Coupe Davis: Les top joueurs ne veulent plus venir, la compétition est-elle en train de mourir?

TENNIS C'est l'hécatombe chez toutes les nations dans cette édition 2017...

Nicolas Camus (avec William Pereira)

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Rafael Nadal au tournoi d'Indian Wells, le 29 mars 2017 (montage).

Rafael Nadal au tournoi d'Indian Wells, le 29 mars 2017 (montage). — JULIAN FINNEY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le constat n’est pas nouveau, mais cette fois, on y est. A force de dire que la Coupe Davis allait droit dans le mur ces dernières années, elle a fini par s’y heurter. L’édition 2017 bat tous les records de forfaits chez les gros bras du circuit. Si on résume le premier tour, ça a donné ça :

  • La Suisse, sans Federer ni Wawrinka, a pris 5-0 face aux Etats-Unis.
  • L’Espagne, sans Nadal, s’en est sortie à l’arrache contre la Croatie, qui ne pouvait pas compter sur Cilic.
  • Même chose pour la Grande-Bretagne, privée de Murray, face au Canada lâché par Raonic.
  • La France, sans Tsonga ni Monfils, a facilement dominé le Japon, privé de Nishikori.
  • On dit merci à Djokovic, seul membre du top 10 présent pour emmener la Serbie vers une victoire aisée contre la Russie.

Le numéro 2 mondial sera encore bien seul lors des quarts de finale, qui ont lieu de vendredi à dimanche. Car le choc entre la Serbie et l’Espagne n’en sera pas un sans Rafael Nadal, qui préfère se concentrer sur la préparation de sa saison sur terre battue. Et que dire du match qui nous intéresse en premier chef.

« En tant que spectateurs, on se dit que c’est un peu faussé »

France - Grande-Bretagne se jouera sans Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Richard Gasquet et Pierre-Hugues Herbert d’un côté, et sans Andy Murray de l’autre. On n’a rien contre Gilles Simon, Lucas Pouille, Kyle Edmund et Daniel Evans - pressentis pour jouer les simples -, mais une telle rencontre de Coupe Davis ne devrait pas ressembler à un tableau de l’ATP 250 Series de Montpellier.

« En tant que spectateurs, on se dit que c’est un peu faussé, c’est vrai, reconnaît Brigitte Valade, la présidente de l’Association de supporters des équipes de France. Nous, on sera toujours là, mais le grand public, lui, je ne suis pas sûr qu’il y trouve son compte. »

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En résumé, cette compétition, pourtant unique en son genre dans ce sport individuel et que tous les plus grands ont quoi qu’ils en disent rêvé de remporter un jour, est en grand danger. « En février, le Japon reçoit la France, c’est une opportunité en or pour la promotion du tennis dans le pays et Kei Nishikori déclare forfait avant d’aller jouer Rio et Acapulco… Je crois que le message est clair, estime Fabrice Santoro. Dire "oui mais untel est blessé, untel est malade, untel a ceci, cela", c’est se voiler la face. La réalité, c’est que c’est un problème de format, de calendrier, et un problème économique aussi. »

Le double vainqueur de l’épreuve (1991 et 2001), aujourd’hui consultant pour beIN Sports, touche là le cœur du problème. Bientôt, un top joueur qui vient disputer un match de Coupe Davis aura sa statue aux côtés des monuments érigés pour les héros de guerre. Pas de points ATP, pas d’argent… Les joueurs, responsables de tout un staff autour d’eux, ont souvent intérêt à jouer des tournois, pour leur classement et leur compte en banque. Il faut avoir le patriotisme chevillé au corps pour se dégager une semaine et venir rejoindre les copains parfois à l’autre bout du monde.

C'est quoi les solutions alors ?

Les meilleurs joueurs français, pour parler d’eux, n’ont jamais caché leur attachement à l’équipe nationale et semblent sincères lorsqu’ils disent qu’ils veulent plus que tout soulever le Saladier d’argent. Mais la répétition des échecs peut lasser, quand ce n’est pas leur corps - assez fragiles dans l’ensemble - qui lâche.

Que faire, alors ? La Fédération internationale, consciente du problème, y réfléchit. Plusieurs idées ont été évoquées, par exemple organiser la compétition en une seule fois, sur deux semaines et dans un même lieu (comme un Mondial de rugby ou un Euro de foot), ou ne la disputer que tous les deux ou trois ans. Finalement, la réforme qui devrait être adoptée en août prochain va simplement changer le format des rencontres : matchs en deux sets gagnants, sur deux jours.

Ce qui ne suffira pas à faire revenir les joueurs, si l’on en croit les propos tenus par Rafael Nadal en marge du tournoi de Miami, en mars : « Pour moi, la question n’est pas de savoir si les matchs doivent se jouer en trois ou cinq manches (…) Il y a quelque chose qui ne va pas. On ne peut pas avoir un vainqueur de la Coupe Davis tous les ans, ça dévalue l’épreuve. On pourrait imaginer par exemple programmer deux rencontres par an, cela serait plus raisonnable et les joueurs seraient très motivés ».

Les supporters sont dans le même état d’esprit concernant la réforme. La Coupe Davis qu’on aime, c’est d’abord les victoires en cinq sets sur le dernier simple tard le dimanche soir. « C’est très dommage au niveau de l’émotion, juge Brigitte Valade. Les rencontres vont perdre en intérêt. Les cinq sets, c’est ce qui fait les matchs de légende. Si on se souvient de Malmö [la fameuse victoire de Boetsch sur Kulti en 1996], c’est pour ça. » Mais pas question pour autant d’une compétition en un lieu unique, « qui serait sûrement le Qatar ou Singapour, sans personne dans les tribunes ».

Il y a trois semaines, Marc Rosset écrivait une tribune pour le journal Le Temps. Dans cette déclaration d’amour à la Coupe Davis, l’ancien joueur suisse y louait sa saveur unique pour les fans de tennis. Extrait :

« A Liège, en 2015, pour un match sans Federer ni Wawrinka, j’ai croisé des supporters suisses qui descendaient du car et mangeaient la fondue sur le parking. C’était leur sortie annuelle, ils étaient heureux d’être là, peu importe le résultat du match. En tennis, seule la Coupe Davis crée cela. C’est LA compétition qui amène au tennis des gens qui ne s’y intéressent pas le reste de l’année. Sans la Coupe Davis, quelle était la probabilité que la population de Novi Sad puisse un jour voir jouer Roger Federer ? Ou que Diego Maradona débarque à Zagreb pour un match de tennis ? C’est magique et il faut absolument le préserver ».

La question, qui met les anciens en ébullition, est toujours en quête d’une solution miracle. En attendant, la France, si ses leaders se remettent en marche (sauf Tsonga, qui a annoncé à Noah que ce serait sans lui en 2017), pourrait peut-être en profiter pour aller au bout cette année. Même si on pourra toujours discuter sur le prestige réel de cet éventuel trophée.