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Au Futuroscope, le Futur apparaît encore un peu désirable
attraction

Au Futuroscope, on croit encore à l’éducation et en un futur positif (et qui fait splash)

« Mission Bermudes » confirme l’ambition du Futuroscope d’être un parc d’attractions à grand spectacle, sans renier son ADN éducatif
Benjamin Chapon

Benjamin Chapon

L'essentiel

  • Le Futuroscope renoue avec son ambition initiale de raconter le futur, en misant sur des attractions immersives et scénarisées, comme la nouvelle « Mission Bermudes ».
  • Le parc adopte une approche d’edutainment mélangeant pédagogie et divertissement, en s’appuyant sur la science pour ses attractions tout en privilégiant le « fun » et l’effet « waouh » une fois à bord.
  • Avec un investissement de 300 millions d’euros depuis 2020, le Futuroscope diversifie son offre et prévoit des ouvertures d’attractions tous les deux ans, ce qui lui vaut d’être considéré comme « le parc le plus excitant du monde en ce moment » selon certains experts.

Peut-on encore raconter le Futur comme une belle histoire ? Le Futuroscope y croit. Parc d’attractions dédié aux utopies technologiques à son ouverture, il y 38 ans, le parc poitevin veut renouer avec son ambition initiale, tout en s’adaptant à son époque. Problème : entre-temps le futur est devenu franchement moins désirable, voir carrément anxiogène.

Voilà pourquoi le Futuroscope mise sur ce qui marche fort depuis quelques années, l’immersif. Et pas seulement avec des écrans géants et des sièges qui bougent. C’est tout le sens des dernières attractions inaugurées, ces dernières années, au Futuroscope : « L’Extraordinaire Voyage », « Objectif Mars », « Chasseurs de tornades » et, à partir du 28 juin, « Mission Bermudes ».

« C’est notre ligne éditoriale »

Cette dernière attraction est un vieux rêve pour le Futuroscope : mêler montagne russe (seulement la deuxième du parc après « Objectif Mars ») et attraction d’eau. A l’ambition technologique élevée, voire révolutionnaire si l’on en croit les concepteurs de « Mission Bermudes », s’ajoute un récit très scénarisé. Voilà la nouvelle marque de fabrique du Futuroscope.

La grande descente de la montagne russe "Missions Bermudes" du Futuroscope est particulièrement impressionnante
La grande descente de la montagne russe "Missions Bermudes" du Futuroscope est particulièrement impressionnante - J.L.Audy/Futuroscope

« « C'est un peu notre ligne éditoriale, notre style. Il y a ce lien entre les attractions récentes qui racontent chacune une histoire, avec des acteurs qui incarnent des personnages, des décors très travaillés qui permettent aussi de s'immerger dans le récit... On met l'émotion et la technologie au service de l'expérience immersive. » »

Olivier Héral, directeur de la création au Futuroscope

Montagnes russes et dérèglement climatique

Cette narration placée au centre des attractions est aussi une façon de parler du futur. Que ce soit les voyages spatiaux, le dérèglement climatique ou les progrès de la physique quantique… « On essaye de parler des grands sujets de société y compris ceux qui peuvent inquiéter, sans jamais tomber dans l’angoisse, reprend Olivier Héral. On porte un regard positif et humain sur ces sujets, pour montrer que des solutions existent, pour donner envie d’agir. Cet angle-là nous intéresse parce qu’on ne se cache pas d’être un parc de divertissements. Il y a des sujets sur lesquels on n’ira pas. »

Ainsi, en diversifiant son offre de loisirs, le Futuroscope parvient à donner une vision moins anxiogène. La pédagogie scientifique est laissée aux « classiques » du parc, comme son cinéma à écran géant où Thomas Pesquet dans l’ISS parle de l’exploration spatiale et où la vie des manchots évoque le dérèglement climatique.

Il existe un mot-valise, en anglais, pour évoquer ce mélange entre pédagogie, « education », et divertissement, « entertainment » : « edutainment ». Même si ce mot est bien laid, convient Olivier Héral, il colle bien à l’ambition du parc.

« Autrefois, on mettait beaucoup d'espoir dans la technologie qui était source de fantasme : les voitures volantes, la médecine qui donne la vie éternelle... Aujourd'hui, notre rapport au futur est plus raisonné. Nous nous appuyons sur la science pour nos attractions, par exemple, pour « Chasseurs de tornade », nous avons travaillé avec des chercheurs de Météo France qui nous ont expliqué les dernières méthodes pour anticiper les phénomènes extrêmes, et les solutions pour mieux vivre avec un climat dérèglé. »

Olivier Héral

La place de l’humain

La dimension éducative reste cependant cantonnée à la file d’attente de ces attractions qui, une fois monté à bord, privilégie le fun et l’effet waouh. C’est le cas de « Mission Bermudes ». L’introduction, qui peut durer plus d’une heure en cas de forte affluence, permet de réviser quelques notions de géographie et de physique le magnétisme et la mécanique des fluides notamment. Mais une fois à bord de l’engin, on oublie tout au profit du vertige (humide) que provoque l’attraction.

Dernière cartouche employée par le Futuroscope pour faire passer son message en douceur : l’incarnation. Quatre comédiens jouent une histoire de scientifiques mystérieusement disparus dans « Mission Bermudes ». Sans être absolument renversante, leur interprétation permet de mieux s’immerger dans l’attraction. On aime beaucoup aussi le pilote vantard de « L’extraordinaire voyage », décontenancé en apprenant que le vaisseau du futur peut fonctionner sans lui. Il y a enfin, dans l’attraction « Chasseurs de tornades », le duo formé par Yannik Mazzilli et Carine Ribert, dont l’histoire d’amour donne un supplément d’âme à l’attraction.

Un Futuroscope au futur radieux

Pour autant, même si chacun sait qu’un futur vivable passera par la décroissance, le Futuroscope doit miser sur le « toujours plus ». « Mission Bermudes » a ainsi coûté 25 millions d’euros et constitue la dernière brique d’un projet à 300 millions d’euros d’investissement lancé en 2020. Outre les nouvelles attractions, le Futuroscope s’est doté d’hôtels thématisés et d’un parc aquatique, là aussi très novateur. Le parc ne compte pas s’arrêter et prévoit des ouvertures d’attractions tous les deux ans, notamment dans certains bâtiments iconiques aujourd’hui non exploités.

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« Nous voulons diversifier l’offre pour faire baisser les temps d’attente aux attractions, explique Olivier Héral. Et par ailleurs, nous avons séduit un nouveau public d’experts en attractions, grâce à nos dernières ouvertures, qui nous ont valu des prix internationaux. On y a pris goût… » L’inauguration de « Mission Bermudes » a en effet attiré un aréopage d’influenceurs Parcs d’attractions et autres geeks internationaux de la montagne russe. L’un d’entre eux nous a confié que « le Futuroscope est le parc le plus excitant du monde en ce moment ». Quand on a connu les heures sombres d’un Futuroscope hyperringardisés, cette nouvelle réalité ressemble à un futur du multivers…