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Faut-il culpabiliser d’envoyer les enfants se faire paître à votre mariage ?
Certains futurs mariés osent de plus en plus ne pas inviter les enfants de leurs convives à leur mariageClio Weickert
L'essentiel
- Les mariages où les enfants ne sont pas invités se font de plus en plus fréquents.
- « C’est relativement récent mais surtout plus assumé qu’avant. Ce n’est pas forcément que les couples sont plus nombreux à faire ce choix, mais ils osent davantage l’exprimer ouvertement », observent Sophie et Jennifer, wedding planner..
- Parmi les raisons invoquées, des difficultés logistiques, un lieu de réception inadapté ou tout simplement le désir de faire la fête en toute tranquillité, comme Maxime, un jeune marié qui voulait « offrir une vraie parenthèse » à ses invités.
Vous rentrez du boulot lorsqu’une surprise se cache dans votre boîte aux lettres : une belle enveloppe cartonnée, agrémentée d’une jolie écriture calligraphiée (et peut-être deux ou trois papillons qui volettent sur les côtés). Curieux, vous ouvrez ce pli sans attendre, et, surprise, vous découvrez que l’un de vos couples d’amis se marie !
A l’intérieur du faire-part, sont indiqués le lieu et la date de la cérémonie. Eventuellement un dress code, si vos proches sont du genre control freak. Et puis une petite ligne attire votre regard : « Nous adorons vos enfants, mais pour des raisons pratiques, nous ne pourrons les accueillir lors du mariage ». Et là, ça passe ou ça casse.
Un choix clivant mais plus assumé qu’avant
Ne pas convier les bambins de ses invités lors du plus « beau jour de sa vie » (en théorie) est une tendance de plus en plus fréquente. « C’est relativement récent mais surtout plus assumé qu’avant, observent Sophie et Jennifer, wedding planner et designer depuis 2013, cofondatrice de l’agence Ma Vie de Bohème. Ce n’est pas forcément que les couples sont plus nombreux à faire ce choix, mais ils osent davantage l’exprimer ouvertement ». A l’heure de la vague du « No Kids », cette pratique n’en reste pas moins clivante.
« Je remue un sujet immense !, s’amusait ainsi l’humoriste Marine Leonardi dans une vidéo postée début juillet sur Instagram. « Je pense que si tu te maries un peu tard – tard étant 35, 40 ans, en tout cas à un âge où les gens ont déjà des enfants –, c’est un peu compliqué de leur dire de venir sans leurs mioches. […] Souvent, ces gens-là ont eux-mêmes déjà des mioches, qui sont là à la teuf, et ils te disent à toi "non, tu viens sans les tiens". C’est un peu weird [bizarre]. »
Lucie, 42 ans, fait partie de ceux qui adhèrent peu à cette conception de mariage sans marmots dans les pattes. « Ce n’est pas un anniversaire ou un nouvel an, c’est une fête de famille qui doit rester gravée dans la mémoire des proches. Plus tard les enfants s’en rappellent, ils sont sur les photos, c’est émouvant », estime-t-elle après avoir répondu à notre appel à contributions.
Elle ajoute : « Je trouve ça blessant pour les enfants, surtout si on est proches des époux. Mon fils de 14 ans, filleul de la mariée, n’a pas été invité à son mariage, par exemple. Seuls les enfants des frères et sœurs étaient conviés. C’est inélégant. »
La teuf l’esprit tranquille
Différentes raisons peuvent expliquer cette décision. Une question de logistique peut se poser dans l’organisation de mariages de petite taille ou prévus à l’étranger. Des soucis de sécurité peuvent aussi être invoqués, certains lieux de réception possédant une piscine ou des plans d’eau non protégés, par exemple. Il y a aussi des explications plus officieuses.
