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Loïs Boisson, l’exploit forgé dans un mental en acier trempé

Roland-Garros 2025 : Loïs Boisson, l’exploit forgé dans un mental en acier trempé

tennisLa jeune Française, qui a écarté Mirra Andreeva en quart de finale de Roland-Garros ce mercredi, se distingue par une gestion émotionnelle très mature alors qu’elle dispute son tout premier tournoi du Grand Chelem
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Loïs Boisson s’est qualifiée ce mercredi pour les demi-finales de Roland-Garros, grâce à sa victoire contre Mirra Andreeva (7-6, 6-3).
  • Le plus bluffant chez elle est sans doute la manière dont elle gère les moments clés des matchs, alors qu’elle dispute là son tout premier tournoi Grand Chelem, et seulement son deuxième sur le circuit WTA.
  • « A chaque fois qu’on a l’impression qu’elle a raté le coche et que c’est en train de basculer pour l’autre, elle arrive à en remettre plus et à reprendre le dessus, c’est remarquable », insiste par exemple l’ancien joueur Lucas Pouille.

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Il y a des signes, comme ça, qui doivent vous faire sentir invincible. S’échauffer le matin de son quart de finale avec Jannik Sinner, par exemple, alors que le numéro 1 mondial était comme tout le monde il y a encore dix jours : il n’avait absolument jamais entendu parler de vous. Mais Lois Boisson, 361e mondiale, est en train de faire une entrée fracassante au sein du gratin dans ce Roland-Garros. Vainqueure de Mirra Andreeva ce mercredi en quart de finale, la Française est devenue la première joueuse bénéficiant d’une wild card à s’inviter dans le dernier carré Porte d’Auteuil. Ebouriffant.

Une gestion émotionnelle sidérante

La Dijonaise de 22 ans semble être faite en acier trempé dans cette quinzaine. Au-delà de son niveau de jeu, de ses coups droits uniques sur le circuit féminin qui font tourner la balle plus vite que ceux de Novak Djokovic, c’est sa manière de résister aux tempêtes qui impressionne. Comme face à Jessica Pegula en 8e de finale, sa gestion émotionnelle des moments clés a été sidérante ce mercredi, digne d’une fille qui navigue dans le top 10 depuis des années. Comme si c’était la routine d’être là, alors qu’elle dispute non pas son premier Roland, mais le tout premier tournoi du Grand Chelem de sa carrière, et seulement son deuxième sur le circuit WTA. On peut le réécrire tant qu’on veut, on peine à y croire.

La première manche a été une démonstration de ce point de vue. La Française a d’abord sauvé des balles de double break à 3-1, avant de revenir à 3-3 dans un premier temps puis à 5-5 alors qu’elle avait encore perdu son service. A 6-5 pour elle, elle a laissé filer trois balles de set, avant de perdre l’avantage de son service dès l’entame du tie-break, de retourner la situation puis de sauver une balle de set contre elle, pour finalement conclure sur sa première opportunité. Malgré les trous d’air, les mauvais choix parfois, la supériorité générale de son adversaire dans ce premier acte, elle ne s’est jamais effondrée. Deux anciens croisés dans les allées sont sous le charme :

  • Lucas Pouille : « Depuis le début du tournoi elle est très forte sur ces moments importants. A chaque fois qu’on a l’impression qu’elle a raté le coche et que c’est en train de basculer pour l’autre, elle arrive à en remettre plus et à reprendre le dessus. Le premier set est très intense, elle a ses balles de set, elle ne les met pas, en les jouant pas très bien, mais elle le prend. En début du tie-break pareil on dirait que ça lui échappe et elle revient encore. Elle a été remarquable sur le plan mental. »
  • Tatie Golovin : « On parle beaucoup de son physique, mais c’est dans la tête où elle m’a impressionnée le plus. Arriver comme ça pour la première fois à Roland, pour la première fois sur le court Central, et jouer de la façon dont elle a joué, elle a été très courageuse. Elle n’a pas peur de finir les matchs, d’aller chercher des victoires. Elle n’est vraiment pas du tout impressionnée par quoi que ce soit, c’est génial. »

Le deuxième set a confirmé ce sens inné du combat. Rapidement menée 3-0 après une légère décompression, Loïs Boisson a rallumé le moteur d’un coup. La numéro 6 mondiale a vu le bolide revenir dans son rétro, puis s’échapper sans pouvoir suivre le rythme, dans une ambiance infernale sur le Chatrier. Mais comment fait-elle, dans LE tournoi où les Tricolores ont pour habitude de se liquéfier à la moindre contrariété ?

« Au final, que ce soit ici ou sur un plus petit tournoi, ça reste un match de tennis, j’essaie de gérer du mieux possible, répond-elle calmement. J’avais du mal à gérer les moments chauds depuis ma reprise [après sa grave blessure au genou il y a un an], parce que je manquais de rythme. Là ça avance, sur ce tournoi j’arrive à bien gérer. »

La balle de match, le seul moment où Loïs Boisson s'est autorisée à relâcher la pression.
La balle de match, le seul moment où Loïs Boisson s'est autorisée à relâcher la pression.  - Dimitar Dilkoff / AFP

On peut dire ça, oui. C’est d’autant plus remarquable que la Française était une grande colérique dans sa jeunesse. Patrick Larose, son premier coach à l’ASPTT Dijon entre ses 8 et 12 ans, expliquait dans la matinée sur France Bleu à quel point sa petite protégée piquait « des grosses crises de colère » et qu’il fallait « la mettre hors du court de temps en temps », tant elle se frustrait quand elle perdait.

Grosse ambiance dans son club de Nice

« C’est vrai, quand j’ai commencé, pendant pas mal d’années, j’étais nerveuse, très émotive. Beaucoup trop, en fait, et ça me desservait, reconnaît-elle aujourd’hui. J’ai compris à un moment que je n’irai pas très loin si je continuais comme ça. Et pendant ma blessure, j’ai eu le temps de beaucoup travaillé sur moi-même. » Des discussions avec une psychologue lui ont permis, comme elle le raconte, de « prendre conscience des choses et les mettre en place ».

Aujourd’hui, si elle a toujours des failles dans son jeu – en revers et à la volée, par exemple –, Loïs Boisson est en train de trouver sa place au sein du très haut niveau. Au TC Nice Giordan, où elle est désormais licenciée, son fan club ne perd pas une miette de son incroyable parcours. Ce mercredi, jour d’entraînement des jeunes, ils sont près d’une centaine à avoir vibré pendant les 2h08 de cette bataille en dents de scie. « Tout le monde était à fond ! Avec pas mal d’ascenseurs émotionnels en plus, du début à la fin. On n’avait jamais vécu un match avec tant d’émotions ici, nous raconte Julie Pecastaing, la capitaine de l’équipe. Elle marque l’histoire, c’est génial. »

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Pour la demi-finale jeudi, l’ambiance sera plus calme, jour d’école oblige. Mais s’il y a finale samedi, le boucan au siège du club risque de s’entendre à des kilomètres à la ronde. La responsable a sa petite idée sur ce qu’elle aimerait organiser, mais interdiction d’en parler pour l’instant. « On ne prévoit rien en avance pour ne pas lui porter la poisse », dit-elle en souriant. Pas d’inquiétude, Loïs Boisson a montré dans ce Roland qu’elle pouvait tout gérer.