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Et si les stars du Salon de l’agriculture étaient les agri-influenceurs ?

Réseaux sociaux : Et si les stars du Salon de l’agriculture étaient les agri-influenceurs ?

agriculteurs connectésTikTok, YouTube, Instagram… Les agriculteurs se transforment en créateurs de contenu. Sur les plateformes ils documentent leur quotidien et vulgarisent leurs pratiques. TikTok c’est même installé au Salon de l’agriculture cette année
Fiona Bonassin

Fiona Bonassin

L'essentiel

  • Les agri-influenceurs ont pris une place importante au Salon de l’agriculture avec notamment un espace TikTok, dans un contexte où le hashtag #agriculture a généré plus d’un milliard de vues en France, soit une augmentation de 73 % par rapport à 2024.
  • Des agriculteurs comme Goran Puig (Le Permaculteur) et Adrien Ostins sont devenus des créateurs de contenus populaires, avec pour objectif de valoriser leur métier.
  • Cette activité d’influence demande un investissement croissant en temps et en production de contenu qualitatif, mais elle apporte aussi son lot de défis personnels.

Quand on pense « Salon de l’agriculture », on visualise les agriculteurs venus avec leurs animaux, ceux qui sont là pour présenter leurs produits du terroir et des familles qui font la queue pour un sandwich à la raclette. Sauf que cette année, une espèce en pleine expansion a pris ses quartiers Porte de Versailles : les agri-influenceurs. Soit des créateurs de contenus qui explosent sur les réseaux sociaux et notamment sur TikTok en filmant leur quotidien d’agriculteur.

Du 21 février au 1er mars, il n’était pas rare de tomber sur des agriculteurs en train de filmer leurs contenus pour leurs abonnés ou se faire interviewer. Pour l’occasion et pour la première fois, TikTok a même installé son propre espace sur le salon pour permettre aux agriculteurs de discuter, publier des contenus et rencontrer leurs fans. Des conférences étaient aussi prévues avec pour thème, l’innovation, la formation, les conditions de travail, l’impact environnemental ou encore la féminisation des métiers.

Une autre vision du métier

On savait que TikTok adorait les métiers qui faisaient rayonner la France. Il suffit de voir le nombre d’artisans et d’entrepreneurs qui cartonnent sur la plateforme. C’est donc naturellement que les agriculteurs ont trouvé leur place pour raconter leur quotidien. En 2025, le hashtag #agriculture a généré plus d’un milliard de vues en France, soit une augmentation de 73 % par rapport à 2024. En tout, plus de 4 millions de publications racontent aujourd’hui la vie de la terre et des métiers qui la font vivre. Pendant le Covid, Goran Puig décide de quitter son cursus universitaire en philosophie pour se lancer dans la permaculture. Quand il arrive sur TikTok c’est « par le plus grand des hasards, jamais dans ma vie, je me serais dit que les réseaux sociaux pourraient devenir mon activité et même mon métier. Jamais j’aurais pu penser qu’une telle communauté allait pouvoir naître » se souvient celui qui se fait appeler Le Permaculteur sur les réseaux sociaux. Trois semaines après son inscription sur la plateforme, le jeune agriculteur comptait déjà 100.000 abonnés (il en a aujourd’hui plus de 2 millions). Il le reconnaît, son public ne lui ressemble pas. « On est sur une communauté qui a entre 30 et 50 ans, avec plus de personnes qui ont 60 que moins de 20 ans. C’est vrai que quand on parle de réseaux sociaux on pourrait s’imaginer que vu mon âge je suis suivie par des gens qui me ressemblent. Mais pas du tout » analyse-t-il avant d’ajouter que « ce ne sont pas des agriculteurs, ils veulent voir du positif. Sur les réseaux nous avons beaucoup de négativité et c’est vrai que cela apporte un regard un peu plus positif sur notre monde, sur la société. »

Une aubaine pour celui qui souhaite partager son quotidien et sa passion. Cette volonté de partager, c’est aussi ce qui a fait venir sur les réseaux sociaux le viticulteur Adrien Ostins. Présent sur toutes les plateformes, c’est sur TikTok qu’il va commencer, « C’était un peu péjoratif de travailler dans les vignes alors qu’on peut avoir de très bons salaires, on travaille avec les saisons, chaque jour est différent. J’ai voulu commencer à parler de mon métier sur TikTok pour raconter mes journées, ce que je faisais, du matin jusqu’à la fin de journée. » explique l’agriculteur. Présent au Salon de l’agriculture en 2025, l’homme va même remporter le prix de l’influence. Une distinction qui depuis quatre ans met en avant le travail des agriculteurs sur les réseaux sociaux en récompensant les plus grandes progressions sur les plateformes et les créateurs qui partagent le plus avec leur communauté.

Une reconnaissance gratifiante

C’est donc leur vie professionnelle que partagent les deux agri-influenceurs, leurs passions et des histoires qui valorisent les terres agricoles françaises. Même si leurs principales occupations restent leurs vignes et leurs fermes agricoles, la création de contenu leur prend de plus en plus de temps. « Chaque semaine on fait un tournage avec mon ami Nicolas qui est vidéaste. C’est lui qui orchestre toutes les vidéos que ce soit les formats courts comme les formats longs. Donc chaque semaine on voit vraiment l’évolution de mon projet » juge le Permaculteur qui, aujourd’hui touche davantage de revenus de son activité de créateur de contenu que de l’agriculture.

Ces nouvelles opportunités ont ouvert de nombreuses portes à ces créateurs de contenus, loin de leurs terrains agricoles. Grâce à cette nouvelle notoriété, Adrien Ostins se déplace dans les lycées pour partager son expérience. Sa vie sur TikTok intéresse beaucoup, « c’est vrai que j’ai des retours des jeunes ou des moins jeunes qui veulent se lancer sur les réseaux, mais ils ont un peu peur du regard de leur patron quand ils sont salariés. »

Loin d’être des stars, les deux hommes avouent être reconnus de plus dans la rue ou sur les salons. Goran Puig a fait la surprise à ses fans de se rendre cette année sur le stand TikTok, « Je me suis fait reconnaître, mais moi je suis un peu timide, donc je baisse un peu le regard, je suis vite gêné, je suis vite mal à l’aise. » avoue le jeune drômois qui tempère un peu son rôle de créateur de contenu, « C’est vrai que l’influence, même si c’est beaucoup de bonheur au quotidien, beaucoup d’avantages, c’est aussi un ''fardeau'', dans le sens où moi qui suis assez réservé de base, assez timide. Si trop de monde me reconnaît en même temps, je crois que mon cœur s’arrête de battre. » Tout miser sur l’authenticité pour certains, sur l’humour pour d’autres, les agri-influenceurs plantent une petite graine d’optimisme et de ruralité chez leurs followers.