Roland-Garros: Passion, fin proche et Toni... Comment Nadal réussit à garder l'envie, victoire après victoire?

TENNIS Rafael Nadal a remporté son 12e Roland-Garros. Et il n'en a pas marre

William Pereira

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Et de douze.
Et de douze. — Susan Mullane-USA TODAY Sports/S/SIPA

« J’étais plus près de mon rêve, cette fois ». Effectivement, Dominic Thiem a pris un set à Rafael Nadal, dimanche sur le court Philippe-Chatrier, où le suspense n’aura duré que deux manches – la première pour l’Espagnol, l’autre pour l’Autrichien. La suite ? Un récital : deux fois 6-1 avec une séquence de 11 points consécutifs en début de troisième set. On aurait bien aimé que Rafa en claque douze de suite, pour le symbole. Douze, c’est aussi le nombre de Roland-Garros que compte le bonhomme dans une armoire à trophées qui compte désormais 18 titres du Grand Chelem. Enorme. Guy Forget en perd les mots. « Je suis comme vous, abasourdi, bouche bée devant cette performance en finale face à un très bon Dominic Thiem qui l’a poussé dans ses derniers retranchements. »

La recette du succès de Nadal, on la connaît. Travail, résilience, hargne. Mais après toutes ces années à taper dans la balle comme un déglingo à l’entraînement, à mettre des roues de vélo à la moitié de circuit sur ocre et à battre quiconque oserait le défier en finale sur le Central de Roland, la question n’est plus comment fait-il, mais pourquoi ? Pourquoi ne se lasse-t-il pas ? Forget : « Et encore ce qu’on voit à la télévision c’est la partie visible de l’iceberg. Tout ce qu’il fait à l’entraînement pendant des dizaines et des dizaines d’heures, c’est ça qui est incroyable. Pour avoir ce tel niveau d’efficacité, il faut travailler deux ou trois heures de plus [que les autres] et ce qui est incroyable, c’est qu’il les fait, ces heures de travail. Est-ce qu’un jour il va s’épuiser de ces doses de travail ? »

Nadal plus fort que la déprime et les blessures

A vrai dire, c’est arrivé très récemment. Sa blessure au genou à Indian Wells a perturbé son printemps et il est arrivé à Monte-Carlo quasiment hors de forme. « Il y a eu des moments difficiles cette année », dira son coach Carlos Moya après la « duodécima ». Comme à Barcelone, où Rafa n’avait pas trop le moral.

« Mon premier tour à Barcelone [victoire contre Mayer] a été un désastre. C’est sans doute le match que j’ai joué avec le moins d’énergie de toute ma carrière. Quand je suis rentré à l’hôtel ce jour-là, j’ai réfléchi à ce qui était en train de se passer et j’ai essayé de me ''soigner de l’intérieur''. Je me suis réveillé le lendemain avec une énergie différente. »

Et de renchérir, dimanche après sa victoire contre Thiem. « Pour moi c’était important d’avoir la famille, l’équipe tous ces gens autour de moi dans ces moments. » Dont son oncle Toni, jamais bien loin de son neveu bien pour prêcher la bonne parole. « Ce que je lui ai dit c’est ‘’tu n’as qu’à gagner à Rome et à Roland-Garros et tu pourras avoir un bon été’’. Pour moi, c’est très important qu’il réussisse à maintenir cette intensité. Il faisait ça quand il était jeune. Je me souviens quand je l’entraînais et qu’il était très jeune, pour moi chaque entraînement c’était comme une finale. Parce que je ne comprends pas la vie sans cet engagement dans l’entraînement. »

Les 20 titres de Roger ? Nadal s’en fout

Mais on ne suit pas religieusement les préceptes de son oncle à 33 ans sans que rien d’autre vous tienne debout. Il y a forcément autre chose derrière cet éternel recommencement. Une mystique qui va jusqu’à dépasser Toni. « Je ne sais pas [d’où lui vient cette volonté] (rires) Je pense que ça fait partie de sa nature. Après évidemment, la passion a une place importante. » Rafa confirme pour la passion, mais réfute jouer chaque point comme si c’était une balle de match. « Sinon j’en perdrais plus que j’en gagnerais », se marre-t-il. Et d’évoquer le temps qui passe. « Je joue toujours avec passion pour ce sport et pour la compétition parce que je sais que je ne serai pas là tout le temps. Mais le temps que je serai là, j’espère continuer à être comme ça. »

En revanche, « le sens de l’histoire », pour paraphraser Djokovic, ne l’intéresse pas. L’Ibère ne compte plus que deux titres majeurs de moins que Roger Federer et atteindre le cap 20 ne paraît pas inatteignable, voire carrément « possible », selon Guy Forget. Mais Rafa donne l’impression de s’en tamponner le coquillard. « Tu ne peux pas te plaindre parce que le voisin a une plus grande maison ou une plus grande télé que moi, c’est pas comme ça que je vois la vie », répond-il quand on lui parle de la vitrine de Rodgeur.

Il n’empêche qu’avoir une grosse télé semble intéresser son oncle. « J’ai dit à Rafa qu’il a la possibilité de gagner Wimbledon. L’année dernière ce n’était pas passé loin. Mais Federer il a deux titres en plus, il est encore loin. En plus maintenant le gazon arrive, Federer peut gagner. Maintenant il n’y en a que deux d’écart, mais il faut voir ce qu’il va se passer à Wimbledon et l’US Open. » Rafa, lui, se contentera de travailler.