Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Quarterback en NFL est-il le poste le plus intelligent du sport ?

Super Bowl 2026 : « Pas besoin d’être un génie, mais… » Quarterback est-il le poste le plus intelligent du sport ?

touchdown intellectuelLes quarterbacks doivent gérer un flot immense d’informations, que ça soit en dirigeant le jeu de leur équipe, mais aussi analyser les défenses adverses. Le tout en apprenant des centaines de combinaisons
ICE out : aux Grammy Awards, les artistes prennent position
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Le Super Bowl, qui se dispute dans la nuit de ce dimanche à lundi à Santa Clara, oppose Les New England Patriots et les Seattle Seahawks. L’affrontement entre les deux quarterbacks Drake Maye et Sam Darnold sera intéressant à suivre.
  • Le poste de quarterback est considéré comme l’un des plus exigeants mentalement tous sports confondus, nécessitant notamment l’apprentissage par cœur d’un playbook de plus de 500 pages.
  • Les quarterbacks utilisent diverses techniques d’entraînement mental pour optimiser leurs performances, notamment la réalité virtuelle, le neurofeedback et des méthodes personnelles d’apprentissage. Les franchises NFL font même passer des tests cognitifs comme le S2 Cognition aux joueurs pour évaluer leurs capacités mentales.

A première vue, et le profane ne fera qu’acquiescer, le footballeur américain est plutôt à classer dans la catégorie brute épaisse : une musculature à faire pâlir de jalousie Tibo InShape, des épaulières dignes des plus belles protections des CRS, des placages qui font passer Sébastien Chabal pour un mignon petit poussin… Et on n’attend pas des Seattle Seahawks et des New England Patriots, qui se disputent le trophée Vince-Lombardi au Super Bowl dans la nuit de ce dimanche à lundi, davantage de tendresse.

Sauf que, sous le casque, se cache un cerveau en ébullition, notamment chez les quarterbacks, les « meneurs de jeu » de chaque équipe. Derrière leur ligne offensive qui les protège, les QB proposent une combinaison, guident leur attaque, analysent le positionnement de la défense adverse, s’adaptent sous la pression, tout en restant le plus calme possible alors que des molosses, les dents acérées, se précipitent pour les mettre à terre.

« C’est un poste qui est très exigeant, le plus complet, analyse Jean-Philippe Dinglor, ancien sélectionneur de l’équipe de France. En plus de bien lire les défenses, on se doit de connaître tous les schémas que présentent les coachs pour les jouer, pour savoir ce que tous les autres joueurs doivent faire. Ça demande beaucoup de travail. » Enormément de travail, au point de se demander si quarterback n’est pas le poste qui nécessite le plus d’intelligence tout sports confondus.

Un playbook de plus de 500 pages à apprendre

Pour déjouer les systèmes défensifs, les quarterbacks possèdent une multitude de schémas, qu’ils ont dû apprendre par cœur, comme l’explique à 20 Minutes Sage Rosenfels, ancien QB des Miami Dolphins ou des Houston Texans, 43 matchs de NFL au compteur dans les années 2000 : « Il y a des centaines de schémas de passes, de concepts différents, de courses. J’ai regardé récemment le playbook des Los Angeles Rams de 2022, il y avait 501 pages, un peu comme à mon époque. Les équipes commencent par leurs concepts, puis elles les adaptent en fonction de l’adversaire. Il faut beaucoup de travail pour apprendre toutes les combinaisons. »

