Wolfram Alpha, ce moteur de recherche «intelligent» dont on ne sait rien (mais qui fait parler tout le monde)
INTERNET•Google doit-il trembler? Depuis quelques jours, le Net buzze et spécule...Philippe Berry
De notre correspondant à Los Angeles
C’est le sujet tarte à la crème du moment. Vendredi, le scientifique britannique et génie autoproclamé Stephen Wolfram a annoncé qu’il allait lancer en mai un moteur de recherche «intelligent» capable de répondre à certaines questions factuelles. Quelle différence avec les Ask.com ou WikiAnswers ou Google? Au lieu d’écumer «bêtement» le Web à la cherche de mots clés et de retourner des résultats contenant «peut-être» la réponse, Wolfram affirme en substance que son bébé comprend la question et... calcule la réponse.
Comment ça marche? On ne sait pas trop. Wolfram jette un peu tout dans la marmite: «automatisation», «langage naturel», «heuristique», «savoir organisé». Il semble que d’un côté, il ait entrepris la tâche de «structurer le savoir» (mais pas selon les standards du Web sémantique), dans des domaines aussi variés que la science, la musique ou la cuisine. Et de l’autre, il peut le passer à la moulinette d’algorithmes dérivés de son célèbre logiciel Mathematica.
Nova Spivak, patron de Twine, un type plutôt calé sur le sujet «donnée organisée et structurée», est le seul au monde à avoir pu tester la bête pendant deux heures. Son verdict? «Wolfram Alpha pourrait être aussi important que Google.»
Selon votre degré de connaissance et votre optimiste, trois réactions sont possibles:
C’est clairement le sentiment de Spivak. Il écrit: «C’est comme se brancher sur un gigantesque cerveau électronique. Wolfram Alpha fournit des réponses à des questions posées de multiples façons», du type «Où est situé Tombouctou», «combien y a-t-il de proton dans un atome d’hydrogène», «quelle est la 307 décimale de Pi», «quand l’action Google a-t-elle dépassé 300 dollars», etc. Celui qui ne tarit pas d’éloges sur le projet est... son auteur himself, qui jure être parvenu à réaliser la promesse cinquantenaire de l’informatique.
Interrogé par 20minutes.fr, Henry Lieberman, spécialiste du Web sémantique au MIT, estime qu’il est «impossible de dire quoi que ce soit de constructif dans l’état actuel des choses, car on ne connaît presque rien de la technologie» derrière Wolfram Alpha. «Extrêmement compliqué et presque totalement secret», juge également Francis Pisani, qui s’amuse de l’effervescence générale, mais salut néanmoins «l’approche différente», qui a toujours été «source d’innovation». Le débat «Google menacé» n’a aucun sens, estime le «New York Times». En effet, l’efficacité de Google à indexer «bêtement» le Web donne des résultats satisfaisants pour la majorité des utilisateurs. En revanche, Wolfram Alpha pourrait davantage inquiéter Wikipédia et être fort utile aux étudiants et aux chercheurs.
«Wolfram promet l’impossible. On a déjà entendu le refrain et on sait comment cela se finit», attaque Ars Technica. En effet, d’autres comme TrueKnowledge ont déjà tenté une approche similaire. Et jusqu’à présent, les résultats n’ont jamais été à la hauteur du buzz. Sans compter que Stephen Wolfram est plutôt coutumier des effets d’annonce. Il a certes le CV lui permettant de justifier sa grande gueule (docteur en physique à 20 ans, Mathematica...). Mais son pavé «A New Kind of Science», n’a pas, contrairement à son ambition, révolutionné le monde.



















