Marlène Schiappa, la nouvelle secrétaire d’Etat, rattrapée par un livre sur les rondes

INTERNET En 2010, Marlène Schiappa publiait « Osez l’amour des rondes », où l’on apprenait notamment que « la fellation est la spécialité des rondes ». Internet s'en est souvenu...

Fabrice Pouliquen

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«Osez l'amour des rondes», un livre de Marlène Schiappa.

«Osez l'amour des rondes», un livre de Marlène Schiappa. — Capture d'écran La Musardine

  • La nouvelle secrétaire d’Etat en charge de l'égalité entre les hommes et les femmes a publié en 2010 Osez l'amour des rondes, aux éditions La Musardine spécialisées dans la littérature érotique
  • Le livre avait suscité des critiques acerbes de blogeuses y voyant une compilation de clichés et de conseils inappropriés

Marlène Schiappa , nommée secrétaire d’Etat en charge de l’égalité entre les hommes et les femmes… La blogueuse Daria Marx n’a pas sauté de joie en apprenant la nouvelle, mercredi après-midi, et l’a fait savoir sur son compte Facebook.

Cette militante féministe, membre du collectif « Gras politique », qui lutte contre la grossophobie [la haine des personnes en surpoids] garde en travers de la gorge un livre rédigé par Marlène Schiappa fin 2010. Le titre ? Osez l’amour des rondes, un opus de la collection « Osez » des éditions La Musardine, qui rassemble des petits guides ludiques consacrés à toutes les pratiques sexuelles.

Une définition bancale de la femme ronde

Le sujet était casse-gueule « mais méritait d’être traité, tant la grossophobie a pris de l’ampleur aujourd’hui », estime Daria Marx, contactée par 20 Minutes. Elle espérait que Marlène Schiappa lève les idées reçues sur les femmes rondes. « C’est raté », regrette-t-elle.

>> Lire aussi:  Qui est Marlène Schiappa, en charge de l'égalité entre les hommes et les femmes

Dans une tribune à chaud publiée sur le Web en février 2011, la blogueuse publie plusieurs extraits d’Osez l’amour des Rondes. Pour Daria Marx, les problèmes commencent dès l’introduction, lorsque Marlène Schiappa tente de définir la femme ronde. Une mauvaise entame pointée aussi par une autre blogeuse, Audrey Paola. « Sous couvert de vouloir décomplexer les femmes corpulentes qui n’osent pas assumer leur vie sexuelle, on a droit à un catalogue d’idées reçues aussi fausses que celles qu’elles prétendent jeter aux orties », écrivait-elle. Elle citait alors une phrase de l’introduction : « Une seule idée reçue sur les rondes est avérée ? Elles sont sexy, elles sont sensuelles, elles attirent le mâle en rut et quand on y a goûté, on ne peut plus s’en passer »…

« La fellation, spécialité des rondes » ?

Certes, le livre se veut léger, mais ça ne pardonne pas tout, aux yeux de Daria Marx. Surtout que la suite d’Osez l’amour des rondes se corse encore un peu plus. Le chapitre listant les conseils pour séduire les hommes a particulièrement déplu à Daria Marx. « Je ne comprends pas pourquoi l’auteur pense utile de rappeler aux grosses qu’il faut se laver les dents, se laver, se maquiller… » Le livre conseille aussi de ne pas se goinfrer en public. « On mangera une sucette, pour rappeler l’aspect phallique du geste, mais pas un sandwich, qui pourrait faire penser à votre indélicate surcharge pondérale », écrivait Daria Marx, en février 2011, pour résumer l’esprit du livre.

Osez l’amour des rondes conseille aussi tout un ensemble de pratiques sexuelles aux rondes. Là encore, il y a beaucoup à dire, mais Audrey Paola et Daria Marx s’attardent surtout sur un passage intitulé « La Fellation : la spécialité des rondes ». « Mais enfin, parce qu’on est ronde, on est donc censée être une experte dans ce domaine ? », s’insurge la première. On reste dans le cliché pour Daria Marx, « la grosse qui aime tant bouffer, aime forcément bouffer la queue de son amant », écrivait-elle en 2011. Le cliché de l’oralité est porté jusqu’à la fin de l’ouvrage, sans aucune trace de sarcasme dans les mots de l’auteure. »

La femme ronde vue à travers le prisme du plaisir masculin

Bref, « un concentré de grossophobie mais aussi de sexisme », résume aujourd’hui Daria Marx pour qualifier ce livre. « Sexisme car au final, Marlène Schiappa ne cesse de définir la femme grosse qu’à travers le prisme du plaisir qu’elle est censée offrir à l’homme », poursuit la militante de Gras Politique.

Contactée par 20 Minutes, la maison d'édition n'a pour le moment pas répondu à nos sollicitations.En février 2011, Stéphane Rose, directeur de collection à La Musardine, avait publié une interview décalée de Marlène Schappia sur son blog hébergé sur le site Internet du Nouvel Obs. La nouvelle secrétaire d'Etat y explique la démarche d'Osez les femmes rondes.  «C'est un livre érotico-rigolo sur/pour les rondes, détaille-t-elle.  Mon but en écrivant ce livre c'était justement de sortir les rondes du ghetto; comme je le fais dans l'agence de presse où je travaille: j'essaye d'habituer l'oeil à voir des rondes, de sortir un peu de ces clones maigres-jeunes-blondes...»