Tour de France 2019: Hécatombe chez les favoris, et si c'était enfin (vraiment) l'année de Pinot ou de Bardet?

CYCLISME Pas de Froome, Pinot en forme, l'expérience de Bardet... En 2019, on a toujours envie d'y croire 

William Pereira, avec François Launay à Bruxelles

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Quel Tour pour Pinot ou Bardet?
Quel Tour pour Pinot ou Bardet? — Sipa (montage WP)
  • Le Tour de France 2019 débute samedi à Bruxelles. 
  • De nombreux cadors sont absents cette année, en particulier Chris Froome, mais aussi Tom Dumoulin et Primoz Roglic.
  • Ces forfaits peuvent ouvrir la porte pour les Français Romain Bardet et Thibaut Pinot, même si l'équipe Ineos reste sacrément armée. 

Depuis qu’on est « en droit de croire à une victoire française sur le Tour de France, c’est-à-dire 6-7 ans », paroles de Steve Chainel, champion de France de cyclo-cross, la Grande Boucle a le droit à son marronnier annuel. « Pourquoi Bardet va-t-il gagner le Tour ? », « pourquoi cette année Froome ne sera pas imprenable » (ne marche pas en 2019) et autres moutures du genre sont à 20 Minutes ce que la canicule ou le péage de Saint-Arnoult en Yvelines sont à BFM TV : des classiques du genre dont on ne se cache même plus.

Cette année, c’est triple dose d’optimisme. En plus de Bardet, la France pourra compter sur un Thibaut Pinot retrouvé et le forfait de nombreux leaders, dont le malheureux Chris Froome pour qui la saison s’est terminée sur un mur avant même de commencer. Il n’en fallait pas plus pour que L’Equipe consacre sa une du 26 juin à « l’année ou jamais » pour les Français. La formule ne plaît guère à Chainel. « Je ne suis pas d’accord. Si c’est pas cette année, les leaders du vélo français ont encore du temps devant eux. » Mais tant qu’à faire, essayons de voir ce qu’ils peuvent faire dès l’édition 2019.

Thibaut Pinot, le retour de l’enfant prodige

Quatre ans qu’il ne voit plus les Champs-Elysées. Deux ans qu’il n’était plus sur le Tour. « Pinot a longtemps boudé le Tour de France à cause de la pression médiatique et de la météo parfois caniculaire, lui qui préfère le mauvais temps », décrypte le consultant Eurosport. Chaleur ou pas, cette fois, Thibaut Pinot est là. Et il va très bien. Après avoir touché le fond sur le Tour d’Italie en 2018, contraint à l’abandon par des bronches que l’on sait fragiles, le leader de la Groupama-FDJ a eu le temps de se refaire une santé sur la Vuelta (6e du général) et le Tour de Lombardie (victoire). Chainel, toujours : « On avait l’impression qu’il ne reviendrait jamais sur le Tour, mais le fait d’avoir gagné le Tour de Lombardie lui a fait beaucoup de bien, ça l’a remis en confiance. »

Son coéquipier Benoît Vaugrenard ajoute à la confiance une bonne préparation. « L’objectif principal de Thibaut avant ce Tour était d’arriver en condition, et il l’est, comme on a pu le voir sur le Dauphiné. » Cinquième du général à 33 secondes de Fuglsang sans trop forcer, Pinot a pu se jauger face aux meilleurs sur la montée vers Pipay en attaquant et ne concédant que dix secondes à un Wout Poels monstrueux sur la ligne d’arrivée. « C’est vrai que ça fait longtemps que je ne suis pas arrivé sur le Tour de France avec une préparation idéale. Ça change par rapport aux autres années, et c’est une première depuis 2014 », se félicite l’intéressé. Et pour couronner le tout, il sera très bien entouré. Vaugrenard : « Il a une équipe entière qui lui est dévouée. Il y a des coureurs très expérimentés sur le plat et du solide pour la montagne, avec Rudy Molard, Sébastien Reichenbach et David Gaudu. »

Romain Bardet, un cran en dessous ?

Ce n’est pas forcément le cas de Romain Bardet, qui devra se débrouiller sans Pierre Latour, laissé sur la touche car hors de forme en raison de blessures à répétition. « Contrairement à Pinot qui a une très bonne équipe, AG2R a des absents et des blessés. Cosnefroy et Gallopin sont tombés sur les championnats de France donc ça risque d’être dur dès dimanche », s’inquiète Chainel. Dimanche, c’est le contre-la-montre par équipes de Bruxelles (28 km).

« Bardet a toujours cette petite faiblesse sur contre-la-montre, il va falloir éviter de perdre trop de temps sur ce chrono », sous peine de partir avec un handicap sur la concurrence comme ce fut le cas sur le Dauphiné – il a perdu une minute sur les favoris en 26km de CLM. Mais la grande nouveauté cette année, c’est que le leader d’AG2R part aussi avec moins de certitudes en montagne. « Il semble qu’il a moins d’assurance que Thibaut avant d’entamer ce Tour de France. Il a connu pas mal de pépins cette saison et semble un ton en dessous, comme on a pu le voir sur le Dauphiné. Mais, après, Romain sait bien se préparer et il connaît vraiment bien le Tour et ce que cela suppose », analyse Benoît Vaugrenard. La preuve avec une analyse aux petits oignons de l’intéressé en conférence de presse d’avant TDF :

On sait que l’énergie risque de manquer à certains moments. Il faut aussi savoir quelles sont les étapes clés, quelles sont nos forces et comment les exploiter au maximum. On a la chance d’avoir un Tour de France qui est difficile dans sa globalité avec la montagne qui arrive vite. Les Pyrénées ne sont pas faciles non plus. Et surtout, les Alpes lors de la troisième semaine avec beaucoup d’altitude. C’est propice à créer des différences avec la fatigue qui s’accumule. »

Les Ineos toujours au-dessus de la mêlée

Chris Froome absent, Tom Dumoulin absent, Primoz Roglic absent… Ça en fait, des favoris out avant le départ à Bruxelles. Mais au fond, ça changera quoi ? Ineos a la meilleure équipe, va contrôler la course et très probablement gagner. Reste à savoir qui de Thomas ou Bernal​ sera en jaune sur les Champs, fin juillet. Au bout du compte, seule une guerre d’ego à laquelle viendrait se mêler un Poels avide de lumière pourrait flinguer l’ancienne Sky.

Mais on parle là d’un scénario au-delà de l’improbable. Steve Chainel embraye : « Je ne pense pas que les leaders d’Ineos se marcheront dessus. Il y a une vraie direction sportive, les décisions seront prises en temps voulu [sur le leadership]. Poels est dans une nouvelle dimension, il est très fort, je le vois bien faire de grandes choses, d’autant que l’attention sera plus sur Thomas et Bernal, et ça fera peut-être le jeu de Poels. Mais si on prend les qualités pures et les performances récentes, le plus fort actuellement, c’est Egan Bernal. »

Tout le monde est d’accord là-dessus, le Colombien a de loin les meilleures jambes du peloton et l’a encore démontré en Suisse. Vaugrenard ne tarit pas d’éloges. « Il sait frotter, c’est un bon rouleur, il est présent dans les bordures, ce qui est rare pour un Colombien, et c’est l’un des meilleurs grimpeurs du monde. » Bernal a un autre avantage, il sera frais : une clavicule cassée à l’entraînement l’avait écartée du Giro et contraint de reporter ses ambitions sur le Tour. Tant pis pour la concurrence, tant pis pour les Français.