Et si la Bretagne, terre de cidre et de chouchen, devenait aussi une région viticole ?
ET GLOU ET GLOU•Avec le réchauffement climatique, la Bretagne attire de plus en plus de vignerons. L’un d’entre eux, le premier à avoir planté des vignes dans la région, vient d’ailleurs d’être couronné par la « Revue des vins de France »Jérôme Gicquel
L'essentiel
- Pour la première fois de son histoire, la Revue des vins de France a récompensé un vigneron breton avec le prix « Découverte de l’année ». Il a été décerné à Edouard Cazals, installé sur les bords de Rance.
- Dans une région où la production et la vente de vin étaient interdites jusqu’en 2016, les projets se multiplient avec déjà plus d’une trentaine de vignerons professionnels installés.
- Outre un changement de réglementation, cette ruée vers la vigne en Bretagne est aussi liée au réchauffement climatique.
Par Toutatis ! Non contents d’en boire, la Bretagne détenant le record national pour la consommation hebdomadaire de vin*, les Bretons se mettent désormais à en produire. Et même du bon, si l’on en croit la Revue du vin de France. Dans son palmarès 2024, la rédaction du prestigieux magazine, qui fait office de référence dans le monde viticole, vient ainsi de distinguer pour la première fois de son histoire un vigneron breton. En l’occurrence Edouard Cazals, récompensé du prix « Découverte de l’année » pour ses vins tranquilles Glaz et Ar Hir Gwini millésime 2022. « Un chardonnay bluffant de finesse et de gourmandise », écrit la revue, saluant « des vins sincères et sans déviance. »
Pour ses premières cuvées, le jeune vigneron de 33 ans a donc visé juste. « Cela rend forcément heureux d’être reconnu pour la qualité de son travail », assure-t-il en toute modestie. Après la cérémonie, qui s’est tenue le 11 janvier à Paris, les choses se sont d’ailleurs accélérées avec des commandes qui affluent d’un peu partout. « Nous avons été contactés par des restaurants étoilés aux États-Unis ou au Danemark », explique-t-il. Malheureusement, il n’y aura pas de breuvage pour tout le monde. Car sur son domaine des Longues Vignes, où quatre hectares de vignes surplombent la Rance à Saint-Jouan-des-Guérets, près de Saint-Malo, Edouard Cazals et sa compagne Pauline misent plus sur la qualité que la quantité. Les 6.500 bouteilles du millésime 2022 ont ainsi déjà toutes été écoulées et les 13.000 bouteilles de la cuvée 2023 « partent très vite ».
Le vin breton interdit à la vente jusqu’en 2016
Premier vigneron breton salué par la critique, Edouard Cazals fait surtout office de pionnier. Car en plantant ses premiers pieds de chardonnay, de pinot noir et de grolleau en 2019 dans ce coin charmant d’Ille-et-Vilaine, ce Normand d’origine est devenu, sans forcément le vouloir, le premier vigneron professionnel de Bretagne, au sens administratif cela s’entend. Une aventure rendue possible par l’Union européenne, qui a acté en 2016 la libéralisation des droits de plantation des vignes. Dès lors, il est devenu légal de produire et de vendre du vin en Bretagne, ce qui était interdit depuis les années 1930. « Beaucoup de jeunes qui travaillaient déjà le monde viticole ont donc saisi cette opportunité pour s’installer dans la région », se félicite Rémy Ferrand, président de l’Association pour la reconnaissance des vins bretons (ARVB), un groupe d’amateurs passionnés de la vigne.
Dans une région plus connue pour le cidre, la bière ou le chouchen, le vignoble renaît ainsi de ses cendres avec des projets qui fourmillent. « La filière est naissante mais en pleine ébullition », confirme Aurélien Berthou, vice-président de l’Association des vignerons bretons (AVB), qui compte déjà une trentaine de membres. Comme ce viticulteur, qui a planté près de trois hectares de vignes en 2022 dans la région d’Auray, beaucoup ont jeté leur dévolu sur le Morbihan. Pas tant pour le cadre idyllique que pour le climat du sud de la Bretagne « comparable aujourd’hui à celui d’Angers ou du Pays nantais il y a quelques années », souligne Aurélien Berthou.
« On n’aura pas de sitôt des crus ou des grands crus »
Outre le changement de réglementation, c’est donc bien le réchauffement climatique qui explique cette ruée vers la vigne en Bretagne. « C’est malheureux de dire ça, mais sans cette hausse des températures, ce serait plus compliqué de faire du vin ici », reconnaît le vice-président de l’AVB, qui veut faire de la Bretagne « une terre viticole dans les prochaines années. » Mais pas de quoi faire trembler pour l’heure les grandes régions productrices de vin. « On est encore tout petit, des vignerons en couches-culottes, sourit le viticulteur d’Auray. On a environ une centaine d’hectares de vignes dans toute la région, contre 8.000 hectares dans le vignoble nantais, donc on n’est pas du tout sur la même échelle. »
Hormis ceux d’Edouard Cazals, l’unique vigneron breton avec Mathieu Le Saux, installé sur l’île de Groix, à vendre des bouteilles, impossible toutefois de prédire la qualité des vins bretons. « Ce sont des vignes encore très jeunes, donc on n’aura pas de sitôt des crus ou des grands crus, prévient Rémy Ferrand. On sera plus sur des vins de proximité avec de la jeunesse et de la fraîcheur. La qualité se fera ensuite au fil du temps. Mais c’est en tout cas très excitant, toute cette effervescence ! »
* Il est toujours bon de rappeler que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. On consommera donc le vin breton avec modération.


















