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XV de France: «Les talonneurs français ne sont pas des lanceurs de pizza» sur les phases de touche
RUGBY•Daniel Blach, spécialiste de la touche, décrypte cette phase de jeu, alors que les Bleus ont été en difficulté dans ce secteur contre l’Ecosse…Propos recueillis par Romain Baheux
Ils doivent régler la mire. Contre l’Ecosse, les Bleus ont perdu huit de leurs quatorze touches et ont frôlé la défaite (17-19). Concepteur du Touch’trainer, une machine utilisée à Marcoussis par les talonneurs du XV de France pour s’entraîner à lancer, et ancien entraîneur d’Albi, Daniel Blach est un spécialiste de la touche. Avant le dernier match du Tournoi contre l’Irlande samedi (18h), il évoque cet exercice si particulier.
Qu’est-ce qu’une bonne touche?
Avant tout, il faut un bon lanceur. Ce n’est pas un basketteur puisqu’il doit viser une cible virtuelle qui n’est pas encore en place, le réceptionneur montant après le lancer. Une bonne touche ne doit pas être lisible par l’adversaire, elle doit même donner des fausses informations. Le problème, c’est que certaines équipes font des paris et se retrouvent parfois par, pur hasard, à proximité de la zone de réception. Ça peut déstabiliser le lanceur mais il ne doit pas avoir peur de continuer à appliquer ses stratégies.
Le XV de France a raté huit touches contre l’Ecosse. Comment l’expliquer?
Ce n’est pas que de la responsabilité du lanceur. Les premières touches ont été réussies mais les Ecossais étaient juste à côté de la réception. Ça a dû perturber Brice Mach [le talonneur des Bleus], qui a alors perdu de l’assurance. Le lanceur a pris peur et les sauteurs ont pensé que leurs combinaisons avaient été décodées. Ça se joue à peu de chose. Le lanceur peut parfaitement réussir son lancer mais les pousseurs peuvent glisser en montant le réceptionneur et la balle passe alors dix centimètres au-dessus.
Peut-on dire que les talonneurs français sont de mauvais lanceurs?
Ce serait réducteur d’affirmer que ce sont des lanceurs de pizzas. Sinon Mach, il ne jouerait pas à Castres. S’il lance bien en club, il n’y a pas de raison qu’il le fasse mal en équipe de France. Après, c’est plus facile de se rassurer en club où tu as toujours une ou deux combinaisons de derrière les fagots pour capter la balle à coup sûr et te rassurer.
Est-ce un secteur suffisamment travaillé en France?
Dans l’esprit, je pense qu’une nation comme la Nouvelle-Zélande s’exerce bien plus que nous. C’est fastidieux, on préfère l’aspect ludique du rugby, c’est un sport où l’on a envie de s’amuser en France. On n’est pas des stakhanovistes du rugby.
La touche est-elle devenue de plus en plus cruciale dans l’issue d’un match?
C’est énorme. Quand votre touche vous fait défaut, c’est devenu une catastrophe. Dès que tu perds un ballon, c’est tellement dur de le récupérer. Ça offre un lancement de jeu supplémentaire à l’adversaire. Il y a autant de touches perdues qu’avant mais elles ont bien plus d’importance.


















