Moscon s'est fait virer du Tour après avoir craqué
Moscon s'est fait virer du Tour après avoir craqué — AFP (Montage WP)

CYCLISME

Tour de France 2018: Intimidation, fatigue, insultes… Pétage de câble et baston dans le peloton, mode d’emploi

Gianni Moscon est de loin le meilleur quand il s'agit de sombrer dans la violence, mais bien d'autres avant lui ont dérapé...

Gianni Moscon ne le sait peut-être pas, mais il porte très bien son nom en France. Après avoir été suspendu par la Sky pour insultes racistes envers Kevin Réza l’année dernière, après avoir supposément provoqué la chute de Sébastien Reichenbach une poignée de mois plus tard, l’Italien s’est fait virer du Tour de France 2018, dimanche soir, pour avoir tassé Elie Gesbert alors que ce dernier s’était interposé afin de laisser filer une échappée qui venait de se former et où son leader, Warren Barguil, figurait. « Des images qu’on n’aime pas voir pour notre sport », se désole Adrien Petit (Direct Energie) depuis la Belgique. Consultant pour Eurosport, notre gars sûr Steve Chainel se permet d’aller plus loin : « franchement, c’est un imbécile. Soit il comprend pas et il faut que quelqu’un lui explique, soit il fait exprès. »

Bête, méchant, récidiviste, (Mos) con, mais pas pionnier en la matière : aussi éparses soient-elles (on insiste sur ce point, ça n’arrive pas tous les jours), les bastons ont toujours existé dans le vélo. Dans l’histoire récente des grands tours, on peut par exemple citer la plus célèbre, entre Rui Costa et Carlos Barredo en 2013 sur la Grande Boucle, ou l’échange de droites entre Gianlucca Brambilla et Ivan Rovny sur la Vuelta, deux ans plus tard. Au rayon des anonymes, et toujours en 2015, on peut aussi ressortir le coup de poing sorti de nulle part de Dmitriy Gruzdev sur le Tour de Turquie. Bref, ça existe (d’autant que, et Chainel le rappelle, « le cyclisme est un sport de contact »). La question étant : comment en vient-on à vriller sur pédales ?

La fatigue, dénominateur commun

Adrien Petit : « Ça arrive le plus souvent sur les courses usantes sur plusieurs semaines comme le Tour de France où on est sur les nerfs à cause de la fatigue. Là, il y a plus de chances que les mecs perdent leur sang-froid. »

Steve Chainel : « La fatigue peut mener à la bagarre, lorsque la fatigue est présente, il suffit qu’il y ait deux, trois échanges verbaux piquants pour que ça débouche sur une embrouille. C’est comme dans un couple, quand l’un des deux est crevé ça peut vite partir (il rit). Tout le monde a de l’ego dans le peloton donc ça peut arriver. »

L’élément déclencheur

La fatigue expose les coureurs au pétage de câble mais ne le provoque jamais directement. Il faudra toujours un élément déclencheur, un point de désaccord (« sur une tactique de course par exemple », illustre Chainel) menant à l’échange de mots doux et plus rarement de coups. Ou un facteur d’agacement. « Moi pour m’énerver, il fallait vraiment y aller. Mais ce qui me saoulait le plus c’était au choix la petite vague qui te met dans la bordure, soit quand il y avait un ilot directionnel au milieu de la route et qu’on ne te prévenait pas. On n’est pas là pour jouer notre vie. »

Adrien Petit dira de son côté que les arrivistes arrogants sont sa kryptonite. « Il y a toujours des mecs qui se sentent tout permis parce qu’ils ont un maillot d’une équipe World Tour. Parfois ça vient des jeunes qui pensent que parce qu’ils ont ce maillot, ils peuvent avoir tous les droits et être hautains avec toi. C’est un peu désagréable », confie-t-il.

L’exception : le sprint, cette institution

Tour de France 2017, 4e étape, sprint final. Mark Cavendish s’apprête à déborder Peter Sagan sur sa droite, à l’extrémité de la chaussée. Le Slovaque se sent dépassé et pousse le Britannique du coude, lequel se retrouve expédié contre les barrières avant de chuter lourdement. Les deux hommes quitteront la Grande Boucle, l’un expulsé, l’autre blessé, suite à ce que l’on qualifiera de grand classique sur les fins d’étapes de plaine.

De fait, la baston du sprint est une institution au sein de peloton et on sent dans le discours des coureurs une plus grande tolérance au rapport de force quand il s’agit d’explications entre fusées ou ceux qui ont pour mission de les placer en parfaite position, les fameux poissons-pilotes. Sans doute parce que tout va plus vite et qu’il est plus question de réflexes que d’acte prémédité.

Adrien Petit : « Un gars qui doit réguler une échappée dans le peloton, il est peinard [coucou Moscon]. Par contre, un gars qui sait que son sprinteur doit être idéalement placé à 200m de la ligne d’arrivée ou un sprinteur lui-même, est forcément exposé à un grand stress et peut en venir à jouer des coudes. » « Il y aura toujours beaucoup de frottement dans ce cas de figure », renchérit Chainel. Le sprint d’aujourd’hui est la course de chars d’hier. De la casse mais aussi une conscience de caste. On se fait mal mais on se serre la main à la fin. Il n’y a qu’à voir les échanges classes entre Sagan et Cavendish après le malheureux épisode de l’an dernier pour s’en apercevoir. « Ça s’était plutôt très bien fini », rappelle le consultant. Le tout étant de comprendre l’erreur et ne pas la reproduire. N’est-ce pas, Gianni ?