Les messageries roses ont largement contribué au succès du Minitel.
Les messageries roses ont largement contribué au succès du Minitel. -

La fin d'une époque, le premier âge du numérique. Samedi en fin de journée, «les derniers codes Minitel du réseau vont être désactivés à Rennes, là où se trouve le dernier équipement technique, le Pavi, le point d'accès Vidéotex», explique Karin Lefèvre-Gautier, directrice des kiosques multimédias chez Orange. Voici l'aventure de la télématique par ses acteurs.

3611, origine. «C'est grâce au Minitel que la France est entrée dans l'ère numérique», estime Karin Lefèvre-Gautier. Une histoire de trente ans, avec un appareil composé d'un écran et d'un clavier, qui permettait, via le téléphone, d'accéder à de nombreux services. Une idée née sous Giscard, un terminal commercialisé en 1982 sous Mitterrand, une apogée en 2000 sous Chirac, avec près de 25 millions d'usagers.

3605, cocorico. «Au début des années 1980, nous étions fiers, c'était quelque chose qui n'existait nulle part ailleurs», se souvient Serge Callu, directeur d'un laboratoire de recherche chez Alcatel, l'un des trois fabricants du Minitel. Echec des projets similaires aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Pourquoi? «Tout d'abord, le réseau téléphonique français était d'une grande qualité. L'idée de génie de France Télécom a été de fournir les terminaux quasiment gratuitement», explique Laurent Bouvier-Ajam, ex-directeur associé de Triel, une agence conseil en communication électronique.

3613, business. Annuaire électronique, presse, services administratifs, commerce en ligne, banques, presse, jeux, messageries, voyantes, bases de données pour professionnels, billetteries, etc. «On trouvait sur le Minitel tous les services disponibles aujourd'hui sur le Web», rappelle Laurent Bouvier-Ajam. Principale différence? «Le modèle économique. Les services commerciaux étaient facturés 1 franc la minute. Une manne pour les éditeurs», souligne Laurent Bouvier-Ajam, qui compare l'écosystème des services Minitel au réseau fermé d'iTunes d'Apple.

3615, messageries. Services emblématiques des années Minitel, les messageries roses. «Elles ont fait beaucoup parler d'elles à cause des campagnes d'affichage. En fait, les propos échangés étaient plutôt rose pâle. On pouvait avoir jusqu'à 1.200 personnes connectées simultanément. Les gens discutaient de tout et de rien. Parfois, cela débouchait sur des rencontres coquines, mais aussi sur des mariages», raconte Bruno Bernier, ex-directeur éditorial d'AGL (Ulla, Cum ou encore Jmec). Les messageries sur Minitel ont bouleversé les mœurs: «La parole, les fantasmes étaient libérés. Cela a provoqué une controverse. On parlait d'Etat proxénète», estime Benjamin Thierry, coauteur du Minitel, l'enfance numérique de la France. France Télécom riposte en parlant de neutralité des réseaux. Une question toujours actuelle!

3617, le Web. En 2012, le Web a pris le pas sur le Minitel, qui ne compte plus que 420.000 utilisateurs. «Le Minitel a été le premier service interactif. Le vocabulaire du Web a été inventé grâce à lui: naviguer, page, etc. Il a permis aux Français d'acquérir une éducation numérique», souligne Benjamin Thierry. «Des acteurs du Minitel ont migré vers le Web comme Xaviel Niel, l'actuel PDG de Free», rappelle Serge Callu. «Le Web, c'est le Minitel en couleurs», plaisante Bruno Bernier. «Le changement a été progressif. J'ai été obligé de m'inscrire à la fac via un service Minitel début 2000. La galère pour trouver un poste!», se souvient Guillaume, 30 ans, auteur du billet «Le Minitel va disparaître: vive le Minitel-punk!».

3614, nostalgie. Il inspire les jeunes. Un groupe de rock porte son nom: Minitel rose. Un album aussi: 3615 TTC des rappeurs TTC. Sur Internet, les geeks ont décidé de recycler ce terminal vintage. L'artiste Zokatos les colorise. Anthony Alberti, alias Mr One Teas, 28 ans, organise samedi une expo-vente de Minitel transformés en œuvre d'art à Monaco: «Il a permis à des millions de personnes de communiquer pendant des années. Je me suis dit que c'était dommage qu'il parte sans funérailles sympas.»

>> Vous avez eu un minitel? Quel souvenir en avez-vous? Quels codes utilisiez-vous? Racontez-nous dans les commentaires ou écrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr

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