« Beaucoup de couples souhaitent avant tout éviter les moments de stress ou de dérangement : des enfants qui pleurent pendant la cérémonie, qui courent partout pendant les discours ou qui fatiguent rapidement lors d’une soirée festive peuvent vraiment impacter l’ambiance générale, soulignent Sophie et Jennifer, les wedding planner. Il y a aussi une volonté de laisser les parents profiter pleinement de la fête, de danser, de trinquer et de passer un vrai moment pour eux, sans devoir gérer la logistique des siestes, repas ou couches. »
C’est pour offrir une vraie « parenthèse » que Maxime, un parisien qui bosse dans le domaine de la finance, a fait le choix de ne pas convier les enfants lors de son union dans le sud de la France, le mois dernier.
« J’ai 36 ans et ma femme en a 33. On fait partie de la dernière vague des mariages et on commence à avoir autour de nous énormément de couples qui ont des enfants. Mais nous voulions vraiment un mariage festif, que tout le monde puisse oublier un petit peu son quotidien et être dans le moment présent », explique-t-il.
S’il considère les mariages familiaux « très sympas », il pointe néanmoins quelques freins. « En gros, tu es stressé jusqu’à ce que les enfants aient mangé le soir. Les parents ne profitent donc pas de la journée. A partir du moment où ils sont couchés, tu as trois heures pour t’amuser, et, à minuit, tu commences à stresser parce que le lendemain il faut te réveiller pour s’occuper d’eux. »
Un point de vue partagé par une internaute sous la vidéo de l’humoriste Marine Leonardi : « On est invités à un mariage l’an prochain et ce sera sans nos enfants de 3 et 5 ans ! Je trouve que ce n’est pas leur place. Elles seront épuisées et la musique forte va me stresser pour leurs oreilles. […] Elles seront mille fois mieux chez papy et mamie et nous pourrons dormir le matin après être rentrés tard… »
Clarté et bienveillance
Si des parents s’accommodent aisément de cette demande et profitent de cette soupape de décompression, pour d’autres, cela peut soulever le casse-tête de la garde. Sans oublier ceux qui ne se voient pas aller à ce genre de célébrations sans leurs enfants.
Maxime, lui, reconnaît que ne pas avoir d’enfants lui a permis d’être dans une situation plus « confortable » pour prendre ce choix. Afin de limiter les frustrations, il affirme aussi avoir veillé à imposer la « même règle pour tout le monde » et éviter tout traitement de faveur. Enfin, les convives ont été informés de ce paramètre au plus tôt et avec clarté.
« Quand les mariés expliquent leur démarche avec bienveillance, que ce soit pour des raisons pratiques, de confort ou pour permettre aux parents de profiter pleinement, les gens le prennent bien. Il y a toujours quelques déceptions possibles, mais si c’est clair et justifié, les invités respectent cette décision », affirment les wedding planner.
Zizanie entre amis
Parfois, ce paramètre peut tout de même semer la zizanie. C’est le cas de Claire, dont le mariage d’un proche « a créé quelques remous » dans son groupe d’amis. « Les futurs mariés refusaient catégoriquement la présence d’enfants, à part les leurs, précise-t-elle. Ils avaient d’ailleurs choisi un lieu superbe mais qui n’était pas du tout adapté à la présence d’enfants en bas âge. »
Elle poursuit : « Le problème, c’est que le mariage avait lieu en plein été et que faire garder ses enfants au mois d’août, c’est compliqué. Surtout que nous n’avons pas tous des familles aidantes. Et pas de baby-sitting possible car le mariage avait lieu en Bretagne, soit à 800 km de chez nous. Certains de nos amis ont donc fait l’impasse, d’autres sont venus seuls pendant que leur conjoint gardait les enfants. Ça n’a pas gâché la fête mais ça a créé de l’agacement et de l’incompréhension. »
Notre rubrique Parentalités & enfantsInviter ou ne pas inviter les enfants à un mariage ? Telle est la question. Une décision – dans un sens comme dans l’autre- qui peut transformer la fête en un véritable casse-tête. Mais le mariage n’est-il pas une prise de risque en lui-même ?



















