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Toujours sanctionnés, les joueurs russes se sentent-ils encore stigmatisés ?

Roland-Garros 2025 : « Les gens ne font plus l’amalgame »… Les athlètes russes se sentent-ils encore stigmatisés ?

TennisPlus de trois ans après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et les sanctions contre les joueurs russes, la situation sur le circuit a-t-elle évolué ?
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Les athlètes ukrainiens continuent de refuser tout contact avec les Russes lors des compétitions, comme l’illustre le comportement d’Anastasiia Sobolieva face à Diana Shnaider à Roland-Garros.
  • La situation des joueurs russes sur le circuit semble s’être améliorée, comme l’explique Veronika Kudermetova : « J’ai l’impression que ça va vraiment mieux, ça s’améliore. La première année [après l’invasion russe] était très difficile. »
  • Pour les Ukrainiens, la situation reste difficile à vivre, comme en témoigne Elena Svitolina : « Pour beaucoup de gens, c’est secondaire mais, pour moi, c’est toujours la première chose que j’ai en tête lorsque je me réveille. »

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Il n’y a pas eu de surprise, lundi au premier tour de Roland-Garros. A la fin de son match face à la Russe Diana Shnaider, l’Ukrainienne Anastasiia Sobolieva est directement partie saluer l’arbitre avant de rejoindre sa chaise. Pas de bise ou de poignée de main avec son adversaire du jour. Comme depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par les troupes de Vladimir Poutine le 24 février 2022, les athlètes ukrainiens refusent de côtoyer leurs homologues russes ou biélorusses.

Depuis trois ans, ces derniers sont soumis au régime de stricte neutralité sur le circuit ATP et WTA, imposé par une déclaration commune des ministres des Sports de 36 pays. Pas de drapeau de leur pays, pas d’hymne, pas de référence et de publicité pour leur pays. Rien. Mais, pour le reste, la vie des joueuses et joueurs des deux pays sur le circuit ne semble pas être plus perturbée que ça. D’autant que la guerre en Ukraine est presque passée au second plan.

« Tous les jours des missiles tombent sur l’Ukraine »

« Pour beaucoup de gens, c’est secondaire mais, pour moi, c’est toujours la première chose que j’ai en tête lorsque je me réveille, regrette Elena Svitolina. Encore samedi, il y avait une attaque massive à Kiev. C’est une situation compliquée parce que tous les jours, il y a des missiles qui tombent sur l’Ukraine. Chaque fois que je parle à mes parents ou à ma grand-mère qui sont toujours en Ukraine, il y a des mauvaises nouvelles. C’est très compliqué pour tous les Ukrainiens d’être dans cette situation. »

En dehors des Ukrainiens, tout le monde semble être passé à autre chose sur le circuit tennis. Interrogée pour savoir si elle parlait de la situation en Ukraine avec des joueurs étrangers, la compagne de Gaël Monfils a assuré que ce n’était pas le cas. Les joueurs et joueuses russes ne sont donc plus forcément pointés du doigt comme a pu l’être Veronika Kudermetova, la 40e mondiale, critiquée pour ses liens avec la compagnie pétrolière et gazière russe Tatneft, dont l’ancienne filiale est soumise à des sanctions de l’Union Européenne, pour avoir fourni des pneus à l’armée russe.

« J’ai l’impression que ça va vraiment mieux, ça s’améliore, confie à 20 Minutes la joueuse russe, qualifiée pour le second tour de Roland-Garros. La première année [après l’invasion russe] était très difficile, on recevait beaucoup de pression de la part d’autres joueurs, de la part de certains staffs, mais maintenant tous les joueurs sont là pour jouer au tennis et ne sont plus là pour parler de politique. »

Relations toujours glaciales entre Ukrainiens et Russes

Interrogées pour savoir si la situation s’était améliorée pour elles sur le circuit, Kamilla Rakhimova et Anastasia Pavlyuchenkova, finaliste à Roland-Garros en 2021, beaucoup moins loquaces que leur compatriote et grimaçantes au moment d’évoquer le sujet, ont confirmé quand même que cela se passait mieux, même si leurs relations avec les Ukrainiens et Ukrainiennes restent toujours assez glaciales.

« Le problème c’est que si des joueurs russes vont dans le sens de l’Ukraine, ils risquent d’avoir de très très gros problèmes, explique un membre de la délégation russe présent porte d’Auteuil, qui préfère garder l’anonymat pour des raisons de sécurité. Je pense que les Russes se sentent bien sur le circuit, pas aussi bien qu’avant le début de la guerre, mais ça va mieux. »

Pour lui, le fait que les joueurs russes ne soient plus discriminés vient aussi du fait que certains d’entre eux vivent en Europe, comme Medvedev en France, Rublev en Espagne, Khachanov entre Dubaï et l’Espagne… Le grand public s’est aussi mis à ne plus stigmatiser les joueurs et joueuses russes. Veronika Kudermetova nous a ainsi expliqué qu’au Masters 1000 de Rome, des supporteurs français l’avaient soutenue tout en scandant son nom. Et sur les différents matchs des compatriotes de Vladimir Poutine à Roland-Garros, on n’a jamais senti une animosité particulière à leur égard.

« Le problème avec la Russie est politique »

« Je pense que les Russes ont maintenant des relations plutôt normales avec les organisateurs des tournois, reprend notre source. Le problème avec la Russie est politique, ce n’est pas lié au tennis, donc les gens ne font plus d’amalgame. » Il n’en demeure pas moins que, pour les Ukrainiens, continuer d’avoir des Russes dans les pattes reste très difficile à appréhender.

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« Je pense que c’est compliqué pour tous les Ukrainiens qui sont sur le circuit d’avoir à gérer cette situation, conclut Elena Svitolina. Personnellement, c’est très difficile pour moi. J’ai dû travailler beaucoup avec mon psychologue, avec les gens de mon équipe, pour trouver le moyen de se sentir "confortable" d’une certaine manière. » Elle le sera sans doute totalement quand cette guerre sera terminée, le plus vite possible