Roland-Garros: Mais pourquoi les vieux ne veulent plus s'arrêter?

TENNIS De plus en plus de joueurs continuent leur carrière largement au-delà de 30-35 ans

Nicolas Camus

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Le sous titre du film étant "Il n'y a pas d'âge pour faire chier le monde".
Le sous titre du film étant "Il n'y a pas d'âge pour faire chier le monde". — DR
  • Mahut, Federer, Karlovic… Les « papis » sont en forme dans ce Roland-Garros.
  • Derrière eux, de plus en plus de joueurs étirent leur carrière largement après 30 ans.
  • La meilleure préparation physique est une explication, mais pas seulement.

 

A Roland-Garros,

Heureusement que ça n’a pas duré beaucoup plus longtemps, il aurait sûrement fallu les sortir en fauteuil. Mardi, après un peu plus de trois heures de jeu, Ivo Karlovic, 40 ans, est venu à bout de Feliciano Lopez, 37 ans, lors du match des joueurs les plus âgés de l’histoire de Roland-Garros. Le lendemain, c’était Nico Mahut, 37 piges, qui nous racontait son bonheur de vivre enfin un Grand Chelem parisien à émotions après sa victoire face à Philipp Kohlschreiber, qui va en avoir 36. Les « papis » sont en forme et, surtout, ils ne semblent pas près de lâcher la rampe.

C’est un fait, l’âge moyen des meilleurs joueurs du circuit masculin – Serena Williams est une exception chez les femmes – est en train d’augmenter. Il n’y a qu’à regarder le top 10. De 23-24 ans de moyenne dans les années 1980-1990, on est passé à près de 30 ans aujourd’hui. Le plus jeune vainqueur d’un tournoi majeur encore en activité est Marin Cilic, qui va avoir 31 ans bientôt (le Croate est plus jeune que Del Potro de cinq jours…). Sur les dix joueurs français dans le top 100, sept sont trentenaires.

 

 
Age moyen du top 10 mondial
Infogram

 

Alors certes, il y a une histoire de génération là-dedans. On n’aura pas tout le temps des joueurs comme Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic capables de broyer la concurrence jusqu’à un âge indécent. Mais pas que. Les joueurs de tennis sont devenus des PME médicales. « Depuis une vingtaine d’années, et avec une grosse accélération ces dix dernières années, les choses se sont énormément professionnalisées dans l’entourage des joueurs, explique Paul Quétin, coordinateur de la préparation physique à la FFT. Ils sont très encadrés. Autrefois, il y avait juste l’entraîneur. On a vu apparaître les kinés, puis les préparateurs. Il y a une vraie structure autour des joueurs, qui fait qu’ils arrivent à mieux préserver leur corps, malgré l’exigence extrême du tennis. » Où l’on joue quasiment 356 jours sur 365.

« Il y a une meilleure préparation et une meilleure hygiène de vie aussi »

« Il y a quinze ou vingt ans, les joueurs faisaient leur match, ils s’étiraient à peine et recommençaient le lendemain. Le corps s’usait plus vite, ajoute Nicolas Mahut. Il y a une meilleure préparation et une meilleure hygiène de vie aussi. » Comme dans tous les sports, le soin porté à l’alimentation prend désormais énormément de place. La récupération également. La cryothérapie, notamment, s’est beaucoup développée.

« La plus grande différence quand on vieillit est la récupération, racontait Roger Federer à la veille de commencer le tournoi. Quand on se blesse, cela prend plus longtemps. J’ai déjà eu le dos coincé adolescent, et je pouvais rejouer le lendemain. A mon âge, cela peut durer une semaine ou des semaines, ou des mois. » Alors, on fait gaffe. C’est évidemment plus facile de faire les choses bien quand on a le compte en banque du Suisse aux 20 titres du Grand Chelem que celui du 200e mondial, mais l’amélioration est globale.

Les joueurs actuellement sur le circuit sont la première génération à avoir toujours fonctionné de la sorte. « On a eu dans le passé des joueurs qui étaient très professionnels, comme Ivan Lendl par exemple. La différence, c’est qu’aujourd’hui c’est comme ça depuis tout jeune, note Paul Quétin. Quand je me rends aux compétitions internationales pour les moins de 14 ans, on est déjà dans des organisations très très structurées. Ils sont bien suivis sur le plan médical. »

Ils ont encore tellement envie…

Un autre élément entre en jeu. Il est très personnel, mais semble être partagé par beaucoup. Il s’agit de l’envie de jouer. Il n’y a qu’à voir Richard Gasquet répondre avec vigueur que « non non jamais » il n’a pensé à dire stop malgré ses six derniers mois de grosse galère, Ivo Karlovic raconter son « bonheur de gagner chaque match que ce soit contre un vieux ou un gamin en face » ou Nico Mahut répéter qu’il n’a « pas envie d’arrêter le simple » même si ce Roland pourrait être un magnifique dernier tour de piste pour s’en convaincre. On peut aussi se rappeler ce discours de Rodgeur après son titre en Australie en janvier dernier :

« De très belles choses sont encore devant moi. A moi de conserver cet appétit en ajustant comme il faut mon programme. En tout cas, l’âge n’est pas un problème, c’est juste un nombre. »

 

« Ce sont des sources d’inspiration, confie Corentin Moutet du haut de ses 20 ans. On ne peut que s’en servir comme exemple. Ils sont tous différents, mais tous inspirants. J’ai beaucoup de respect pour eux. » Attention à ne pas en avoir trop non plus. Parce qu’il faudra bien les mettre dehors un jour, tout de même.