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Pourquoi ce Roland-Garros est déjà le plus kiffant qu’on ait déjà couvert

Roland-Garros 2026 : Pourquoi ce tournoi est le plus kiffant qu’on ait couvert, entre favoris absents et matchs dingos

feu d’artificeL’absence d’Alcaraz et l’élimination précoce de Sinner n’ont pas plongé Roland-Garros dans la médiocrité attendue, bien au contraire. La quinzaine parisienne est plus divertissante que jamais
Roland-Garros 2026 : l'hécatombe des favoris ouvre la porte à l'imprévu
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Cataclysmique sur le papier avec l’absence d’Alcaraz et l’élimination précoce de Sinner, le tournoi de Roland-Garros 2026 s’est transformé contre toute attente en tournoi d’une vie pour les joueurs et les suiveurs.
  • L’absence des deux épouvantails a permis l’émergence de nouveaux talents. Les jeuns intrépides Jakub Mensik, João Fonseca et Rafael Jodar ont ainsi atteint la deuxième semaine en faisant preuve d’une grande force mentale malgré leur jeune âge.
  • Depuis le début du tournoi, pas moins de 31 matchs en cinq sets ont été disputés, sans oublier les parcours dingues de deux qualifiés dans le tableau principal, Jesper De Jong et Maja Chwalinska.

De notre envoyé à Roland-Garros,

A la fin de ce Roland-Garros 2026, il faudra penser à remercier Carlos Alcaraz et Jannik Sinner comme chacun a su le faire après leur finale homérique l’année dernière. Cette fois-ci, il s’agira de rendre grâce à leurs malheurs respectifs - une blessure au poignet et un probable coup de chaud - quand bien même cela ferait de nous des êtres moralement discutables.

Quand les chats ne sont pas là, les souris dansent et au lieu de condamner le tournoi à l’ennui, leur absence a ouvert une faille spatiotemporelle de laquelle émanera un nouveau vainqueur de Grand Chelem - d’une nouvelle lauréate de RG dans le tableau féminin. La quinzaine n’est pas encore terminée qu’on peut déjà l’affirmer : on n’a souvenir d’avoir couvert plus beau Roland-Garros que celui-là. Pas convaincus ? On a deux, trois arguments à faire valoir.

Une pub géante pour les matchs en cinq sets

Où sont passés les réformistes à deux balles, les obsédés des temps d’attention des nouvelles générations incompatibles avec les marathons en cinq sets ? Certainement pas sur le Court Suzanne Lenglen dans la nuit de lundi à mardi pour voir Matteo Arnaldi renverser Frances Tiafoe en 5h26, et encore moins sur le court numéro 7, samedi dernier, pour regarder Martin Landaluce et Juan Manuel Cerundolo s’envoyer des briques pendant 5h58, signant au passage le match le plus long de l’histoire du tournoi depuis l’instauration du super tie-break. Au total, 31 matchs en cinq manches ont été joués depuis le premier dimanche. Ce Roland-Garros est sponsorisé par la sueur, les crampes et les larmes. Bref, une pub géante pour les cinq sets.

La décla de Justine Hénin, consultante pour France TV : « Il ne faut pas toucher ce format, parce qu’il est unique chez les hommes. Je sais que tout le monde ne voit pas ça d’un bon œil, mais moi je l’aime bien. Il y a cette idée qu’il faudrait, dans notre époque, avoir du spectacle en permanence pendant 5h30. L’année passée, Sinner et Alcaraz nous ont donné un grand spectacle pendant 5h29, mais aussi avec des creux, forcément, pas beaucoup, mais il y a des matchs, où c’est le cas. Le tennis est un sport de fou, ça bascule d’un côté à l’autre, mais est-ce que ce n’est pas ça qu’on aime dans ce sport ? De se dire que tout est un peu possible en permanence. Moi je l’aime pour ça. »

Des surprises à tous les étages

L’été s’est invité plus tôt que prévu à Paris et il a emporté Jannik Sinner en cours de route. La surprise parmi les surprises restera cette victoire invraisemblable de Juan Manuel Cerundolo au second tour, alors que le numéro 1 mondial n’était qu’à un jeu de plier l’affaire en trois manches dans des circonstances qui resteront floues. Pour le reste, on ne compte plus les parcours improbables depuis le début de la quinzaine. Ben Shelton sorti en trois manches par Raphaël Collignon, ça vous parle ?