Chaque schéma, chaque combinaison à son propre nom. Chaque joueur sait ainsi le rôle qu’il a à jouer, la trajectoire qu’il doit prendre. Si on vous dit « Œuf Tampa, Z-bagel, Vinnie troy, pivot toilettes » ou « run pack, trois set, slam, x profond stop, rail U-lock », n’appelez pas les pompiers, aucun risque d’AVC. Ce sont deux combinaisons offensives, parmi des centaines d’autres, des Kansas City Chiefs, menés par Patrick Mahomes, dévoilées dans la série Netflix Quarterback.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Des suites de mots qui peuvent mettre du temps à être ingérées par le cerveau. Chaque QB a ainsi sa propre technique pour les retenir. Kirk Cousins (Atlanta Falcons) les enregistre sur un dictaphone, avant de les écouter dans sa voiture sur le chemin du retour à son domicile. Marcus Mariota (Washington Commanders), lui, se fait aider par sa femme, à qui il répète les combinaisons comme un enfant récite sa poésie à ses parents avant d’être interrogé par son professeur.

Réalité virtuelle et neurofeedback

« Je ne pense pas que ça soit plus difficile que la chimie, en rigole Sage Rosenfels. Parce qu’au final, nous ne sommes que des joueurs de football. Mais le quarterback doit tout apprendre, comprendre et prendre des décisions en une fraction de seconde. C’est l’un des postes qui demande le plus de préparation mentale tout sports confondus. Être quarterback a probablement plus de difficultés mentales que de difficultés physiques. Sans une profonde compréhension du puzzle, vous n’aurez aucune chance de réussir. »

Pour maximiser ses chances d’avoir de la bande passante, Kirk Cousins a cartographié son cerveau au début de sa carrière et fait du neurofeedback depuis une dizaine d’années, un élément qui permet d’entraîner le cerveau pour l’exploiter à fond et le garder alerte. Dans la série All or nothing, sur Amazon, qui suit les Arizona Cardinals, on voit tout le travail fait part les QB où ils revoient toutes les actions avec un casque de réalité virtuelle et reviennent sur les décisions qu’ils avaient prises pour savoir s’ils avaient fait le bon choix.

« Le quarterback pense toujours, à tous les moments, reprend Sage Rosenfels. Il y a des matchs, durant lesquels je ne jouais pas, où j’ai fini complètement lessivé mentalement, mon esprit ne faisait que réfléchir, je pensais à la préparation de chaque action. Et pendant l’action, je suis sûr que je pensais exactement comme le QB titulaire. »

Des tests d’intelligence ?

Comme pour évaluer la vitesse, la puissance ou les skills, les franchises de NFL font aussi passer des tests cognitifs aux joueurs, et pas seulement aux quarterbacks. Le S2 Cognition, qui étudie neuf fonctions cognitives afin de mesurer la rapidité et la précision avec lesquelles les athlètes traitent les informationst, a succédé récemment au Wonderlic test, lancé dans les années 1970, qui mesurait l’intelligence générale du joueur.

« Vous n’avez pas besoin d’être un génie pour jouer au football, mais le S2 Cognition mesure un peu comment votre cerveau peut anticiper et réagir, développe Sage Rosenfels. Certains des meilleurs quarterbacks de tous les temps n’ont pas bien réussi à ces tests, comme Dan Marino, mais les QB sont généralement les meilleurs. » Pour ceux qui ont des mauvais résultats, leur avenir en NFL peut s’écrire en pointillé.

Très prometteur quarterback à l’université, C.J. Stroud IV a fini avec le bonnet d’âne après avoir passé le S2 Cognition. Suffisant pour être catalogué comme un joueur « idiot » avant la draft 2023 et ne pas être sélectionné en première position. « Je suis un joueur de football, je ne suis pas un participant au S2, se justifiait le jeune homme sur CBS. Je ne pense pas qu’on puisse jouer à Ohio State sans être intelligent. J’ai une excellente mémoire quand il s’agit de football. J’ai l’impression qu’il y a différentes façons d’être un génie. »

Finalement drafté en deuxième position par les Houston Texans, Stroud a quand même réussi à se faire une belle place en NFL. Et a peut-être provoqué une petite révolution. Le New York Times rapporte ainsi que l’agence Athletes First, l’une des plus influentes en football américain, a informé les équipes de la NFL que ses clients ne participeraient plus à aucun examen cognitif.