XV de France : Yoram Moefana, étoile filante de l’UBB, peut-il être la surprise de la liste de Galthié ?

RUGBY Le jeune trois-quart centre bordelais est dans le groupe de 31 joueurs retenus par Fabien Galthié pour affronter l’Italie. Sera-t-il retenu ce jeudi pour être dans les 23 pour le match ?

Clément Carpentier

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Yoram Moefana, le centre de l'UBB.
Yoram Moefana, le centre de l'UBB. — Daniel Vaquero/SIPA
  • Yoram Moefana, le centre de 20 ans de l’UBB, pourrait être retenu, ce jeudi, dans les 23 Bleus appelés à affronter l’Italie à l’occasion de l’Autumn Nations Cup, samedi.
  • Originaire de Wallis-et-Futuna, il a débarqué en métropole à l’âge de 13 ans dans les valises de son oncle, lui-même joueur professionnel à Agen en Top 14.
  • Décrit comme très discret dans la vie, Yoram Moefana est avant tout un gros bosseur et un puncheur, capable de faire jouer comme de marquer. Il en est déjà à quatre essais en six matchs de Top 14 cette saison.

Sa trajectoire est à l’image de ses prises d’intervalles sur un terrain. Telle une étoile filante, Yoram Moefana vient de passer en quelques mois des Espoirs de l’Union Bordeaux-Bègles au XV de France. Six matchs de Top 14, quatre essais et peut-être déjà une première sélection avec les Bleus face à l’Italie samedi (21h10) lors de l’Autumn Nations Cup. Tout va très vite. Trop vite diront certains. Mais le gamin de 20 ans est « très mature pour son âge en raison de tout ce qu’il a vécu », explique David Ortiz, l’un de ses anciens entraîneurs. Son histoire n’est en effet pas banale.

Originaire des îles de Wallis-et-Futuna – « il vient du petit village de Leava [320 habitants] sur l’île de Futuna » tient à préciser celui qui le connaît mieux que personne, son oncle Tapu Falatea –, Yoram Moefana découvre le rugby à 16.000 kilomètres de Marcoussis, le centre d’entraînement du XV de France. « C’est son papa qui nous a montré la voie. Au début des années 2000, il est venu en métropole pour jouer au rugby [Niort] malheureusement au moment de s’engager à Auch en Top 16, il s’est gravement blessé et a dû mettre un terme à sa carrière », explique le tonton, pilier aujourd’hui à Agen.

Une adolescence dans les valises de son oncle loin de chez lui

Une décennie plus tard, c’est au centre de l’UBB de faire le même voyage. Agé de 13 ans, le petit Yoram se glisse dans les valises de Tapu Falatea venu lui aussi tenter l’aventure du rugby professionnel du côté de Limoges. Ils s’installent à une vingtaine de kilomètres de la capitale de la porcelaine en janvier 2013 :

Cela a été très dur pour lui les premiers mois. J’avais 24-25 ans et je n’avais pas vraiment le temps de m’occuper de lui avec les entraînements et les matchs. Le matin, il partait avec moi, le midi je le récupérais et on filait très souvent manger au McDo car j’avais une carte de réductions donnée par le club et le soir il venait suivre l’entraînement et m’attendait jusqu’à la fin. »

Drôle de vie à l’autre bout du monde pour l’adolescent. Six mois plus tard, direction Colombiers où son oncle s’est engagé. Entre-temps, Yoram Moefana a vu sa grand-mère débarquer pour l’aider. Elève sérieux à l’école mais « influençable », dixit son oncle, il est accro au rugby. Tapu Falatea se souvient par exemple de la fois « où en punition après une bêtise, il l’avait interdit d’entraînement pendant une semaine, il pleurait tous les jours ! Une autre fois, je l’ai récupéré dans le même état après une journée de détection au pôle Espoirs de Toulouse où il trouvait qu’il n’avait pas été bon ». Le garçon est sensible mais vaillant. Il finira par intégrer le pôle tout en continuant sa progression au centre de formation de  l’US Colomiers.

Un puncheur passé par toutes les équipes de France de jeunes

En effet, très rapidement, ses performances ne passent pas inaperçus. Dès 2018, il fait ses débuts en ProD2 à 18 ans et intègre les équipes de jeunes de l’équipe de France. Si sa jeunesse fut mouvementée en dehors du terrain, sur le pré, Yoram Moefana a suivi « un cursus classique », rappelle David Ortiz. « On l’a découvert avec les sélections, il est très vite apparu dans les radars. Je ne sais pas si c’est un phénomène mais c’est un gamin bourré de talent. Il est puissant et en même temps très rapide et vif. Très fort dans le un contre un et capable de parfaitement lire le jeu. C’est un joueur complet », détaille celui qui l’a eu chez les Espoirs de l’UBB pendant seulement quelques mois l’année dernière.

Yoram Moefana est passé par toutes les équipes de jeunes de l'équipe de France.
Yoram Moefana est passé par toutes les équipes de jeunes de l'équipe de France. - Miguel MEDINA / AFP

Arrivé en Gironde en septembre 2019, le jeune trois-quart centre s’est tout de suite blessé au pied avant de revenir en grande forme. « Sa convalescence lui a permis de perdre du poids car il pouvait être un peu rondelet, dixit Ortiz, il s’est vite imposé et a confirmé lors du Tournoi des VI Nations des moins de 20 ans en février et depuis ça va très vite pour lui, c’est super ! » Décrit comme « timide et introverti » par ses coéquipiers, Yoram Moefana « ne parle pas sur le terrain », reconnaît le demi de mêlée Maxime Lucu mais « il bosse comme un fou et lève toujours la tête pour repartir au combat, c’est un vrai puncheur et un énorme potentiel pour le XV de France. »

« Capable de défier mais aussi d’éviter les gonzes »

Des qualités qui plaisent bien sûr beaucoup à son manager, Christophe Urios : « Il est très bon dans les petits espaces avec beaucoup d’appuis, capable de défier mais aussi d’éviter les gonzes, capable de jouer debout. Il est fort au plaquage, très tonique, explosif, fort en l’air. Il a vraiment beaucoup de qualités. En revanche, on ne le connaissait pas finisseur… Mais quand il y a une opportunité, il faut savoir la saisir ! » Et pour le coup, Yoram Moefana en rate rarement une que ce soit au centre ou à l’aile où il évolue aussi à l’UBB.

Il fait en tout cas aujourd’hui « la fierté de toute une famille », avoue Tapu Falatea. Un oncle qui veille toujours sur lui, même quand il y a quelques semaines il le retrouve en face de lui lors d’un Bordeaux-Agen au stade Chaban-Delmas. Un moment forcément très particulier pour les deux hommes après toutes ses années à bourlinguer ensemble dans l’Hexagone. Ce samedi, le pilier ne manquera pas de se dépêcher après le match du SUA à Toulouse pour être à l’heure si le « petit » est retenu pour affronter les Italiens.