On notera également la présence de deux qualifiés en deuxième semaine : le lucky loser Jesper De Jong, directeur des funérailles de Stan Wawrinka sur le Simonne-Mathieu et tombeur improbable de Karen Khachanov avant de rendre les armes contre le nouveau favori Alexander Zverev. Chez les dames, l’étonnante Maja Chwalinska écrase tout sur son passage à l’aube de sa troisième semaine à Paris. Pas de bol pour nous, sa dernière victime s’appelle Diane Parry.

La décla d’Amélie Mauresmo, directrice du tournoi : « C’est une édition surprenante, mais qui a de quoi ravir tout le monde. Je me réjouis vraiment de voir cette dernière semaine de tournoi, pour voir ce qu’il va se passer dans les deux tableaux principaux. »

Une génération de jeunes intrépides frappe à la porte

Jakub Mensik, João Fonseca et Rafael Jodar. S’il faut retenir une chose du tableau masculin, c’est que ces trois-là ont parfaitement su profiter du contexte pour se faire les dents en Grand Chelem. L’Espagnol et le Brésilien se sont ouvert les portes de la 2e semaine pour la première fois de leur jeune carrière, tandis que le Tchèque a amélioré sa meilleure performance dans un tournoi majeur (il avait déjà connu les 8es de finale à l’Open d’Australie).

Si Jodar a eu un tableau ouvert avant de se prendre le mur Zverev dans la tronche, Fonseca a dû se farcir l’idole Djokovic et le double-finaliste Casper Ruud, et Mensik écarter de son chemin Alex de Minaur et Andrey Rublev. Trois beaux joueurs pleins de culot dont on pourra se vanter d’avoir assisté à l’éclosion en direct.

Les déclas de…

Mats Vilander : « A 17, 18, 19 ans, tu joues sans peur, tu n’as pas de pression. Eux, ils n’ont pas de pression. »

Justine Hénin : « Ce qu’on voit avec cette jeune génération, c’est qu’ils vont chercher un premier quart de finale en Grand Chelem en ayant tous été sacrément bousculés, que ce soit Jodar, Mensik, Fonseca. Je trouve quand même qu’ils ont une force mentale assez exceptionnelle, en sachant que sur le plan physique ils ne sont pas encore finis, et qu’il y a encore beaucoup de choses à façonner. C’est prometteur. »

Moïse Kouame redonne de l’espoir à la France

Le meilleur pour la fin. Avec le forfait d’Arthur Fils, on s’imaginait pleurer les joueurs tricolores dès le 2e tour de Roland. Avec Moïse Kouame, on n’a vibré qu’un tour de plus, mais le Val d’Oisien a une bonne excuse : il vient d’avoir 17 ans. Et quel pied, quel vent de fraîcheur, d’audace et de bon augure. Pour sa première chez les grands, on l’a vu éteindre un vainqueur de Grand Chelem en trois sets, battre le 71e mondial au super tie-break en mettant le Lenglen dans sa poche avant de tomber avec les honneurs au tour suivant en faisant suer le 36e joueur mondial. On remet ça dès l’année prochaine ?

La décla d’Ivan Ljubicic, directeur du haut ‌niveau à la Fédération française de tennis (FFT) : « Moïse continue de montrer des signes très importants. Quand je dis ça, ce n’est pas que les résultats. Je parle de sa manière d’affronter les situations, de vivre les moments de manière plutôt intéressante. Il montre qu’il est prêt à faire des choses très importantes. Je connais très bien Moïse, mais il continue de me surprendre. Après son premier tour, il a parlé même de gagner le tournoi potentiellement. Ce sont des mots qui sont parfois, surtout ici, en France, vus comme quelque chose de trop, d’exagéré, mais pourquoi pas. Il faut accepter le challenge, il faut rêver. Tu ne sais jamais ce qui peut se passer. Lui ne se pose pas de limites. »

Auraient pu être cités : Le joli parcours de Diane Parry, La première semaine sans pluie, le vrai-faux drama Jodar avec les ramasseurs de balle, le quasi-vol de la raquette de Tiafoe, la bringue de Gaël Monfils, le retour des affiches féminines en night session…