lui, ce « 2024 sinon rien » n’est rien d’autre qu’une « posture. Pour les politiques, 2028 c’est trop lointain dans leur calendrier politique. Et puis aucune des deux villes ne veut perdre la face. C’est aussi une question de testostérone. C’est plus de l’ordre de l’orgueil et de la fierté mal placée qu’autre chose. »


















