01:04
En dehors du Duoday, le marché de l’emploi toujours largué sur le handicap ?
duoday•Lentement mais sûrement, le succès du Duoday bouscule les préjugés sur les travailleurs en situation de handicapYoussef Zein
L'essentiel
- Ce jeudi 21 novembre a lieu le 7e Duoday. Lancée au niveau national en 2018, l’opération vise à faire découvrir le monde de l’entreprise, ou un métier, à une personne en situation de handicap.
- Comme son nom l’indique, Duoday se déroule sur une journée, avec deux parties prenantes. D’un côté un mentor, employé par une des entreprises participantes. De l’autre, un apprenant. En 2023, 27.613 duos ont été créés.
- Malgré le succès du Duoday, les personnes handicapées restent deux fois plus touchées par le chômage (12 %) que le reste de la population (7,4 %). L’Agefiph propose de l’accompagnement aux entreprises pour les aider à adopter une politique handicap.
L’accès à l’emploi pour les personnes en situation de handicap est à l’honneur. Ce 21 novembre n’est pas un jour comme les autres, c’est Duoday. Ce dispositif venu d’Irlande vise à inclure les personnes touchées par le handicap dans le monde du travail. Une journée par an, un employeur met à disposition un ou plusieurs de ses salariés, volontaires, pour former un duo avec un « stagiaire ».
L’initiative gagne du terrain. En 2023, près de 27.000 duos ont été formés en France. Quasiment 7.000 de plus qu’en 2022. « C’est une très grande réussite. Cette journée fait taire les préjugés et aide à convaincre les employeurs que les personnes en situation de handicap ont des talents », déclare Christian Ploton, président de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph). Ces préjugés, en plus du manque d’aménagement des locaux, sont les principaux freins à l’emploi de ce public deux fois plus touché par le chômage (12 %) que le reste de la population (7,4 %).
L’inclusion comme moteur de talent
La législation a entraîné les entreprises à renforcer l’inclusion. Depuis la fin des années 1980, les structures de plus de 20 salariés ont l’obligation de compter dans leurs effectifs au moins 6 % de travailleurs handicapés. Aussi, depuis la loi du 22 mai 2019, on trouve désormais un référent handicap dans toutes les structures employant de plus de 250 salariés. Et le succès croissant du Duoday est le témoin d’une certaine envie. « L’écart entre le taux de chômage des personnes en situation de handicap et celui du reste de la population est plus bas qu’il ne l’a jamais été, observe d’ailleurs Christian Ploton. Mais ça n’évacue en rien les enjeux. »
L’Agefiph à la rescousse
Florian Franceschilli, chargé de mission handicap pour le groupe Actual, constate qu’il y a « du mieux » par rapport à la question du handicap. Mais il est d’avis que l’appareil législatif ne doit pas être le seul acteur en faveur de l’inclusion. Les entreprises doivent mettre la main à la pâte, dans leur intérêt avant tout : « les valeurs RSE (NDR : responsabilité sociétale des entreprises) sont des vecteurs de compétences et de fidélité dans leur boîte. De plus en plus de salariés choisissent leur emploi pour le sens et non plus pour le salaire. Un salarié valorisé dans sa mission va forcément être conforté dans son choix. »
Sur la question de l’emploi aux personnes handicapées, l’Agefiph fait office de référence en France. Elle propose une offre de formation et une aide complète aux entreprises souhaitant accueillir des collaborateurs en situation de handicap. « On va proposer un diagnostic complet puis les épauler sur la construction de leur politique handicap, avec la fixation d’actions et d’objectifs concrets », détaille son président. Ainsi, les entreprises ont des moyens d’action concrets pour agir sur leur effectif. Dans les faits, l’action de la société civile et des employeurs est plutôt encourageante. Le projet de loi de finances 2025, qui prévoit de raboter de 100 millions d’euros le budget de l’Agefiph, l’est beaucoup moins.


















