Argentine – Nouvelle-Zélande : Le tirage au sort frustrant du Mondial refait surface après une demie très pauvre
RUGBY•La Nouvelle-Zélande a terrassé l’Argentine (44-6) et s’est qualifiée pour la finale de la Coupe du monde de rugby 2023 au terme d’un match quelconque qui ravive, une fois de plus, les frustrations liées au tirage au sort du MondialWilliam Pereira
L'essentiel
- La demi-finale entre l'Argentine et la Nouvelle-Zélande a manqué d'intérêt, laissant un goût d'ennui aux spectateurs.
- La présence des Pumas (comme celle de l'Angleterre) dans le dernier carré est plus due à un heureux concours de circonstances qu'à la vraie valeur de l'équipe
- Les choix de World Rugby, notamment en ce qui concerne le tirage au sort de la Coupe du monde, sont toujours vivement critiqués et nuisent à l'édition 2023 du tournoi.
Au Stade de France,
Comme si une Coupe du monde de rugby n’était pas déjà suffisamment longue en soi, il a fallu que celle-ci accouche en plus de demi-finales sans grand intérêt, énième pause dans une symphonie qui aura manqué de rythme. Son point d’orgue, aussi haut soit-il, ne fera pas oublier l’ennui de cet Argentine-Nouvelle-Zélande aux allures de tournée d’automne devant un public nombreux (plus de 77.000 spectateurs) mais apathique. Déprimant, au moins autant que la cascade d’en-avant argentins, tous plus ridicules les uns que les autres – les circonstances pluvieuses n’excusent pas tout – , symbole du fossé qui séparait les deux adversaires du soir. Une semaine après avoir maudit l’arbitrage de Ben O’Keeffe, voici donc l’heure de râler sur World Rugby. L’instance a, bien malgré elle, flingué l’édition 2023 de son produit le plus précieux.
Qui dans l’assemblée pour nier que la présence des Pumas dans le dernier carré est moins une affaire de talent que d’un heureux concours de circonstances dont n’ont pas pu bénéficier Français et Irlandais ? On parle bien évidemment du tirage au sort de ce Mondial français réalisé au paléolithique (en 2020) sur la base des résultats du Mondial 2019 : une époque où les Bleus sortaient déjà en quarts de finale, mais se prenaient en prime des torgnoles face à l’Irlande et l’Angleterre pendant le Tournoi des VI Nations.
World Rugby piégé par le Covid et un fonctionnement archaïque
Dans cette histoire, il faut aussi maudire le Covid. A cause de la pandémie, des équipes comme l’Afrique du Sud n’avaient pas pu disputer le moindre match en 2020, et c’est pour cette raison qu’au moment du tirage au sort – en décembre 2020 – il avait été décidé de prendre en compte le classement du 1er janvier de la même année. Question d’équité. En prenant pour référence le classement du jour du tirage de la Coupe du monde 2023, c’est-à-dire le 14 décembre 2020, les Springboks n’auraient pas bougé de leur première place mondiale, mais d’autres nations, comme le Japon ou le pays de Galles, auraient été lésées (les Gallois seraient passés du chapeau 1 au 3 !). Mettons que ce choix fût bon : pourquoi ne pas faire comme au foot et octroyer au pays hôte un statut de tête de série, comme au football ?
Vivement critiquée, l’instance a répondu par la voix de son président Bill Beaumont, qui promet d’ores et déjà de revoir un modèle trop précoce, longtemps justifié par des besoins logistiques et une marge temporelle réaliste pour écouler les billets mis en vente. Le postulat étant « on n’est pas aussi populaires que le foot, donc on ne peut pas se permettre de faire des tirages au sort six mois avant la compétition. »
« Ce que nous allons faire [pour la prochaine Coupe du monde], promettait Beaumont au micro The Breakdown cet été, c’est essayer d’avoir le tirage au sort de la phase de poule le plus tard possible afin qu’il y ait plus de cohérence autour de l’équilibre dans une poule. […] Cependant, il y aura toujours une poule plus difficile que les autres. […] Quand nous irons en Australie, nous verrons dans quel délai nous pouvons faire le tirage au sort de la poule. » Comme par magie, le tirage aura probablement lieu un an et demi, deux ans avant le Mondial, et on nous expliquera que les choses ont miraculeusement changé, qu’avant, ce n’était pas possible mais que maintenant, oui, blablabla. La grande histoire de la France prouve qu’on finit toujours par obtenir gain de cause à force de se plaindre.
Ian Foster, bien le seul à sortir le pop corn
Ah, oui, Argentine-Nouvelle-Zélande, revenons-y. Dix minutes sympathiques avec des Argentins entreprenants, téméraires dans les rucks et des All Blacks en mode diesel. Une ouverture du score de Boffelli sur pénalité, puis un déluge d’erreurs dont s’est délecté Will Jordan, auteur de trois essais, dont un dernier spectaculaire sur un amour de jeu au pied pour lui-même. Une défense en progression, aussi, même s’il est difficile de se jauger face à si peu d’adversité. Dans une optique de récupération active après la rude bataille irlandaise, qui était l’enjeu majeur de la semaine néo-zélandaise, c’était plutôt positif. Pour ce qui est de se mettre dans le rythme d’une finale de Coupe du monde, la semaine prochaine, moins. Et ce, même si le sélectionneur Ian Foster fait mine de ne pas comprendre en sortant sa plus belle flûte au moment d’évoquer le manque d’intensité proposé par son adversaire.
« C’est une demi-finale de Coupe du monde. On voulait la gagner, on l’a gagnée. C’est une bonne préparation pour la finale. » Mais Foster gardait sa meilleure blague pour la fin. « Angleterre – Afrique du Sud ? En finale, peu importe l’adversaire, il sera prêt. Je vais regarder la demi-finale, certainement avec du pop-corn. » Il ferait mieux d’opter pour l’oreiller, car il ne verra rien d’étonnant samedi soir. Les dés sont jetés, le 28 octobre, la finale opposera la Nouvelle-Zélande à l’Afrique du Sud. L’histoire retiendra que les demi-finales se sont jouées les 14 et 15 octobres, les quarts les 21 et 22 : les instances ont tout fait de travers, et ça se retrouve sur le terrain.


















