Rugby: Dans l'antichambre du monde pro, le RC Strasbourg enregistre bientôt trois mois de retard de salaires

INFO «20 MINUTES» Malgré une belle fin de saison de l'ambitieuse formation de l'est du pays, plusieurs joueurs du RC Strasbourg n'ont pas été payés depuis mars, laissant certains craindre de plus amples problèmes...

Bruno Poussard
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Ici à gauche, en bleu, les Alsaciens ont découvert l'antichambre du rugby pro, dans le troisième échelon national, cette saison. Illustration
Ici à gauche, en bleu, les Alsaciens ont découvert l'antichambre du rugby pro, dans le troisième échelon national, cette saison. Illustration — B. Poussard / 20 Minutes.
  • A deux semaines de partir en vacances, plusieurs joueurs du Rugby club de Strasbourg attendent encore leurs salaires du mois de mars.
  • Entre de l’argent versé en retard par des sponsors ou un engagement revu à la baisse, la formation alsacienne connaît des difficultés financières.
  • En attendant de récolter la somme nécessaire pour boucler son bilan, le développement de l’ambitieux club de l’Est va-t-il marquer un coup d’arrêt ?

Les rugbymen strasbourgeois ont bouclé leur saison de Fédérale 1 Elite par une victoire contre Albi le 20 avril. Mais ils doivent encore attendre (et s’entraîner) jusqu’au 4 juin avant de partir en vacances. Pourtant, plusieurs joueurs de cette ambitieuse formation de l’est du pays n’ont pas été payés depuis mars, selon les témoignages recueillis par 20 Minutes.

Avec son projet de développement lancé en 2012, le RC Strasbourg s'approche saison après saison du monde pro. Désormais dans l’antichambre, il n’en oublie pas pour autant la formation, en bon fer de lance de l’ovalie en Alsace. Mais en 2018, le club a subi des cartouches, dont la menace d'une relégation financière (finalement annulée en appel) par la DNACG.

Recalé des play-offs, deux entraîneurs évincés, un président parti

Par ailleurs recalé administrativement des phases finales d’accession au Pro D2 dès janvier (même si ce n’était pas déjà un objectif), le club moteur de la discipline dans le Grand Est (aux 2,2 millions de budget) a connu l’éviction de deux de ses entraîneurs (qu’une indiscrétion mettait en contact avec le Stade Français). Avant la démission de son président Christian Loth, début mai.

Titulaires de divers contrats, les membres de l’effectif sont pour leur part affectés financièrement - même si certains sont toutefois pluriactifs. Plusieurs petits retards de salaires avaient déjà été subis plus tôt dans la saison. Mais depuis le versement de la paie de février en avril, l’attente n’en finit plus. Malgré une très belle fin de saison sur le terrain.

En interne, l’inquiétude grandit au fil des promesses

Au fil des semaines, l’inquiétude grandit, des acteurs s’estimant « menés en bateau » malgré des réunions tenues auprès du groupe, selon nos informations. Au cours de la deuxième semaine de mai, de nouvelles promesses auraient été formulées par les dirigeants en assemblée générale extraordinaire. Pour peu d’avancées deux semaines plus tard.

« Certains sont obligés de demander de l’argent à leur famille ou à leur copine, ça devient compliqué », raconte-t-on à 20 Minutes. Le loyer d’un joueur, financé par la formation, aurait également eu plusieurs mois de retard de paiement. En interne pourtant, le groupe n’a pas réagi de manière collective pour taper du poing sur la table.

« Tout le monde travaille dur, ça rentre »

Si l’ex-président n’a « aucun commentaire » à faire, le manager général Julien Chastanet accepte de répondre. « Il y a eu quelques difficultés après l’annonce de la DNACG, mais les problèmes se résolvent, l’équipe dirigeante fait en sorte que tout se passe bien pour la saison prochaine », concède-t-il, sans répondre toutefois directement à la question des salaires.

Selon lui, l’explication de ces difficultés serait notamment l’argent de certains sponsors encore attendu, ou l’engagement d’autres revu à la baisse - après l’annonce d’une possible rétrogradation par exemple. Craignant qu’un nouvel article « ne casse l’élan » du RC Strasbourg jusqu’ici en pleine croissance, Julien Chastanet veut enfin tenter de rassurer :

« Tout le monde met la main à la pâte et travaille dur, ça rentre. Si je m’inquiétais, je ne serais plus ici, où 80 % de l’effectif veut rester. Mais je sais la difficulté que c’est d’exister en terres rugbystiques. »

De nombreuses questions en suspens

Quel est précisément l’état des finances du RC Strasbourg ? Les sommes promises arriveront-elles à temps ? Le club bouclera-t-il son budget pour repartir comme prévu en Fédérale 1 la saison prochaine ? Un gros investisseur arrivera-t-il rapidement pour aider la formation ? Quand les salaires en retard seront-ils versés aux joueurs ?

Tandis que le litige avec ses deux anciens entraîneurs limogés promptement en milieu d’exercice risque, lui, de prendre la direction des prud’hommes, ces questions restent pour l’heure en suspens. Devant ces craintes formulées autour de l’avenir, le syndicat des joueurs de rugby professionnels Provale aurait en tout cas été contacté.