Roland-Garros: Sur une échelle de 1 à 10, il s’annonce galère à quel point pour les Français ce tournoi?

TENNIS Les principales têtes d’affiche débarquent à Paris sans aucune certitude…

Julien Laloye
— 
Gaël Monfils arrive à Roland-Garros sans repères.
Gaël Monfils arrive à Roland-Garros sans repères. — Ella Ling/BPI/Shutterst/SIPA

De notre envoyé spécial,

Si vous ne l’avez pas encore remarqué, 20 Minutes l’a fait pour vous : cette année, et c’est une grande première de mémoire journalistique, on n’a pas lu UN SEUL ARTICLE sur les Internets titré « Quel Français pour enfin succéder à Yannick Noah » ? N’y voyez pas un quelconque oubli de la profession. C’est juste que personne n’y croit une seconde, malgré la victoire récente de Jo-Wilfried Tsonga au parc de la Tête d’Or. Pourquoi un tel désespoir unanimement partagé par les suiveurs du circuit ? Le manque de résultats pardi.


Quelques chiffres qui font flipper

La saison de terre battue des Français (sept tournois pris en compte depuis avril)

En 2016 >>> 38 victoires cumulées

En 2017 >>> 21 victoires cumulées

La saison de terre battue en Masters Séries (les tournois qui comptent vraiment)

En 2016 >>> 26 victoires cumulées

En 2017 >>> 14 victoires cumulées, dont la moitié à Monte-Carlo, historiquement favorable aux joueurs tricolores

Pire que les chiffres, l’impression de délitement général des meilleurs joueurs tricolores cette saison à l’exception de Tsonga (on en reparlera).

  • Monfils est le fantôme du 6e mondial qu’il était redevenu l’an passé
  • Gasquet est toujours plombé par une blessure quelconque (l’appendicite à 30 ans, sérieux…)
  • Simon navigue aux alentours de la 30e place mondiale, désormais son niveau moyen
  • Les seconds couteaux n’ont pas pris le relais (à part Benoit Paire qui se tape Nadal d’entrée)
  • Pouille a été freiné par ses pépins couillons (une angine) après sa demie à Monte-Carlo

On a profité d’avoir Boris Becker au téléphone pour le faire causer sur le sujet rapidement. Voilà ce qu’il en pense.

Le coup de moins bien des Mousquetaires, toujours placés, jamais gagnants

« Je pense qu’ils ont fait une carrière pas mauvaise du tout dans l’ensemble, et ils jouent encore. C’est juste qu’ils ne pouvaient pas prévoir qu’ils tomberaient sur l’une des périodes où la concurrence sur le circuit a été la plus relevée. Il y a une raison pour laquelle on appelle le big four, le big four. Gaël, Jo et Richard ont passé leur carrière entre la 5e et la 20e place, ce qui est un vrai succès. »

Leurs chances de gagner Roland

« Bien sûr, il existe un tournoi du Grand Chelem à domicile et les gens attendent une victoire d’un Français depuis l’époque de Yannick à Roland, mais il y a eu combien de vainqueurs de Grands Chelems dans l’histoire du tennis français depuis 30 ans ? Un seul, donc ce n’est pas à cette génération d’être considérée comme responsable. Il ne faut pas être trop dur avec eux. »

Lucas Pouille peut-il faire mieux qu’eux ?

« J’aime beaucoup Lucas, on a fait beaucoup de séances avec Novak et j’ai toujours trouvé qu’il avait un vrai potentiel. Mais j’ai l’impression qu’il réussit mieux sur les petits tournois que sur les Masters 1000 pour le moment, il faudrait que ça change pour qu’il arrive sur un Grand Chelem avec plus de certitudes. Il n’est plus si jeune, je pense que c’est le moment pour lui de franchir un palier supplémentaire parce qu’il a les qualités. »

Quel joueur français aimerait-il coacher pour l’aider à gagner le tournoi ?

