OL-PSG : Neymar ou Mbappé, quelle absence est la plus préjudiciable pour Paris ?

FOOTBALL La malédiction du PSG avant les grands rendez-vous continue

William Pereira

— 

Mbappé dans les bras de Neymar
Mbappé dans les bras de Neymar — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Le PSG devra faire sans Kylian Mbappé en finale de Coupe de la Ligue contre Lyon.
  • Paris a joué moins de la moitié de ses matchs avec la paire Ney-Mbappé en 2019-20.

Quand c’est pas l’un, c’est l’autre. On ne dit pas que Neymar et Kylian Mbappé sont la même personne, mais quelqu’un les a déjà vus ensemble sur la même pelouse ? La sortie sur blessure du Français en finale de Coupe de France contre l’AS Saint-Etienne a redonné vie à la légendaire poisse parisienne à l’approche des échéances internationales et mis en exergue, à quelques heures de la finale de Coupe de la Ligue, tout le mal que le PSG a à aligner ses deux meilleurs joueurs cette saison.

Sur 45 matchs possibles, Neymar et Mbappé en ont 21 en commun en 2020-21, toutes compétitions confondues. C’est moins d’un sur deux. Celui contre l’OL, vendredi au Stade de France, viendra ternir un peu plus une stat entretenue par les nombreuses blessures du Ney et les plus rares de Kyky, mais aussi par des choix tactico-politiques comme la mise sous cloche du Brésilien avant les huitièmes de finale de C1, début 2020.

On vous épargne les jugements sur le train de vie du premier ou l’exigence physique du style de jeu du second et on leur préférera deux questions : comment l’absence de Neymar ou Mbappé se répercute sur le PSG et laquelle des deux est la plus préjudiciable pour Thomas Tuchel ?

Paris marque plus avec Mbappé seul

Mauvaise nouvelle pour les fans absolus de data football et statistiques en tous genres, les chiffres ne sont pas vraiment en mesure de nous éclairer des masses. A une variable près. En prenant pour laboratoire la Ligue 1 2019-20* – 27 rencontres pour le PSG – on constate que Paris marque plus quand Mbappé est là, mais pas quand c’est Neymar qui est présent. Le nombre de victoires, le taux de possession, le nombre d’occasions et les buts encaissés restent en revanche sensiblement similaires.

  • Sans Mbappé : 5 matchs – 4v et 1d – 8 bp (1.6/match) et 2 bc**
  • Sans Neymar : 9 matchs – 7v et 2d – 27 bp (3/match) et 6bc **

Pas illogique en soi, étant donné que Mbappé est le meilleur buteur parisien (18 pions en L1). Mais l’explication n’est pas que statistique. Pour l’ancien de la maison, Pierre Ducrocq, c’est aussi une question de profil.

« L’absence de Mbappé est plus préjudiciable parce que le profil de Neymar peut être comblé dans l’entrejeu, pas en termes de talent évidemment, parce qu’il est à part. Mais avec un Sarabia et un Di Maria, ponctuellement, sur deux, trois matchs, tu peux atténuer son absence et faire en sorte qu’elle se ressente moins. Un Mbappé c’est beaucoup plus compliqué, parce que tu n’as pas son profil en double, même avec beaucoup moins de talent. Mbappé dans la verticalité et la profondeur, il est incroyable, mais c’est le seul dans ce registre. Tu ne vas pas demander à Choupo-Moting de faire du Mbappé… »

C’est d’autant plus vrai maintenant que Cavani n’est plus là. En l’absence du Français, Tuchel est dans l’obligation de composer avec un milieu offensif ou deux ailiers aux côtés d’Icardi en fonction de la tactique choisie (4-4-2 ou 4-3-3). Vendredi soir et selon les compos probables avancées par L’Equipe, l’Argentin sera au choix accompagné de près par Pablo Sarabia ou épaulé en attaque par le duo d’électrons libres Ney-Di Maria. Autrement dit, d’excellents manieurs de ballon capables de faire la différence balle au pied et collectivement mais beaucoup moins dans la profondeur.

