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Dakar 2014: «Quand un pilote meurt, on ne trouve pas les mots pour l'annoncer», raconte le docteur Florence Pommerie

Dakar 2014: «Quand un pilote meurt, on ne trouve pas les mots pour l'annoncer», raconte le docteur Florence Pommerie

DAKAR – Elle est la responsable du service médical de la course…
Romain Baheux

Romain Baheux

De notre envoyé spécial à San Juan (Argentine)

C’est la mission qu'elle redoute au départ de chaque Dakar. Responsable du service médical de la course, le docteur Florence Pommerie est la personne qui décroche le téléphone pour informer les proches d’un concurrent de son décès. Elle évoque cette charge pesante.

Comment se prépare-t-on à annoncer le décès d’un concurrent à sa famille?
On ne s’y prépare pas. C’est très difficile parce qu’on ne peut pas prendre le temps d’annoncer la nouvelle aux gens. On n’a pas envie que les familles apprennent l’information par la presse donc on doit aller plus vite que les médias. Si on avait le temps, on pourrait d’abord dire qu’il y a un accident grave dans un premier temps, pour que les proches puissent se préparer un petit peu. Là, on n’a pas les gens en face de nous, on leur téléphone pour annoncer la mort d’un proche, c’est épouvantable. On ne trouve pas les mots et on le fait très maladroitement.
Quelle est la réaction des proches?
Ce sont des cris et des pleurs. On me dit «je ne veux pas le savoir», «ce n’est pas possible», «vous êtes qui»… Les choses normales dans ces cas-là. Pour eux, c’est inimaginable. Le départ au Dakar de leur proche devait être une fête. Je me mets à leur place, c’est très difficile à accepter.
Comment se passe la suite?
Les proches veulent savoir ce qu’il s’est passé. On répond aux questions médicales, on explique pourquoi et comment ça a malheureusement abouti à cela. Ce n’est pas de la curiosité, c’est encore faire vivre un peu la personne par la parole. Il y a des mots que l’on ne dit pas. Je n’utilise jamais l’imparfait, ce n’est pas possible. Ce sera à eux de décider quand on l’emploiera. La formulation est importante.
Personnellement, c’est quelque chose qui vous marque?
Oui, parce qu’on a eu l’occasion de les voir avant. On les croise aux vérifications techniques avant le départ, certains viennent nous dire bonjour, prendre le café au service médical… Surtout les motards, on les voit quasiment tous. Ce sont presque des amis. Ce n’est pas comme lorsqu’on est au SAMU. Là, on connaît les gens dont on annonce le décès. Chaque année, on repense à celui de l’année dernière en espérant ne pas revivre cela.
L’un d’eux vous a particulièrement touchée?
C’était mon premier cas. Il s’appelait Elmer (Symons, motard sud-africain décédé lors du Dakar 2007). J’avais des enfants en bas-âge qui lisaient un petit livre dont le héros est un éléphant qui s’appelle aussi Elmer. J’avais plaisanté avec le pilote sur son prénom lors des vérifications. On avait rigolé ensemble puis quelques jours plus tard… C’est aussi triste que tous les autres mais je m’en souviens particulièrement.