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Roland-Garros 2025 : Et si Jannik Sinner était un robot ? Des ingénieurs étudient pour nous la machine italienne
Tennis•Finaliste de Roland-Garros ce dimanche face à Carlos Alcaraz, Jannik Sinner domine nettement la concurrenceAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Jannik Sinner domine le tournoi de Roland-Garros 2025 de manière impressionnante, atteignant la finale contre Carlos Alcaraz sans avoir perdu un seul set.
- Le jeu de l’Italien peut être comparé à celui d’un robot par des experts en robotique, notamment pour sa précision et son anticipation.
- Malgré ces comparaisons avec les machines, les chercheurs estiment qu’un être humain comme Sinner resterait supérieur à un robot dans un match de tennis.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Alexander Bublik est-il visionnaire ? En 2021, dans la chaleur du Masters 1000 de Miami, le Kazakh avait émis une hypothèse qui aujourd’hui ne fait presque plus de doutes. Liquidé en quarts de finale par Jannik Sinner, Bublik avait quitté le GrandStand Court en demandant à l’Italien : « Tu n’es pas humain, tu as 15 ans [19 en réalité] et tu joues comme ça. » Il ne s’est pas trompé. Et, quatre ans plus tard, il a eu affaire à la version 2.0 du robot.
Le natif de San Candido s’est pris un malin plaisir à détruire tous ses adversaires, Bublik et Djokovic compris, lors de cette édition 2025 de Roland-Garros, dont il disputera la finale ce dimanche face à Carlos Alcaraz. Une première pour lui, mais pas une surprise, tant Sinner domine le reste des hommes, même après trois mois de pause forcée due à sa suspension pour dopage. Pas assez pour gripper la machine. Au contraire, la mise à jour a provoqué d’innombrables améliorations.
« Le jeu de Sinner peut se rapprocher de la machine »
« Il y a une marge de manœuvre d’amélioration, avait expliqué le n°1 mondial avant le début de ces Internationaux de France. Forcément, un match en 5 sets, ce sera un bon test pour moi. On verra comment mon corps réagira, physiquement mais aussi d’un point de vue tennistique en comparant les effets, les lifts, la vitesse de déplacement sur le court, les appuis. » Et on a bien vu, enfin surtout ses adversaires, repartis à leurs chères études.
Les coups partent à une vitesse supersonique, les services sont parfaits (seulement deux doubles fautes sur tout le tournoi), le front reste épargné par les gouttes de sueur, le son ne sort pas de sa bouche, les émotions sont absentes, comme après cette victoire face au meilleur joueur de l’histoire du sport, où Sinner a esquissé un mini-sourire et furtivement levé les bras… Les joueurs ou les meilleurs entraîneurs ne sont donc plus assez compétents pour tenter d’analyser le jeu de ce surhomme, il fallait faire appel à des forces supérieures : des ingénieurs en robotique.
« Si on conçoit un robot pour faire du tennis et qu’on lui donne les règles du jeu, s’il est bien programmé, il va respecter ses règles, sur le service, il ne va faire absolument aucune erreur, nous explique Alex Caldas, enseignant chercheur en robotique à l’Esme à Paris. Là-dessus, potentiellement, le jeu de Sinner peut se rapprocher de la machine. »
Sinner face à un robot, qui gagne ?
Autre rapprochement entre l’Italien et les humanoïdes, la lecture de jeu : « Dans l’anticipation, le robot, s’il a des décisions à prendre, il va analyser pour savoir comment le corps est placé, et même avant le coup, il peut savoir où va se placer la balle, reprend Alex Caldas. Je l’ai observé et Sinner est un peu comme ça, avant que l’adversaire ne tape, il va peut-être avoir un petit mouvement qui va le mener vers la bonne direction. »
Le danger, maintenant, serait de programmer un robot avec toutes les caractéristiques de Jannik Sinner, et voir une armée de clones de l’Italien venir en 2100, quand les tournois du Grand Chelem ouvriront les tableaux aux robots (oui, vous verrez), terroriser le circuit.
« Il y a tout un pan de la recherche où on va chercher à mimer l'être humain et donc s'inspirer du vivant pour reproduire des fonctionnalités d'un point de vue plus robotique. Là, sur Sinner, on pourrait se dire que c'est le coup droit parfait. Après, en tant que chercheur, on aime bien que ça soit étayé par des données. On va faire appel à des biomécaniciens qui vont nous dire est-ce qu'il déploie le maximum de force, est-ce que, s'il le faisait différemment, ça ne serait pas aussi bon... »
L’humain plus fort que l’humanoïde
Alors, qui gagnerait dans un match où Jannik Sinner affronterait son double en acier et aluminium ? « Dans l’état où nous sommes aujourd’hui, l’être humain robot ne va pas gagner face à l’être humain », assure Henrique Fagundes Gasparoto, enseignant-chercheur en robotique et mécatronique à l’Isen à Brest. Car vous avez beau programmer votre machine avec les meilleurs skills, l’humain aura toujours un petit peu d’avance au niveau adaptabilité.
Toute l'actu de Roland-Garros« « Parfois, on est obligé de tester un robot dans plusieurs conditions pour s’assurer de cette répétabilité, reprend Henrique Fagundes Gasparoto. Si le robot marche aujourd’hui très bien en usine, c’est parce que l’environnement est quand même assez conservé. On peut équiper un robot avec des capteurs pour qu’il puisse s’adapter, mais je ne pense pas qu’on en soit encore là. » »
A Roland-Garros, le froid, la chaleur, l’humidité ou la nuit n’ont eu aucun effet sur le jeu de l’Italien, toujours prompt à balancer des ogives en coup droit du fond du court tout en n’ayant pratiquement jamais recours aux amorties pour faire un peu courir son adversaire. Les amorties, ça sera peut-être pour la prochaine mise à jour. En attendant, le système n’a connu aucun bug. Et ce n’est pas Alexander Bublik qui pourra dire le contraire.


















