Les Espagnols sont-ils devenus les meilleurs ennemis sportifs de la France?
FOOTBALL – Alors que les deux sélections de football se retrouvent mardi soir à Saint-Denis…Julien Laloye et Antoine Maes
On les déteste, on les raille, on les craint, mais on les admire aussi souvent. En sport, ces dernières années, les affrontements avec l’Espagne tournent souvent à l’avantage de nos voisins du sud, comme en football, où les deux équipes se retrouvent mardi soir en match éliminatoire du Mondial 2014. Il y a des sports où la rivalité se vit en toute camaraderie, comme au handball. D’autres où la domination ibérique fait grincer des dents, comme en cyclisme. Et certains où les matchs tournent parfois à la bataille rangée, comme au basket. Témoignages.
Jérôme Fernandez (handball): «On se sert la main et on va boire une bière»
«C’est une rivalité qui, contrairement à d’autres pays, est très saine. Il n’y a pas de mauvais geste entre joueurs, pas de mauvaise entente. Pour la plupart, on a joué ensemble en club. On se bat avec nos armes, et une fois que le meilleur a gagné, on se serre la main et on va boire une bière. Pour nous, les Allemands c’est vraiment ceux avec qui on a le plus de mal. Avant, par tradition, c’était les Scandinaves, qui sont un peu des têtes de con. Mais maintenant qu’on est meilleur qu’eux, ça s’est détendu. Avec l’Espagne l’histoire commence aux JO 92 à Barcelone. Avec une victoire de la France en match de poule alors qu’elle n’avait pratiquement jamais disputé de Mondial A. Avec les anciens, c’était méchant. Et puis à partir du moment où Jackson Richardson est parti là-bas à la fin des années 90, ça s’est détendu. Là dernièrement, Joan Canellas, leur demi-centre, m’a même invité à son mariage.»
David Moncoutié (cyclisme): «Il y a un complexe d’infériorité qui se crée»
«En vélo on ne peut pas parler d’une rivalité comme dans certains sports collectifs. Chez Cofidis où je courais, il y avait toujours un ou deux Espagnols, on ne court pas pour ou contre un pays. Après c’est vrai que de voir les Contador ou les Sastre gagner le Tour de France quand le dernier vainqueur français remonte à Hinault… Il y a un certain complexe d’infériorité qui se crée. Maintenant, je crois que les coureurs français sont respectés en Espagne, même si on se moque d’eux pour attaquer de tous les côtés au début sans être jamais là à l’arrivée. Dans tous les cas, ce n’est pas une rivalité à mettre sur le même plan que l’Allemagne en foot ou l’Angleterre en rugby. Il y a plus de sympathie entre les deux pays.»
Jacques Monclar (basket): «L’affrontement le plus chaud tous sports collectifs confondus»
«Jusqu’à la finale de l’Euro 2011, il n’y avait pas de rapport très spécial. L’Espagne nous battait sur chaque match important, leur équipe était plus forte, c’était assumé. Mais depuis que Rudy Fernandez a fait le coup de la corde à linge sur Tony Parker sans même être mis sur le banc par son coach, la rivalité s’est électrisée. Les Espagnols sont très forts, mais il y a des truqueurs patentés chez eux. Alors quand en plus ils choisissent de perdre un match aux Jeux pour nous jouer en quarts de finale… Aujourd’hui je pense que c’est l’affrontement le plus chaud qui existe tous sports collectifs confondus chez nous. L’équivalent d’un France-Croatie en handball avant. En foot? L’équipe d’Espagne a beaucoup de points communs avec celle de basket, mais il n’y a pas eu la même répétition de matchs entre les deux nations. Donc ce n’est pas aussi tendu.»
Patrice Dominguez (tennis): «Dans une domination à sens unique, il ne peut y avoir d’histoire»
«Il y a eu des périodes de rivalité: dans les années 60, il y avait Pierre Darmon contre Manolo Santana. Dans les années 70, c’était Jimenez contre Proisy en finale à Roland-Garros. Avec Nadal, il n’y a pas d’animosité, parce qu’il est éminemment respecté. A un certain moment, il y a eu ce quiproquo le concernant. Le public avait envie de voir gagner Federer, donc ce n’était pas par rapport à un Français. Les derniers temps, il faut avouer que chaque fois que Nadal a joué en Coupe Davis, on a perdu, c’était réglé comme du papier à musique. Si on joue contre la Serbie cette année en finale, il y aura un petit relent de revanche, parce qu’à Belgrade il y a trois ans, ça ne s’était pas très bien passé. Mais en Espagne, il n’y a pas de match. C’est une domination à sens unique, donc il ne peut pas y avoir d’histoire. Mais c’est aussi parce qu’on renonce très vite.»


















