Qu’entend-on vraiment par la « santé mentale au travail » ?
moral à zéro•Arrêts de travail démultipliés, burn-outs en pagaille, le sujet du bien-être au travail devient une priorité d’Etat en 2025Youssef Zein
L'essentiel
- 25 % des travailleurs français se disent en mauvaise santé mentale selon un récent baromètre Ipsos.
- La perte de sens au travail est un facteur principal de mal-être.
- Malgré une prise de conscience croissante, Adrien Chignard, psychologue du travail, déplore un manque d’approche positive et de solutions concrètes concernant la santé mentale au travail.
Michel Barnier l’a dit en premier, François Bayrou a suivi : la santé mentale est la grande cause nationale de l’année 2025. Des déclarations qui font écho à la multitude de baromètres et études sur le monde du travail parus au cours des dernières années. Les mots « bien-être » et « santé mentale » reviennent constamment. D’après le baromètre Santé mentale publié le 29 janvier par Ipsos pour Qualisocial, un quart des travailleurs français se déclarent en mauvaise santé mentale. Des chiffres tristement identiques à ceux que l’on pouvait lire dans l’édition 2024 du même baromètre.
Des milliers d'offres d'emploi en un clicMais de quoi s’agit-il, concrètement ? Adrien Chignard, psychologue du travail, recommande de s’en tenir à la définition de l’OMS. « La santé mentale correspond à un état de bien-être mental qui nous permet d’affronter les sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté », peut-on lire sur le site de l’organisation.
Travailler avec sens
« Aujourd’hui, les indicateurs de santé mentale sont alarmants, notamment chez les jeunes », observe le psychologue. « On parle d’éco-anxiété, d’instabilité géopolitique, d’une génération marquée par des traumatismes », poursuit-il. Encore en octobre 2024, une étude menée par Indeed relevait une forte hausse des arrêts maladies et des burn-out. Le signe d’une santé mentale en dégradation. Le travail joue indéniablement sur notre bien-être : au vu du temps qu’on y passe, difficile qu’il en soit autrement.
Denis Betand, responsable du secteur santé de la CGT Action santé action sociale, indique que « la perte de sens au travail est l’un des premiers facteurs de mal-être. Travailler, c’est construire sa santé mentale. Mais quand le travail perd son sens, il devient destructeur. »
Une confusion des termes
L’état de détresse psychologique en entreprise a été mis en lumière par deux grands tournants. « La vague de suicides chez France Télécom, puis la crise du Covid-19 ont provoqué un éveil collectif », raconte le psychologue du travail. Pourtant, la récente popularité de ces notions ne les rend pas moins confuses. « A tort, le bien-être au travail est considéré comme l’absence de souffrance au travail. » Dans les faits, les trois besoins fondamentaux au travail sont « l’autonomie, la compétence et l’appartenance ». Concrètement, il s’agit de pouvoir s’exprimer et être force de proposition en entreprise, se sentir utile et mettre en application ses savoirs et enfin être reconnu pour ce que l’on est, à sa juste valeur.
Hélas, les années passent mais l’incompréhension reste toujours palpable : « Cela fait 15 ans qu’on parle de santé mentale au travail, mais toujours sous son versant négatif, sans approche positive ou solutions concrètes », regrette Adrien Chignard. Le problème désormais posé, les solutions se font encore attendre.



















