VIDEO. Pierra Menta, saison sans UTMB… François D’Haene a envie de se «mettre en danger» en 2018
SKI ALPINISME•L’ultra-trailer du Beaujolais se confie à « 20 Minutes » avant le début de la Pierra Menta, ce mercredi à Arêches-Beaufort (Savoie)…Jérémy Laugier
L'essentiel
- Vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc le plus dur de l’Histoire et recordman du John Muir Trail en Californie, François D’Haene sort d’une saison 2017 assez exceptionnelle.
- L’ultra-trailer et viticulteur du Beaujolais (Rhône) entre en lice à partir de ce mercredi sur la Pierra Menta, l’épreuve reine du ski alpinisme en Savoie.
- François D’Haene se confie pour l’occasion à « 20 Minutes » au sujet de son attachement au ski de rando et de son choix de privilégier la Western States et la Diagonale des Fous à l’UTMB en 2018.
On a l’habitude de voir François D’Haene multiplier les exploits en ultra-trail, que ce soit sur l’UTMB, le GR20 ou le John Muir Trail. Mais chaque hiver depuis dix ans, le viticulteur rhodanien troque ses baskets contre des skis pour une place d’honneur sur la Pierra Menta (10.000 m de dénivelé positif en quatre jours), dont l'édition 2018 commence ce mercredi à Arêches-Beaufort (Savoie).
Pourquoi êtes-vous aussi fidèle à la Pierra Menta, l’épreuve reine du ski alpinisme en duo ?
J’aime bien passer le plus de temps possible à la montagne. L’hiver et la neige m’ont toujours plus incité à me tourner vers le ski que vers la course. Ça me permet d’être bien en mars, notamment au niveau respiratoire et haut du corps. Quand je suis en forme sur la Pierra Menta, ça signifie que j’ai passé un bon hiver sur le plan foncier.
Que représentent ces quatre jours intenses dans le Beaufortain pour vous ?
J’ai commencé le ski de randonnée il y a une quinzaine d’années et une participation à cette course mythique était alors un rêve. Là, ça va être ma 10e édition et ça me permet de vivre chaque année des moments forts avec mon beau-frère, Alexis Traub.
Votre programme hivernal est-il bien différent de ce qui se fait généralement dans le monde de l’ultra-trail ?
C’est sûr que certains essaient de fuir l’hiver. Mais pour moi, c’est contraignant de préparer des cross et de ne pas être en montagne à ce moment-là de l’année. J’écoute la nature. Et puis le ski de rando ne présente pas le même type d’effort. Un ultra, ça te démonte. Je pense que ça ne fait donc pas de mal à mon corps et à mes articulations de commencer ainsi la saison sur les skis.
Et la bascule sur votre saison de trail se passe toujours bien derrière ?
J’ai quand même beaucoup de retard quand je reprends en avril. J’ai même à chaque fois des courbatures dans les descentes (sourire). Mais je me sens frais, avec beaucoup d’envie de retrouver ce sport, contrairement à d’autres coureurs qui organisent leur saison différemment.
Vous allez être opposé sur la Pierra Menta à Kilian Jornet pour la première fois depuis septembre et votre fameuse victoire sur l’UTMB le plus relevé de l’histoire…
Nous n’avons pas le même niveau en ski de rando (sourire). Kilian (quadruple vainqueur sur la Pierra Menta) a toujours pris part aux deux saisons complètes. C’est compliqué pour moi d’en faire de même entre mes deux enfants et ma vie professionnelle (François est viticulteur dans le Beaujolais). Je ne suis pas né avec des skis et viser un Top 5 ici est très compliqué. En neuf ans, nous sommes tout de même passés avec Alexis de la 80e à la 11e place sur la Pierra Menta. On se donne à fond mais l’essentiel est de se régaler dans cette aventure.
Cette absence de pression du résultat doit également vous changer par rapport à une saison d’ultra-trail…
Disons que la place finale n’est vraiment pas ma priorité sur la Pierra Menta. Mais même en trail, finalement, il n’y a pas que la compétition et la course contre les autres dans mon esprit. C’est peut-être pour ça que ça marche pour moi. Je suis là pour les frissons que me procure une course, et c’est la raison pour laquelle j’aime changer de programme d’une saison sur l’autre.
Vous allez privilégier en 2018 la Western States (166 km) en juin aux Etats-Unis puis la Diagonale des Fous (165 km) en octobre à La Réunion…
Je suis moins familier avec la Western et j’ai envie de me mettre en danger sur cette course très rapide, qui se gagne en 5 heures de moins que l’UTMB et où les températures atteignent les 40 degrés. Je ne veux pas reproduire ma saison passée. J’ai besoin de challenge et d’aventure.
Cela a-t-il pu vous agacer de sentir que tout le monde voulait retrouver un plateau avec Jornet, Thévenard, Walmsley et vous sur l’UTMB-2018 ?
Oui, ça me chagrine presque un peu. Quand j’ai choisi de lâcher l’athlétisme pour me diriger vers l’ultra-trail, c’était pour m’éloigner de ce curseur placé sur la compétition. Je n’ai donc pas envie à tout prix de revoir ce match-là entre nous. Ce serait de plus, dommage que l’élite de l’ultra soit surtout présente à l’UTMB car ça nous réduirait à y participer chaque année. Plus qu’un beau plateau de coureurs, l’UTMB est pour moi un parcours magnifique et mythique.


















