Canicule : Peut-on faire l'amour quand ça chauffe trop ?
Alors que le mercure monte très haut, frôlant les 40 degrés, comment avoir des pratiques sexuelles sans finir liquéfié dans ses draps ?Victoria Berne
L'essentiel
- Bien que le désir semble augmente en été, la canicule peut, elle, freiner le passage à l’acte.
- Pour avoir des relations sexuelles confortables par forte chaleur, il est recommandé d’adapter ses pratiques : choisir les moments les plus frais, s’hydrater, privilégier des lieux climatisés.
- Repenser les pratiques sexuelles semble alors une bonne façon pour pouvoir s’adonner au plaisir.
Il fait chaud. Très chaud. Le bitume fume, les corps transpirent, et les draps collent. Alors que le thermomètre flirte avec les 40 degrés aujourd’hui, une question aussi moite que notre literie nous traverse l’esprit : peut-on encore avoir des relations sexuelles quand il fait aussi chaud ?
La réponse n’est pas si simple. Car si notre désir adore l’été, notre corps, lui, supplie pour une douche froide plus qu’un câlin torride.
Selon un sondage IFOP de 2017, 73 % des hommes et 63 % des femmes disent avoir plus envie de sexe pendant la période estivale. Mais entre l’envie et l’action, il y a… la canicule. En pratique, seuls 58 % des hommes et 54 % des femmes passent réellement à l’acte plus souvent. Peut-être parce que la libido fond au soleil comme une glace oubliée sur un rebord de fenêtre.
Et les chiffres ne mentent pas : neuf mois après une canicule, les naissances chutent de 5 à 6 %, selon l’Institut national d’étude démographique. Alors, pour les motivés du mois d’août, est-ce vraiment une bonne idée de transformer sa chambre en sauna érotique ? Comment concilier vie intime et chaleur venue tout droit des enfers ?
Sexer, c’est bien. De façon maligne, c’est mieux
La clé, ce n’est pas de renoncer, mais d’adapter. « On pourrait croire qu’il y a un paradoxe entre sexualité et chaleur, mais il y en a un seulement si on considère que la sexualité n’est qu’une performance physique », explique Lisa Lepra, sexologue humaniste. Car c’est bien là que le bât blesse : penser pouvoir reproduire des ébats sexuels performatifs en pleine vague de chaleur, c’est l’assurance de finir rouge écarlate, dégoulinant et… potentiellement épuisé.
D’autant que l’excitation augmente naturellement le rythme cardiaque, donc la température corporelle. « Qu’on soit seul·e ou à deux, la transpiration sera là », prévient la sexologue. Mais pour Lisa Lepra, la chaleur est un « terreau fertile » à notre sexualité, et il existe des manières simples et astucieuses de contourner ces désagréments.
Rester chaud sans avoir trop chaud
Première règle : choisir le bon moment. Mieux vaut éviter les heures les plus chaudes, entre 12 heures et 19 heures. Amandine Ranson, experte chez LELO (marque d’objets de plaisir), conseille « de privilégier tôt le matin ou tard le soir, dans des pièces fraîches ou climatisées ».
Et si la clim vous fait défaut, il reste les solutions D (comme Débrouille) : le carrelage froid de la salle de bains, un ventilateur bien placé, ou une douche à deux, qui fait aussi office de préliminaire.
Et bien sûr, on s’hydrate. Comme avant n’importe quelle activité physique. « L’acte sexuel mobilise de l’énergie », rappelle Lisa Lepra. Mais alors, est-ce dangereux ? La sexologue précise que la notion de dangerosité n’intervient que lorsque aucune règle de bon sens n’est respectée : « Avoir des rapports avec quelqu’un en plein soleil, sans eau, ça peut être dangereux. Le faire le soir, à l’ombre avec un ventilo, le danger sanitaire n’existe plus. »
Masturbation : le plaisir sans promiscuité
Mais que faire quand on n’a ni l’envie de se coller à l’autre, ni l’énergie pour se lancer dans une valse charnelle à deux ? La réponse peut tenir en un mot : masturbation. « La masturbation mutuelle permet une intimité érotique tout en gardant une certaine distance physique », explique Amandine Ranson. Une manière d’éviter la promiscuité tout en entretenant le lien.
L’experte de chez LELO donne aussi un petit conseil : certains sextoys peuvent être placés au réfrigérateur avant usage (à condition de vérifier les instructions, car tous ne le permettent pas). « Les sextoys chez LELO, par exemple, sont conçus pour cela, y compris pour aller dans l’eau, sans danger », précise-t-elle.
Mais ici encore, Lisa Lepra invite à aller au-delà de l’acte technique : « L’excitation fait grimper la température corporelle, même en solo. Il ne faut pas juste chercher à éviter la sueur, mais à repenser entièrement l’expérience. »
Repenser les relations sexuelles
Car finalement, la solution pourrait bien être là : dans l’imaginaire et la créativité. « Il y a d’autres manières d’avoir des rapports sexuels. Pourquoi ne pas utiliser les cinq sens autrement ? Le goût, l’odorat, l’ouïe… sont souvent mis de côté. Il faut peut-être aller plus sur les notions de jeu », souligne Lisa Lepra. Si la chaleur amène à faire moins d’effort, une sexualité ludique, sensorielle, inventive peut faire grimper le plaisir sans (trop) faire grimper le mercure.
La chaleur est-elle plus propice aux maladies sexuelles comme les mycoses ? Pour la sexologue Lisa Lepra, les deux ne sont pas liés. « C’est avant tout un problème d’humidité. L’été peut les favoriser, mais c’est aussi le cas en hiver. C’est surtout dû à un déséquilibre du pH. »
Enfin, protégez-vous. Comme le rappelle Amandine, pratiquer sous 40 °C ne doit pas faire oublier les bases : consentement, précautions, et plaisir en toute sécurité.
Alors, peut-on faire l’amour sous 40 degrés ? Oui. Mais pas n’importe comment. Plus doucement, au frais, et avec beaucoup d’imagination. Le sexe d’été n’est peut-être plus une montée d’adrénaline… mais il peut encore être une vague de plaisir. À condition de ne pas confondre torride et insoutenable.



















