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Vous êtes en couple et ne faites plus (trop) l’amour ? Bah… c’est normal
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Vous êtes en couple et ne faites plus (trop) l’amour ? Bah… c’est normal

C’est le tabou ultime mais ça ne devrait pas l’être, car tout le monde - Oui, TOUT LE MONDE - est concerné par une baisse de la fréquence des rapports sexuels dans son couple. Et alors ?
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • Non, il n’est pas anormal de moins faire l’amour avec son partenaire après plusieurs mois ou années de relation. Si chacun s’estime épanoui dans sa vie sexuelle, RAS.
  • « Les personnes qui consultent en sexologie pensent que leur problème est un problème rare. Quand on leur dit qu’ils sont loin d’être les seuls, ils tombent des nues. Ils pensent que tout va bien pour les autres car personne n’en parle », explique le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue et thérapeute de couple.
  • Le livre « Amour et Sexualité, c’est pas si compliqué » du Dr Gilbert Bou Jaoudé, regroupant récits intimes et conseils, est paru le 11 septembre 2025 aux Editions Solar.

Wow, tellement gênant ! Si vous voulez mettre vos potes mal à l’aise dans une soirée, demandez-leur s’ils font encore l’amour avec leur partenaire. Mieux, dites-leur que vous, pourtant plus célibataire depuis loooongtemps, vous n’avez pas fait l’amour depuis des mois. « Ah ? Mais… Heu… ah bon ? ». Et encore ça, c’est la réaction la plus réconfortante. Généralement, les voix baissent en intensité, les regards se détournent, les corps se tassent sur le canapé, et personne ne prendra le moindre risque de s’emparer (à voix haute) de cet épineux sujet.

C’est fou cette capacité que l’on peut avoir à raconter certains des détails les plus intimes de notre vie - « quoi frérot, tu l’as jamais fait dans un avion ? Moi c’était dans un Beauvais - Madère et je peux te garantir que… » - sans jamais parvenir à faire voler en éclats ceux qui gravitent encore autour de la sexualité. « On parle aujourd’hui beaucoup plus facilement de sexe que dans le passé, mais on ne parle toujours pas de sexualité. Faire des blagues graveleuses dans une soirée, c’est très facile, mais dire à des proches qu’on ne fait plus l’amour, c’est plus compliqué », explique le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue et thérapeute de couple.

Le sujet fait même office de tabou ultime. « C’est le secret le mieux gardé du monde. Il y a plein de gens, plein de couples, qui n’ont pas de rapports sexuels, ou vraiment très peu, et ils vont très bien », déclarait Ovidie, auteure de La Chair est triste hélas, au micro de France Culture, le 10 septembre dernier. Les chiffres parlent pourtant d’eux-mêmes : les Français font moins l’amour, qu’ils soient en couple ou pas, comme le faisait savoir l’Ifop en 2024 dans son étude « sex recession ». Moins d’un Français sur deux (43 %) y affirmait avoir en moyenne un rapport sexuel par semaine. Un chiffre qui a fait couler beaucoup d’encre, mais n’a (toujours) pas délié les langues.

Moins de sexe, la fin du couple ?

Revenons à notre petite soirée entre potes, et à ce moment gênant resté en suspens. Le silence finit (forcément) par se briser - en même temps que votre petit cœur meurtri par tant de franchise. « T’as pas peur qu’il/elle aille voir ailleurs ? », « Vous êtes sûrs que vous vous aimez encore ? », et la cerise sur le gâteau : « c’est peut-être la fin, nan ? ». La sentence est prononcée : ce n’est pas normal.

Car (forcément), moins faire l’amour, dans l’imaginaire collectif, ne correspond à aucune norme communément admise. « Les personnes qui consultent en sexologie pensent que leur problème est un problème rare. Quand on leur dit qu’ils sont loin d’être les seuls, ils tombent des nues. Ils pensent que tout va bien pour les autres car personne n’en parle », confirme Gilbert Bou Jaoudé.