Paris perd donc une option de jeu dans le camp adverse. Sans oublier que Mbappé est une véritable machine à essorer les défenseurs. Alain Roche, consultant pour Canal + : « Quand j’étais défenseur je redoutais les joueurs qui allaient vite. Mbappé, ça doit être l’enfer. S’il part dans la profondeur, tu ne le revois pas, il n’y a rien à faire. Et s’il déborde, même avec une prise à deux, il te pousse le ballon à 10 mètres et tu es fichu. Neymar je sais que si je reste au contact je peux l’avoir à l’impact ou en faisant une petite faute. Par contre, avec le ballon dans les pieds j’ai du souci à me faire. »

Di Maria prend le relais

Que les Neymaristes se rassurent, ça ne veut pas dire que KM9 est intrinsèquement ni nécessairement meilleur. Juste que, dans la configuration tactique actuelle, Thomas Tuchel a trouvé certaines réponses à l’absence de Neymar qu’il n’a pas trouvées quand Mbappé manque à l’appel. Après tout, l’équipe n’a-t-elle pas eu plus souvent l’occasion de bosser sans le Brésilien ?

Petite stat encore. En 2017-18, Neymar a joué 20 matchs de Ligue 1. Il n’a jamais fait mieux. 20, c’est aussi le nombre de journées où on a vu Mbappé sur un pré en 2019-20, qui rappelons-le a été amputée par le Covid-19. Autrement, il n’a jamais fait moins que 27 matchs sur 38 en L1. Ça fait réfléchir.

Enfin, pour en revenir à la théorie des profils de Ducrocq, si Mbappé est unique, Paris a dans son équipe un joueur qui n’est jamais aussi bon que quand la grande star est aux abris : Angel Di Maria, 11 buts et 21 passes dé depuis le début de la saison toutes compétitions confondues. Un monstre. « Quand Neymar n’était pas là, c’est lui qui a pris le relais. C’était vraiment l’année de Di Maria avant l’interruption de la saison. Il a même été presque supérieur aux deux autres. » Pas étonnant que Kyky, nourri à l’exter' pied gauche pur jus de Rosario, n’ait pas toujours la saudade du Ney.

A Neymar les blocs bas et l’expérience des grandes échéances

Un dernier détail quand même : la Ligue 1, qui nous sert de mètre étalon, est un terrain d’expression idéal pour le champion du monde. Mais il existe évidemment des circonstances où, quitte à choisir, il vaut mieux avoir un Neymar sur soi. « Là, ça tombe vraiment mal parce que l’Atalanta convenait plus à Mbappé, se marre Ducrocq. Mais typiquement, si ça se passe bien en quarts et que le PSG tombe sur l’Atletico en demie, c’est le genre d’équipe plus difficile à manier pour Mbappé et où Neymar peut faire la différence de par sa capacité à jouer dans les petits périmètres. »

Par ailleurs, on ne peut pas avoir pleuré l’absence du prince de Santos à chaque fois que Paris s’est vautré en huitièmes de C1 et ne pas admettre aujourd’hui qu’il est souvent le meilleur quand la route s’élève vraiment. La reconquête de Dortmund porte son sceau. « Il se gargarise de ce genre de rencontres », dira Roche. Et il a plus d’expérience. « Il a 28 ans, il joue dans la sélection où il y a le plus de pression au monde depuis 10 ans, il a connu le Barça, la Liga. Je sais que Mbappé n’aime pas qu’on parle d’expérience, mais ça compte. » Encore plus en cet été où, dixit le Brésilien, « le PSG a quatre finales à jouer. »

*En Ligue des champions, les deux hommes n’ont loupé qu’un match, contre le Real Madrid. Il n’était donc pas pertinent d’inclure cette compétition dans le calcul

**Les matchs où Neymar ET Mbappé sont absents (Brest-PSG et Amiens-PSG) ne sont pas pris en compte.