Ligue des champions: Sinon, il sert à quoi Patrick Kluivert au PSG?

FOOTBALL Le rôle du « directeur du football », qui a débarqué dans le club parisien l’été dernier, reste remarquablement flou...

Julien Laloye
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Patrick Kluivert et Patrick Bruel, le 21 octobre 2015 au Parc des Princes.
Patrick Kluivert et Patrick Bruel, le 21 octobre 2015 au Parc des Princes. — JEFFROY GUY/SIPA

« Chez les Kluivert, la meilleure recrue, c’est le fils. » La blague est encore confidentielle chez les salariés du PSG, mais elle ne demande qu’à rencontrer son public. Shane, fils de Patrick Kluivert, a déjà montré son habileté balle au pied chez les jeunes du club, et même avec Lucas, dans une vidéo qui a eu son petit succès sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Pour ce qui est du papa, c’est un peu plus compliqué que prévu. Le « directeur du football » du PSG, comme le stipule son titre, n’a visiblement pas pris toute la mesure de son nouveau rôle : celui de bras droit de Nasser Al-Khelaïfi, qui avait ardemment désiré sa venue, déclenchant certaines incompréhensions en interne.

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« Kluivert ? Même si je voulais, je n’aurais rien à vous dire sur lui. Je ne l’ai jamais vu directement, explique l’agent d’un joueur parisien. Je ne sais même pas quel est son poste ? Directeur du football, ça veut dire quoi ? » Embauché pour faire du Leonardo, le Néerlandais, recruté il est vrai alors que l’été était déjà bien engagé, n’a pas franchement pesé dans le mercato parisien. Ou alors pas vraiment dans le sens espéré. C’est lui qui a refusé à Emery l’achat d’une doublure à Cavani en attaque, et il a ouvert la porte à David Luiz dans les dernières heures du mercato à la grande surprise de l’entraîneur parisien, sans lui proposer de solution de rechange. Une photo de Kluivert en train de manger en famille sur une terrasse d’une brasserie parisienne le 31 août en fin de journée avait d’ailleurs beaucoup fait parler les supporters parisiens à l’époque.

Patrick a le sens des priorités.
Patrick a le sens des priorités. - Twitter/@RaphaelLevy10

« Directeur du football, ça veut dire quoi ? »

Ses relations avec Emery en ont pâti, évidemment, alors même que les deux hommes, qui parlent espagnol ensemble, avaient montré une certaine complicité les premières semaines. « L’important avec Patrick, c’est avoir beaucoup de communication, rétorque l’ex-entraîneur de Séville. La communication avec Patrick, mais aussi avec le président, avec Olivier [Létang], avec tous les travailleurs dans le club. Patrick est venu parce qu’il est un ancien joueur avec de l’expérience et qu’il connaît beaucoup le foot. Je trouve important le travail qu’il fait avec moi, avec le président, avec les joueurs, avec tout le club. » Après les matchs, l’ancien attaquant de l’Ajax et du Barça, qui s’exprime dans un bon français, ne manque jamais de venir partager ses impressions avec les médias. Il peut se montrer étonnamment cassant, comme après la défaite à Toulouse où la petite victoire à Nancy.

Des prises de paroles régulières qui contrastent avec son implication en interne. Patrick Kluivert, qui avait fait l’effort de présenter sa femme et son fils à tous les salariés lors de son arrivée, « ne s’est pas singularisé par une activité débordante » depuis son arrivée, euphémisait joliment L’Equipe il y a quelque temps. Certains dossiers de prolongation, directement de son ressort, traînent un peu trop en longueur, selon les joueurs concernés et leur entourage. « Kluivert, on l’a vu une fois pour nous dire qu’il était content de la manière dont ça se passait pour mon joueur, glisse un agent. Et puis plus rien. Il est censé revenir vers nous, mais ça ne doit pas faire partie des priorités. Quand il est arrivé, on en a plaisanté avec Olivier Létang : “Paris c’est comme les Galeries Lafayette, il y a un truc nouveau tout le temps, et on ne sait d’où ça sort.” Voilà, c’est comme ça. »

Débauché par le PSG en 2013, Létang, n° 2 de fait depuis le départ de Leonardo, avec qui la collaboration s’était très bien passée, n’avait pas très bien pris l’arrivée de Kluivert à la fin juillet.Une nomination dont il aurait été averti comme tout le monde, en lisant la presse. Sa promotion récente en tant que directeur sportif a surpris, mais elle semble bien sanctionner les difficultés de l’ancien international oranje pour trouver sa place exacte au PSG.

Impliqué chez les jeunes et chez les filles

S’il s’était étonné qu’aucun espace dans la corbeille présidentielle du Parc des Princes ne soit réservé aux anciens joueurs les soirs de match, Kluivert ne s’est pas montré directement à l’initiative, par exemple, de l’invitation faite à l’ancien défenseur du club Jean-Marc Pilorget de venir assister au match de Ligue des champions à Sofia, en hommage au premier match européen du PSG disputé en Bulgarie.

« Il avait quand même été briefé sur mon parcours, éclaire Pilorget. On avait voyagé ensemble dans l’avion, on avait parlé du PSG d’aujourd’hui et de celui d’avant, rien d’exceptionnel. Je ne sais pas si ça vient de lui, mais j’ai l’impression plus globale que le club commence à se réintéresser à son passé, celui d’avant le Qatar. » Il semble pourtant un peu tôt pour limiter Kluivert à l’animation du club des légendes parisiennes, à moins de vouloir gentiment le pousser vers la sortie, comme un certain Bernard Lacombe à Lyon.

L’ancien adjoint de Van Gaal à la tête de la sélection néerlandaise prend le temps de s’intéresser à toutes les sections du club. Souvent présent lors des rencontres de Youth League ou de la CFA, il a personnellement participé au recrutement de certains entraîneurs dans les catégories inférieures. Kluivert est également allé soutenir les filles dans leur opération remontada à Charléty, assurant le service après-vente au micro de beIn sport, chaîne dont il était consultant avant son arrivée au PSG. Un exercice qu’il maîtrise parfaitement, celui-là.