Le médecin sexologue est pourtant catégorique. Il n’y a rien d’anormal à cette baisse d’activité sexuelle dans un couple. « Tous les couples, même les plus passionnels traversent, ou traverseront, au moins une période durant laquelle ça ne va pas sexuellement ». Il n’y a pas non plus de lien évident, comme les injonctions le laissent penser, entre absence ou rareté des rapports sexuels et rupture imminente. « On peut aimer follement un partenaire avec qui on ne fait plus ou peu l’amour, et ne pas aimer une personne avec laquelle les rapports sexuels sont fréquents et réguliers », rappelle le spécialiste.

« On a perdu le fil »

Il va même encore plus loin en qualifiant de « salvatrice » cette baisse de fréquence des rapports sexuels. Et ce, pour une raison simple : il serait épuisant de maintenir la séduction des débuts, et tout ce qui l’accompagne, tout au long d’une relation, voire d’une vie. Vous vous imaginez, vous, dégainer votre plus beau body, tous les jours à 6h du mat, pimpée comme jamais, après avoir passé la nuit à calmer les pleurs du petit dernier ? Paniquer tous les jours de votre vie parce qu’il n’a pas répondu dans la minute à votre dernier SMS ? Afficher un sourire H24 comme si vous viviez dans le dernier Disney ? Au début, c’est génial, mais à la longue c’est éreintant.

« L’objectif n’est pas de garder ça tout au long de la relation, c’est de faire en sorte de le retrouver régulièrement, même si c’est une fois par mois », poursuit le Dr Bou Jaoudé. La plupart des couples qui le consultent parce qu’ils ne font plus l’amour disent simplement « avoir perdu le fil ». Quelle que soit la raison qui a conduit à cette situation, ils ne parviennent pas à retrouver le fil, et ce même s’ils en ont envie. La sexualité, synonyme de plaisir et de spontanéité, devient un casse-tête, une chose à calculer, à réfléchir et à organiser. Un cercle vicieux.

Dans ce cas, et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas forcément la libido qui diminue, mais tout ce qui la faisait fonctionner. Si les deux partenaires souhaitent se retrouver sexuellement, le spécialiste conseille de se poser régulièrement, disons une fois par mois, cette question : « aujourd’hui, qu’est-ce que j’aurais fait de différent si c’était une des premières fois qu’on se voyait ? ». La poubelle qui n’a pas été sortie, le lave-vaisselle à ranger, et les factures à payer n’auraient sans doute pas été mis sur le tapis.

La seule norme admise : être épanoui

Celles et ceux qui pensent « avoir perdu le fil », et aimeraient le retrouver, peuvent mettre en place plusieurs étapes qui peuvent les y aider. Il est d’abord important d’évoquer le sujet avec son ou sa partenaire et de s’assurer que chacun souhaite bel et bien se retrouver sexuellement. Le sexologue conseille également de s’octroyer du temps seul(e) pour prendre soin de soi, physiquement et mentalement, puis à deux, sans sexualité, mais de qualité. On l’aura compris, il n’est pas question d’aller faire les courses ou la paperasse, mais de prendre le temps de discuter avec plus de légèreté.

Ultime détail qui a son importance, on garde en tête qu’il n’y a aucune norme en matière de sexualité, encore moins quant à la fréquence des rapports. « Ce n’est pas l’absence de vie sexuelle qu’il faut interroger, c’est le retentissement, l’impact, que ça peut avoir sur l’un ou l’autre », explique le spécialiste. Et de préciser : « Je dis toujours aux couples que ce n’est pas une vie sexuelle régulière qu’ils doivent retrouver, mais la vie sexuelle dont ils ont envie ». L’important est d’être épanoui. Plus de raison donc de baisser la voix, ou de regarder ailleurs, quand on vous parle de sexualité.