Dora Christian
L'essentiel
- La marque Kiprun a créé le concept « Love Run » pour faciliter les rencontres amoureuses entre coureurs, rejoignant ainsi d’autres applications de dating sportif, dans l’optique d’offrir un contexte de rencontre amoureuses entre passionnés de course à pied.
- Selon la psychologue Claire Petin, « ressembler à quelqu’un ne signifie pas être compatible avec lui », et le sport ne doit pas devenir un filtre rigide réduisant la compatibilité amoureuse à ce seul point commun, car « une relation se construit aussi dans la capacité à rencontrer quelqu’un qui ne nous ressemble pas complètement ».
- Dans un couple où les deux partenaires pratiquent la course à pied, il est essentiel de « savoir préserver des moments de couple qui ne tournent pas uniquement autour des entraînements ou des compétitions », prévient la psychologue.
Lorsque la marque Kiprun a réfléchi à marquer sa présence lors de l’UTMB, c’est Mathieu Blanchard qui a proposé ce qui allait devenir les premières bases du concept de « Love Run » : « un moyen de créer du lien amoureux », explique à 20 Minutes, Fayçal Belmadi, expert Kiprun. La marque n’est pas la seule à s’être placée sur le dating, d’autres applications se sont positionnées sur le créneau des rencontres amoureuses entre sportifs. Pour cause, plus de 185 millions d’heures d’activités ont été pratiquées en groupe cette année, d’après les chiffres Strava.
Mais alors est-ce forcément une bonne idée de chercher l’amour dans son running club ? La psychologue clinicienne et psychothérapeute Claire Petin nous répond.
Qui se ressemble s’assemble ?
Le dicton prend en quelque sorte son sens. Là où l’on pourrait voir ces sorties entre joggeurs comme une sorte d’entre-soi, rencontrer quelqu’un qui pratique aussi la course à pied peut en réalité avoir des avantages. La psychologue Claire Petin explique que « ces dispositifs offrent un contexte de rencontre moins artificiel ». De plus, « pour quelqu’un dont le sport occupe beaucoup de temps, rencontrer une personne qui comprend cette organisation peut simplifier certaines choses », souligne l’auteure du livre La meilleure version de vous-même n’existe pas ! Ce qui permet de partager une activité, des codes communs ou un sujet de conversation beaucoup plus naturellement, notamment si on a du mal à faire des rencontres, si on est timide ou un peu casanier.
C’est en ce sens que Kiprun a créé le Love Run : « un espace où les intentions sont claires ». « Tout le monde ne vient pas courir avec la même intention. Si vous y venez pour faire une rencontre amoureuse, vous savez que vous êtes au bon endroit », poursuit Fayçal Belmadi.
En outre, « l’entre-soi n’est donc pas nécessairement problématique en lui-même », assure la psychologue avant d’avouer que « cela peut même être pertinent ». Du moins, tant que le sport sert simplement à créer une première occasion de rencontre.
« Ressembler à quelqu’un ne signifie pas être compatible avec lui »
Certes, le sport et en l’occurrence la course à pied peuvent faciliter et nourrir la rencontre mais ils ne doivent en aucun cas devenir un filtre rigide qui réduit la compatibilité amoureuse à ce même point commun. Car comme l’explique la psychologue : « une relation se construit aussi dans la capacité à rencontrer quelqu’un qui ne nous ressemble pas complètement ». Le risque est de faire du critère commun un raccourci : « cette personne vit comme moi, donc elle me correspond ». Ce schéma de pensée pourrait réduire les occasions de rencontrer des personnes très différentes de soi, mais tout aussi compatibles.
L’idée en allant courir avec une communauté, n’est donc pas de se dire qu’on va trouver son « partenaire de course », mais plutôt d’avoir accès à un cadre où les motivations sont assumées et où la passion facilite l’échange. C’est d’ailleurs la vision de ces concepts de rencontres sportives : « Ce qui nous intéresse, c’est davantage le principe. Partir d’une réalité ou d’une évolution de la communauté running et imaginer une expérience qui y répond de manière simple et originale », explique Fayçal Belmadi.
Les vrais moments de couple avant la course à pied
Certains sports comme la course à pied demandent beaucoup de temps : les entraînements, les déplacements, les compétitions, mais aussi la récupération. Et c’est précisément le temps libre qui est une ressource précieuse dans le couple. Il peut tourner en faveur des amoureux si le temps de pratique s’accorde sur l’emploi du temps de chacun, ou devenir une source de tension s’il est constamment réparti de manière inéquitable.
« Par exemple, si les entraînements de l’un sont considérés comme non négociables tandis que l’autre doit systématiquement adapter les siens, gérer les enfants ou prendre davantage en charge le quotidien, le sport peut devenir le révélateur d’un déséquilibre plus large au sein du couple », décrypte la thérapeute de couple. Le conflit peut aussi porter sur la valeur accordée aux activités de chacun. « Le sport de l’un peut être perçu comme une nécessité tandis que le loisir ou le temps personnel de l’autre paraît plus facilement sacrifiable car ''moins important'' ».
En définitive, avoir la même passion pour une pratique sportive peut faciliter le début des relations et les échanges, oui, car les centres d’intérêt sont communs. Toutefois, la personnalité, la disponibilité et les valeurs de chacun créent véritablement la relation.
Par ailleurs, lorsque la pratique prend déjà beaucoup de place, « il faut aussi savoir préserver des moments de couple qui ne tournent pas uniquement autour des entraînements ou des compétitions », conclut Claire Petin.