Tour de France 2022 : Attaque groupée, Vingegaard aérien... Le plan anti-Pogacar de la Jumbo était parfait

CYCLISME La Jumbo-Visma a réalisé une course collective de haut vol entre Albertville et le col du Granon, permettant à Jonas Vingegaard, nouveau maillot jaune, de s’envoler. Tadej Pogacar, lui, a explosé. Et peut-être perdu le Tour de France

William Pereira
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Pogacar encadré pendant les Jumbo-Visma lors de la 11 étape.
Pogacar encadré pendant les Jumbo-Visma lors de la 11 étape. — Thibault Camus/AP/SIPA

Un dernier sourire face à la caméra au pied du Granon, puis le calvaire. Et une leçon : Tadej Pogacar est humain. Mercredi, le Slovène a refourgué son costume de surhomme qui sifflote sur la ligne – et le maillot jaune – à Jonas Vingegaard. A l’arrivée de la 11e étape, le contraste est saisissant entre le Danois qui ne perd pas de temps pour éliminer les toxines sur son home-trainer et Pogi, trois minutes de retard, affalé sur sa machine avant de descendre une bouteille de Sanpé. Entre les deux, le nouveau 2e du général Romain Bardet crache ses poumons au bord de la route. Chacun digère l’étape comme il le peut. Et dire qu’il faut repartir après ça.

En zone mixte, Jonas Vingegaard a le succès modeste. Il ne l’a pas volé, bien au contraire. C’est lui qui assomme son rival dans la montée finale et s’en va chercher Bardet et Quintana, eux aussi très forts. Mais le Danois sait qu’il doit beaucoup à ses coéquipiers, qui ont attaqué leur cible sans relâche sur les pentes du Télégraphe – un peu plus et UAE portait plainte pour harcèlement moral. Entre Roglic et Vingegaard, ça fait, cinq, six accélérations au total, et autant d’efforts à fournir pour Pogacar.. « Toute l’équipe a été formidable, surtout Primoz, a salué Vingegaard au micro de France TV. Il était un des leaders et il a tout fait pour m’aider. C’est un grand coureur. »

Un plan préparé il y a des mois

Sans compter la descente royale du Galibier de Wout Van Aert pour ramener ce même Roglic sur le groupe maillot jaune afin de permettre au Slovène de la Jumbo de planter une dernière banderille sur la bête vacillante. Un chef d’oeuvre tactique pensé « quelques mois avant le Tour » qui faisait déjà saliver son principal bénéficiaire l’avant-veille, lors de la journée de repos, son seul regret étant de n’avoir pas pu le partager avec nous, mais vous comprenez, le secret-défense, c’est le secret-défense.

« C’était le plan, a déclaré Steven Kruijswijk à France TV après la 11e étape. On s’était aperçu lors de nos reconnaissances que ce serait vraiment la bonne étape pour ça. Après, on ne savait pas quelles jambes on aurait. Elles étaient bonnes, et donc on a durci dès le Galibier. On a fait un gros travail aujourd’hui. »

Demain il faudra retourner au charbon. Le souffle retrouvé, Tadej Pogacar n’a pas totalement perdu le sourire au moment de saluer l’homme qui vient de le dépouiller de son bien le plus précieux, et de lui adresser une petite tape sur la cuisse, l’air de dire : « J’espère que t’es prêt, gars, demain c’est mon tour. » Et il y aura de quoi faire, entre le Galibier (par l'autre côté), la Croix de Fer et l'Alpe d'Huez. Des bastons comme aujourd’hui, on en redemande.