Federer forfait pour Roland-Garros: Un petit drame pour le tournoi... Mais un excellent choix sportif

TENNIS Roger Federer a sûrement fait le bon choix en ne venant pas à Roland...

William Pereira

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Federer à Roland... En 2015
Federer à Roland... En 2015 — Miguel MEDINA / AFP
  • Roger Federer a déclaré forfait pour Roland-Garros
  • C'est triste pour le tournoi, mais sportivement le choix est cohérent
  • Le risque que le Suisse ne revienne plus à Paris est réel

« Si j’étais à la place de Federer, je ne jouerais pas Roland-Garros. » Quand Henri Leconte nous a sorti cette phrase en plein buffet de présentation du dispositif de la chaîne Eurosport – pour qui il est journaliste et consultant - en vue de Roland-Garros, il ne se doutait pas que son message serait entendu par le Suisse.

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Le vainqueur de la première levée du Grand Chelem de l’année en Australie ne fera pas le doublé puisqu’il a donc déclaré forfait pour les Internationaux de France. Un mini-tremblement de terre pour nous, Français, qui perdons l’un des deux meilleurs joueurs de ce début de saison avant même le début du tournoi.

La terre-battue, surface trop exigeante pour un joueur de son âge ?

« C’est seulement une demi-surprise. C’est vrai que personnellement, j’espérais forcément le voir à Roland au regard de sa saison extraordinaire, mais la force des grands champions, c’est de se connaître parfaitement », nous explique par téléphone Arnaud Di Pasquale juste après avoir tapé quelques balles avec Paul-Henri Matthieu. Se connaître parfaitement, c’est savoir qu’on est battu d’avance par le poids des années et donc zapper toute la saison sur ocre pour préserver son organisme.

Même si on avait envie d’y croire et que Rodgeur avait laissé planer le doute autour d’une éventuelle participation, tirer un trait sur tous ces tournois était déjà synonyme de forfait pour Roland-Garros. « C’est la surface la plus exigeante, celle qui demande une plus grande préparation. J’en ai fait plein des Roland où j’étais limite… tu payes », ajoute Henri Leconte. Et Arnaud Di Pasquale d’ajouter :

« La dimension physique est tellement importante sur cette surface, tu ne peux pas jouer en un ou deux coups. C’est toujours des échanges de cinq, dix ou 15 coups. Nadal peut s’y adapter en quelques jours, mais Federer a sans doute besoin de plusieurs semaines. »

Du risque de ne plus voir Roger à Roland

Mais plus que la terre-battue en soi, c’est l’enchaînement Roland-Wimbledon qui pose ici problème. « C’est triste pour nous, mais si arbitrage il doit y avoir entre les deux tournois, ce sera toujours à notre détriment », se mouille l’ancien DTN. Difficile de lui donner tort. Seul un mois sépare les deuxième et troisième tournois du Grand Chelem, et le Suisse n’a aucun intérêt à griller ses jambes à Paris, où il n’aurait eu que peu de chances de l’emporter (surtout au vu de la forme de Nadal), et de se mettre bêtement en difficulté avant la saison sur son terrain de prédilection. On peut donc aisément parler de bon choix de la part de Federer.

« Dès le moment où il prend cette décision, c’est qu’il a raison. C’est un gars qui a une gestion millimétrée de sa carrière, il a dû consulter tous ses préparateurs, tous ses entraîneurs, ce n’est pas un choix qu’il a pris à la légère », appuie Fabrice Santoro, qui pourra lui commenter des matchs du Suisse à Wimbledon pour le compte d e beIN SPORTS. L’ancien tennisman français prévient en outre que le risque de ne plus voir Federer à la Porte d’Auteuil est réel.

« S’il le zappe en 2017, pourquoi pas en 2018 ? Ce n’est que mon avis, mais hors tournée d’adieux, logiquement c’est quelque chose qui se répétera. »

Le respect a disparu (ou pas)

Gestion sportive, soit. Mais le respect de l’institution Grand-Chelem, dans tout ça. Parce que, ok, on peut snober la Coupe Davis, mais priver le public de Roland-Garros de voir le meilleur joueur du début de saison, c’est un peu un manque de respect, non ? Que nenni pour Santoro : « Son discours, c’est "je vais sur un tournoi que si je sens que je peux le gagner", c’est aussi une forme de respect pour le tournoi et ses fans, qu’il ne veut pas décevoir », analyse-t-il.

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De fait, et même si c’est triste de devoir se passer du plus grand esthète du tennis masculin, ce Roland-Garros n’en restera pas moins beau, promet un Arnaud Di Pasquale très élogieux envers la jeunesse qui monte. « La nouvelle vague arrive, on l’a notamment vu avec Thiem qui est un futur vainqueur de Roland en puissance. Et n’oublions pas Rafael Nadal, qui rejoue son meilleur tennis et va sans doute faire la decima. C’est incroyable aussi ce qu’il réalise. » Ça serait bête d’oublier un tel « détail », oui.