« J’étais toujours attiré par Jo. J’aime sa personnalité, j’aime ses réactions et sa façon de combattre sur le court, son jeu… ça n’a jamais collé entre nous, soit parce que j’étais occupé, soit parce qu’il était occupé, mais je suis sûr que ça aurait pu fonctionner entre nous. »

Pour ce qu’on en pense nous, figurez-vous qu’on a plutôt de bonnes ondes bizarrement, même si elles demandent à être confirmées sur le terrain au-delà des premiers tours.

Le facteur « sublimé par Roland »

Autrement appelé le facteur Monfils, qui a bizarrement lâché le Guadeloupéen en 2016, quand il avait vraiment dû déclarer forfait après quatre premiers mois tonitruants. Cette année, tout est réuni pour un parcours héroïque : Gaël n’a pas gagné un seul match sur terre battue, il s’est préparé presque à huis clos chez lui en Suisse et le papa Rufin est venu en renfort sur le court pour refiler le fluide créole au fiston, celui qui lui permet de braver tous les pronostics et de claquer un quart de finale sorti de nulle part. Manque encore Fred Piquionne en tribunes, mais on a le temps de voir venir.


PS : Mention aussi à Richard Gasquet, qui, au sortir d’une préparation tout aussi immonde que cette année, avait réussi à étirer son tournoi jusqu’en quarts de finale l’an passé, en nous faisant même croire pendant deux heures qu’il allait sortir Murray mais en fait non.

Le facteur chance au tirage

Le contingent tricolore est évidemment le plus fourni du tableau masculin,et tout le monde ne pouvait pas jouer un qualifié, mais on risque de perdre des fantassins dès la première charge. Après un dimanche déjà sanguinolent (Robert et Mannarino laminés par Dimitrov et Zeballos), on risque de sérieuses fessées pour PHM face à Goffin ou Paire face à Nadal. Tout juste peut-on à la rigueur se réjouir de voir Gasquet et Monfils s’affronter au 3e tour s’ils arrivent jusque-là. Ça en fait toujours un de sûr en 8e de finale, où Lucas Pouille sera déjà bien content de se retrouver après avoir galéré dimanche contre Benneteau. Ramos au 3e tour, c’est la plaie assurée - 4h de jeu minimum, même en cas de victoire.

Le facteur Jo Wilfried Tsonga

On l’a un peu mis de côté ces dernières semaines en raison de sa longue absence pour profiter de sa nouvelle paternité, mais Tsonga est irréprochable depuis janvier. Trois titres à Marseille, à Rotterdam et à Lyon, c’est mieux que la plupart des cadors du circuit sur la même période. « Jo » a l’habitude d’aller loin Porte d’Auteuil (trois quarts de finale, deux demies) et s’il a jeté un coup d’œil à son tableau, il a le droit de se dire qu’il peut remettre ça : Kyrgios au 3 tour et Cilic dans la foulée, c’est dans ses cordes au vu de ce qu’il a montré à Lyon.

« C’était une belle semaine après une période un peu difficile en raison d’une blessure à l’épaule droite alors que j’étais en grande forme. J’ai joué mon meilleur tennis notamment en finale contre un très bon joueur. Cela m’amène beaucoup de confiance pour Roland-Garros et je me suis rassuré par rapport à cette blessure. »

Le facteur tennis féminin

Habituellement, on préfère cacher le tableau féminin d’un voile pudique en espérant que par miracle, une Française fraie son chemin jusqu’en deuxième semaine, ce qui a dû arriver trois fois depuis la retraite de Suzanne-Lenglen (humour). Mais ça, c’était avant que Mladenovic ne mette enfin son physique en adéquation avec un jeu atypique sur le circuit féminin (amorties, montées à contretemps, ce genre de gourmandises).

Septième à la Race, la Nordiste, qui ne souffre pas de problème de confiance en elle, devra déjà éviter de nous faire un craquage mental sous la pression avant d’envisagerun 8e de finale coton contre la tenante du titre, l’Espagnole Muguruza. « La seule chose qui change c’est que j’entends un peu partout sur les chaînes mondiales que les gens croient en moi. C’est un sacré privilège d’avoir ce genre de pression sur les épaules », tient-elle à nous rassurer. On ne demande qu’à la croire.