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Vos droits le 1er mai : jour férié, prime, travail obligatoire ou non ?
FAIRE LE PONT vs SUR LE PONT•Le 1er mai est férié et chômé pour tous… ou presque. Qui peut travailler ce jour-là, et à quelles conditions ? On fait le pointFostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- Le 1er mai est le seul jour férié où le repos est obligatoire pour tous les salariés, sans perte de salaire.
- Seuls certains secteurs indispensables, comme la santé ou les transports, peuvent y déroger, avec une rémunération doublée pour les employés mobilisés.
- Face aux contrôles renforcés et aux sanctions, une proposition de loi visant à autoriser l’ouverture encadrée des commerces comme les boulangeries ce jour-là fait aujourd’hui débat.
En France, le 1er mai fait figure d’exception : c’est le seul jour férié dont le repos est imposé par la loi à tous les salariés, sans qu’aucune retenue sur salaire ne puisse être appliquée. Une entreprise ne peut donc pas exiger la présence de ses employés ce jour-là, quand bien même le dirigeant souhaiterait, de son côté, continuer son activité. Il est libre de le faire, mais ne peut compter que sur lui-même.
Des dérogations autorisées par la loi
Le repos du 1er mai ne concerne néanmoins pas tout le monde. Certains secteurs, jugés essentiels, n’ont pas d’autre choix que de poursuivre leur activité. C’est ce que prévoit l’article L.3133-6 du Code du travail, qui mentionne une dérogation spécifique pour les employés exerçant « dans les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail ». C’est le cas des hôpitaux, des maisons de retraite, des transports, ou encore des services de sécurité. Leur fonctionnement ne peut tout simplement pas s’arrêter, même un jour férié.
Pour ces professionnels mobilisés malgré la date, le Code du travail prévoit une compensation spécifique : leur journée est payée double. Une manière de reconnaître, au moins symboliquement, que leur présence ce jour-là répond à une nécessité collective.
Au-delà du cadre légal, certaines conventions collectives prévoient des conditions plus favorables encore, comme un salaire triplé ou l’octroi d’un jour de repos supplémentaire. C’est notamment le cas pour les journalistes, dont la convention précise, à l’article 34, que « le travail effectué les jours fériés (...) donnera lieu à récupération », un repos compensateur qui « pourra être pris en une seule fois ». Un avantage non négligeable pour ceux qui, même les jours chômés, restent sur le pont.
À noter que ni les fleuristes ni les boulangers ne figurent parmi les secteurs bénéficiant d’une dérogation. Le 1er mai, ces commerces peuvent ouvrir, mais à une seule condition : que le gérant soit seul derrière le comptoir. Employer un salarié ce jour-là, même avec son accord et une double paie, reste interdit. L’infraction peut coûter cher : jusqu’à 750 euros d’amende par salarié, et 1.500 euros si le travailleur est mineur, comme le prévoit l’article R.3135-3 du Code du travail.
Des contrôles plus stricts pour les commerces de proximité
Longtemps tolérée, l’ouverture des commerces de proximité le 1er mai s’est heurtée ces deux dernières années à un net durcissement. Fleuristes et jardineries, autrefois habitués à lever le rideau sans crainte, ont vu débarquer l’Inspection du travail pour des contrôles. « En 2023 et en 2024, des contrôles inopinés, effectués par des inspecteurs du travail ont conduit à des rappels à la loi et à des verbalisations chez des fleuristes et dans des jardineries », a rappelé la Fédération française des artisans fleuristes dans un communiqué.
Même son de cloche dans les boulangeries, comme l’a confié Dominique Anract à l’AFP : « Jusqu’à l’an dernier, (où cinq boulangers de Vendée se sont fait verbaliser pour avoir fait travailler leurs salariés le 1er mai), personne ne s’était posé la question. On avait toujours travaillé, les gens sont payés le double, tout le monde était content, et les clients consomment ce jour-là ».
En réalité, de nombreux artisans s’appuyaient encore sur une ancienne autorisation ministérielle datant du 23 mai 1986, qui liait l’ouverture dominicale à la possibilité de faire travailler les salariés le 1er mai. Un texte longtemps interprété comme une porte ouverte, jusqu’à ce que la Cour de cassation, en 2006, tranche définitivement : cette dérogation n’a plus de valeur juridique.
Une proposition de loi relance le débat sur les ouvertures du 1er mai
Après avoir sanctionné plusieurs boulangeries ouvertes lors de la Fête du Travail l’an dernier, l’inspection du travail a ainsi ravivé le débat. Une proposition de loi vient tout juste d’atterrir à l’Assemblée nationale. Elle vise à permettre aux commerces déjà autorisés à ouvrir le dimanche de lever également le rideau le 1er mai.
Le texte divise, et du côté des syndicats, la réponse est sans détour. Invitée sur LCI, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s’est opposée frontalement à cette extension. « Pas question. Il y a 364 autres jours pour ouvrir », a-t-elle lancé, rappelant que cette journée reste, pour beaucoup, un symbole non négociable.
Le gouvernement, lui, ne cache pas son appui à la proposition de loi. Invitée sur le plateau de Bonjour ! La Matinale TF1 ce lundi 28 avril, Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, a défendu l’idée d’une dérogation pour les boulangers, au nom d’un usage profondément ancré. « C'est un aménagement de la loi de façon à répondre à ce qui est une tradition dans notre pays, qui est celle du pain », a-t-elle insisté, assumant une volonté d’adapter le droit à certaines pratiques jugées incontournables.



















