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Gustavo Kuerten s'enflamme pour Marco Cecchinato, le nouveau Guga

«C’est fou ce qu'est en train de faire Marco Cecchinato», on a parlé de la révélation de Roland-Garros avec Gustavo Kuerten

INTERVIEWMarco Cecchinato est-il le nouveau Gustavo Kuerten?...
William Pereira

Propos recueillis par William Pereira

De notre envoyé à Roland-Garros,

Il avait beau crier « ouin, ouin » à chaque coup lâché sur l’ocre de Roland-Garros, Gustavo Kuerten « c’est un sourire » comme l’a si bien dit le président de la FFT Bernard Giudicelli au moment de nommer le Brésilien premier ambassadeur du tournoi, jeudi. Qui d’autre que lui pour occuper cette fonction ? Son premier sacre en 1997, celui d’un inconnu au rictus contagieux, symbolise l’amour de ce tournoi et son public pour les surprises et autres causes perdues.

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21 ans plus tard, un phénomène semblable émerge à son tour. Il vient de moins loin, est italien et s’appelle Marco Cecchinato (prononcez « Chequinaaato »). Est-il vraiment le nouveau Guga ? On n’y est pas encore. La surprise de la quinzaine doit encore éliminer Dominic Thiem et éventuellement battre le vainqueur du duel Nadal-Del Potro en finale. En tout cas, il plaît beaucoup à l’original, à qui on a réussi à poser quelques questions au sujet de Cecchinato.

Que penses-tu de la sensation de ce Roland-Garros, Marco Cecchinato ?

Il est enthousiasmant, il y a quelque chose de rafraîchissant chez lui. Quand tu joues et que tu n’as rien à perdre, c’est un avantage. Il joue très bien en coup-droit, en revers. Il joue le meilleur tennis de sa vie, il est très précis, il est consistant et il trouve ici à Roland-Garros quelque chose qu’il ne connaissait pas, la victoire, comme cela a été le cas avec moi en 1997. Il a encore beaucoup de chemin à parcourir et c’est vrai que bon, moi j’ai eu la chance de ne pas avoir eu Rafa sur mon chemin, un champion qui a gagné dix fois ici, bientôt peut-être onze. Il est toujours plus effrayant. Il a deux fois plus de titres ici que Kafelnikov [son premier grand bourreau en 1997] et moi réunis (il rit). Pour Marco, c’est une quinzaine qui change beaucoup de choses. Il doit maintenir les sensations telles qu’elles le sont actuellement sans s’occuper du résultat qui est quoi qu’il arrive historique pour lui.

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Qu’est-ce que tu préfères, chez lui ? Son revers, son coup-droit ?

L’harmonie de son jeu, le fait qu’il réussisse à l’exploiter au maximum. Il donne tout ce que son jeu peut lui offrir. L’équilibre, la tranquillité qu’il dégage même dans les moments compliqués. Il a gagné beaucoup de points très importants contre Novak Djokovic. Il a gagné deux sets, le deuxième et le quatrième, qui paraissaient perdus d’avance. Normalement c’est l’inverse. Ce sont les meilleurs joueurs qui réussissent à renverser la vapeur. Lui, ce qu’il est en train de faire, c’est fou. Même en affrontant des joueurs plus forts, il gagne. Il faut un niveau de confiance en soi élevé, je dirais même très au-dessus de la moyenne pour y parvenir. Il y a une consistance dans son jeu. Il est capable de jouer même en étant tendu et énervé. Maintenant il faut voir comment il réagira physiquement, mais il a eu deux jours de repos n’est-ce pas ?

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Oui, il a joué son quart mardi…

C’est encore un bon point pour lui. Comme je l’ai dit il est très complet, il a un revers très lourd même loin de sa ligne en fond de court. Mais bon, à chaque fois qu’il gagnera viendra une tâche encore plus difficile. S’il arrive à franchir toutes les étapes, bon, il partira avec le trophée. C’est enchanteur de le voir jouer avec cette passion qu’on voit dans les yeux. Je sais ce qu’il ressent et c’est vraiment la plus belle chose qui soit au tennis.

« « Il doit s’auto-persuader du fait qu’il est capable de faire tout ça au quotidien. Là c’est deux semaines, peut-être que dans un an il réussira à être bon deux mois, puis trois mois. » »

Après ce Roland-Garros, il se passera quoi pour lui ?

Après Roland il y a toujours un moment où on se retrouve face à soi et il faut aller de l’avant. Il faut continuer à s’entraîner, à prouver. Il a quel âge, 25 ans ?

Il en aura 26 en septembre.

Ah, il a beaucoup de temps encore, il peut s’améliorer encore plus. Celui qu’il est aujourd’hui ne sera peut-être pas celui qu’il sera dans les trois mois à venir. Il doit se découvrir, essayer d’autres options pour pouvoir jouer 80 % du temps à ce niveau. Et ça passe par un travail sur toutes ses capacités et à s’habituer à ce volume de matchs, à ce rythme de compétition. Il doit s’auto-persuader du fait qu’il est capable de faire tout ça au quotidien. Là c’est deux semaines, peut-être que dans un an il réussira à être bon deux mois, puis trois mois. C’est comme ça que les joueurs se construisent. Ici à Roland, ce n’est pas une expérience qui va déterminer s’il sera meilleur ou moins bon après ça. C’est dans six mois, un an que l’on verra si cette quinzaine lui aura été bénéfique.

« « Maintenant il va rentrer sur un tournoi il va vouloir gagner trois matchs là où avant il n’espérait n’en gagner qu’un. » »

Qu’est-ce que ça change en termes d’exposition de passer de l’ombre à demi-finaliste, finaliste ou vainqueur d’un tournoi du grand-chelem ?

Ça bouleverse ta routine. Alors tu dois protéger tes méthodes de travail, faire ce que tu as toujours fait avant. Ok, il n’avait jamais passé le moindre tour en grand chelem mais il sait jouer au tennis donc il y a forcément des choses très positives dans son entraînement qu’il doit le préserver. Et forcément il doit les adapter à sa nouvelle réalité (il sourit). D’un coup tu te retrouves à parler avec 100 personnes qui parlent diverses langues, il y a des attentes autour de toi. Même vis-à-vis de toi-même il y a plus d’attentes.

C’est-à-dire ?

Maintenant il va rentrer sur un tournoi il va vouloir gagner trois matchs là où avant il n’espérait n’en gagner qu’un. Tout ça, ce sont des changements auquel il sera confronté. Ils vont arriver. Beaucoup de choses vont lui traverser l’esprit. Il faudra revenir à ce qui est basique. Son but, ça sera d’être meilleur l’année suivante que cette année. Même s’il se fait sortir au premier tour, il doit avoir progressé. Moi en 1999, j’estime que j’étais beaucoup plus fort qu’en 1997 et pourtant j’ai perdu en quarts de finale ! Et c’est normal. Mais si tu apprends et tu comprends que c’est normal alors tu pourras aller de l’avant et ne pas être perturbé par les résultats. Il faut garder son calme, rester tranquille.

Comment ça a été dans ton cas après avoir gagné Roland-Garros ? Comment tu t’es adapté à tout ça ?

C’étaient des montagnes russes pratiquement (il se marre). Mieux, pire, mieux, pire. Psychologiquement… J’allais sur le court, il fallait oublier ce qui s’était passé auparavant. J’ai construit une routine très efficace. Il faut parler à la presse le matin ? Ok, j’y vais. Je dois m’entraîner le matin ? J’y vais. Le joueur a sa zone de confort et il faut la protéger.