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Roland-Garros: A Roland, on n'a pas de toit, mais on a le meilleur son du monde
TENNIS•Du son des balles aux râles des joueurs en passant par les embrouilles avec les arbitres, le son de Roland-Garros tel que vous l’entendez à la télé est jalousé des Anglais…Annabelle Laurent
A Roland-Garros,
Il y a mieux qu’un revers à une main de Richard Gasquet. Le « plop », brut et puissant… d’un revers à une main de Richard Gasquet. Sans oublier le « plop » léger d’un lob, les rebonds de la balle avant le service, l’impact sec sur le tamis de la raquette de l’adversaire ou l’atterrissage dans le filet… Un match de tennis, ça s’écoute. C’est un concert, une symphonie, que dis-je, un opéra de Verdi en deux, trois ou cinq actes. Vous n’y avez jamais fait vraiment attention ? Bande d’ingrats… Il n’y a pourtant aucun match que vous entendrez aussi bien que ceux du court central de Roland-Garros.
Wimbledon est jaloux
« L’an dernier, le responsable de Wimbledon est venu nous dire qu’ils nous enviaient l’enregistrement si défini du son des balles, et nous féliciter. Ça fait plaisir, forcément. » Frank Mazelly est ingénieur du son pour France Télévisions. Nous le rencontrons dans l’un des quatre cars régie du groupe, garés dans l’ espace des télés, à l’arrière du court Philippe-Chatrier, entre les courts 5 et 6. C’est là que sont reçues, et mixées en direct, toutes les sources audio du Central. Direction le monde entier, puisque France Télévisions est sur ce court-là seul responsable du son international. A chaque pays d’« habiller » ensuite l’image et d’y ajouter les commentaires d’un Lionel Chamoulaud bulgare ou letton.
Comment rendre fidèlement le son des petites sphères jaunes au cœur de caoutchouc pour qu’elles vous émeuvent jusqu’au fond de votre canapé ? Attention, raisonnement fracassant : pour attraper la balle, il faut la suivre. Puisqu’on ne risque pas de se lancer dans des balles à micro intégré (sur les 60.000 balles que consomme le tournoi parisien, ça ferait cher la bille de feutre), tout repose depuis des années sur… deux paraboles. Jeu-concours, niveau facile : trouver l’une des deux ci-dessous.
Vous l’avez ? Positionnées au fond du court entre les juges de ligne, ces micros capables de capter des sons lointains sont actionnés par quatre opérateurs, mobilisés du premier service de la matinée à la dernière balle de match à la tombée de la nuit, depuis la fosse où sont aussi placés les photographes. « Ils ajustent en permanence leur direction en fonction du mouvement des balles. Pour bien obtenir l’impact, précis, défini. » Seul le Central en est équipé, et des quatre tournois du Grand Chelem, seul Roland-Garros se paie ce luxe. « On a la même discussion chaque année avec la production : est-ce nécessaire ? C’est un budget, c’est sûr, glisse Frank Mazelly. Mais c’est ce qui nous vaut les commentaires de ceux qui disent reconnaître notre son parmi tous les autres. »
Les mélomanes et esthètes du doux et poétique son des balles ne sont peut-être pas légion, on vous le concède, et le responsable de Wimbledon a sans doute l’oreille un peu plus fine sur le sujet. Mais ceux qui aiment entendre les cris et les marmonnements des joueurs, ou les embrouilles avec l’arbitre, sont sans doute un peu plus nombreux. Si on avait raté la longue complainte d’Alizé Cornet la drama queen au deuxième tour, on l’aurait regrettée, non ?
A l’affût des râleurs
Les paraboles peuvent servir à préciser ces sons-là, précieux pour la dramaturgie. « On va chercher les joueurs quand ils râlent. On est à l’affût, on essaie de comprendre ce qu’ils disent : si le téléspectateur voit un joueur marmonner et s’énerver sans pouvoir rien entendre, il va être frustré. »
Mais c’est en renfort. Car sur le terrain, il y a déjà… 14 micros fixes. Devant le mur d’écrans de la régie, l’ingénieure du son en charge du mixage doit les gérer en parallèle, en plus de ceux administrés par la FFT, comme celui de l’arbitre, et celui qui provient d’une grosse barre placée à mi-hauteur des tribunes, pour récupérer les clameurs, la ola, les «Popopopopopo… polololo… Olé » et les frissons du public.
Cling
Notre entrée dans le car régie coïncide justement avec le début d’un match. Et avec le moment du « toss », qui décide du premier serveur. L’arbitre lance la pièce, qui tombe sur la terre battue. Résonne le « cling ». « C’est pas grand-chose, mais il nous le faut, ce cling. Il y a un micro pour ça. Uniquement pour ça. On le place au pied de la chaise de l’arbitre. »
Autre son rituel, cette fois en sortie du match, le « couic-couic » du marqueur sur la glace de la signature du vainqueur, sur la caméra. « On l’a grâce à un micro placé à l’entrée des joueurs. »
Les micros de l’embrouille
Ajoutez à ça deux micros en fond de terrain, deux en face de l’arbitre pour préciser le jeu au filet, et deux à côté pour entendre les joueurs à la pause, et enfin deux sur la chaise arbitre, surnommés « les micros de contestation ». « Ceux-là, c’est quand les joueurs d’humeur gueularde viennent contester la discussion de l’arbitre. » Pour ne surtout pas rater les échanges d’amabilité entre un Nick Kyrgios et ses arbitres, par exemple. Vous voilà incollables sur la captation du son. On vous laisse recouvrir votre télé et suivre l’opéra sur court. La terre battue vous chuchotera peut-être le secret du revers de Richard.


















