Christelle Pellissier
L'essentiel
- Le « chalant dating » est une nouvelle approche des rencontres qui encourage l’authenticité et la transparence.
- Il s’agit d’une réponse à certains comportements toxiques, comme le ghosting, et plus largement à la « dating fatigue ».
- « L’idée est vraiment de faire part de ses réelles attentes d’emblée », explique Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences et sexologue, autrice du livre Cerveau, sexe et amour (Humensciences).
«Faites preuve d’engagement, soyez sincère et "chalant". » C’est quoi encore ce mot inventé de toutes pièces vu et revu sur les réseaux sociaux ? En opposition au terme « nonchalant », il encourage les utilisateurs d’applications de rencontres - et tout autre célibataire - à aborder le dating de manière plus authentique et responsable, en toute transparence. Une réponse aux comportements toxiques observés ces dernières années, entre ghosting, love bombing et autre micro-cheating, et plus largement à la dating fatigue.
Mais plus qu’une énième tendance éphémère, le « chalant dating » se pose en témoin d’un réel changement dans la culture des rencontres. « Il faut le voir comme un changement de la manière de dater, qui devient beaucoup plus considérée », explique Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences et sexologue. « On est dans l’ère de la post-dating fatigue. Les gens s’adaptent et trouvent des moyens de contrecarrer ce phénomène, notamment en misant sur la simplicité et l’authenticité. »
La fin annoncée de la « situationship »
Applications ou pas, les fameux « principes » du dating ont eu la vie dure. Combien de célibataires ont attendu avant de répondre à un message (tout en restant collés à leur téléphone) ? Combien se sont montrés moyennement intéressés (tout en racontant qu’ils ou elles avaient rencontré le grand amour) ? L’idée étant de ne pas se montrer vulnérables, de ne pas se risquer à tomber de dix étages. Principes qui ont mené à la fameuse « situationship », cet entre-deux relationnel qui ne disait finalement rien de ladite relation. C’est exactement ce qui est mis en péril aujourd’hui avec le « chalant dating ».
« Ca peut vraiment changer la manière d’aborder les rencontres. »
« Après l’euphorie des débuts des applications de rencontres, les gens ont compris que ça ne menait à rien, et qu’être authentique était plus constructif », poursuit la sexologue, autrice du livre Cerveau, sexe et amour. Les rencontres tendent à être plus simples et moins formelles, autour d’un verre après le travail, sans chichis. Un changement qui s’observe déjà dans la pop culture, via la série Too Much. Les héros s’y montrent aussi vulnérables que sincères vis-à-vis de leurs sentiments, loin de Friends ou Sex and the City où ils se tournaient autour des années durant avant d’étaler leurs réelles émotions.
L’authenticité valorisée côté applis
En 2025, une étude Ipsos. Digital pour Meetic montrait déjà les balbutiements de ce changement. 90 % des célibataires sondés y déclaraient que l’émotion, l’intuition et le ressenti primaient sur tout le reste. Un constat qui n’est pas passé inaperçu auprès des applications de rencontres. « Elles-mêmes s’interrogent sur la façon dont leurs outils vont permettre de ne pas créer des comportements inadéquats et s’adaptent », indique Aurore Malet-Karas. Hinge vient, par exemple, de mettre en place Signals, un badge de profil valorisant les célibataires qui font preuve d’attention et de régularité. « Nous l’avons créée parce qu’un profil peut seulement vous dire qui est une personne, pas comment elle se comporte », explique Logan Ury, directrice de la science des relations.
« Prendre le temps de vraiment lire le profil de quelqu’un avant de le liker, laisser un vrai commentaire, répondre lorsque quelqu’un vous écrit : c’est exactement le type d’efforts qui, jusqu’ici, restaient invisibles. »
Quelle que soit la forme choisie, les applications ont d’ores et déjà entrepris leur mue. « Le chalant dating témoigne d’une évolution positive de la culture des rencontres. Après des années où s’investir dans une relation a parfois été perçu comme gênant, il est encourageant de voir que l’envie de se montrer plus vulnérable prend de l’ampleur », ajoute Logan Ury. Meetic a fait le choix de son côté de lancer la campagne « Les rencontres en version originale » pour favoriser le dating « où chacun peut être soi-même, sans rôle à jouer. » Quand Bumble permet désormais à tous les célibataires de faire le premier pas après un match (seules les femmes y avaient accès) et convie ses utilisateurs à « travailler » cette première approche. Le dating entre bel et bien dans une nouvelle ère.
« Faire part de ses réelles attentes d’emblée »
Aurore Malet-Karas a déjà observé ce changement en cabinet, avec des célibataires « qui prennent leurs responsabilités. » Qu’ils recherchent le grand amour, une relation d’un soir, ou qu’ils souhaitent papillonner, les utilisateurs d’applications de rencontres n’hésitent plus à le faire savoir. « L’idée est vraiment de faire part de ses réelles attentes d’emblée. C’est prendre les responsabilités de ce qu’on attend de l’autre et de ce qu’on est capable de mettre sur la table », poursuit la sexologue.
Notre dossier DatingEt si ça ne passe pas ? « Si l’autre n’a pas les mêmes attentes, tant pis, chacun aura gagné du temps. » L’espoir ne fait pas toujours vivre, il peut être source de fatigue et d’anxiété. D’où l’intérêt d’y aller franco.