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« Une chance » ou « indigne »… Le parcours des 20 km a aussi fait débat

JO 2024 : « Pas digne d’un parcours olympique » ou « un bon choix »… Le tracé du 20 km a fait débat chez les athlètes

Jeux olympiquesEn privilégiant encore l’esthétisme à la performance sportive, les organisateurs du 20 km se sont mis à dos quelques athlètes, qui disent avoir souffert comme rarement
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Bien moins médiatisé que le triathlon de toutes les polémiques, le 20 km marche s’est tenu ce matin.
  • Le parcours était particulièrement relevé et compliqué, avec beaucoup de montée-descente, de faux plats, d’épingle et de relance nécessaire. Le tracé a été choisi pour les vues qu’ils offraient, notamment sur la Tour Eiffel et le Trocadero.
  • Une priorisation qui a déplu à nombre d’athlètes ayant subi cette course.

De notre envoyé spécial dans l’enfer des pavés parisiens,

C’est une volonté affichée de ces Jeux 2024. Offrir des vues splendides et en mettre plein les yeux aux (télé) spectateurs. Pari largement remporté, au vu du nombre de photos déjà iconiques en même pas une semaine d’édition. Mais peu à peu, des voix s’élèvent chez les athlètes : « Et nous, dans tout ça ? »

Le triathlon, qui a finalement eu lieu mercredi, illustre à merveille comment l’écrin passe avant tout, même la logique sportive. Pour l’organisation 2024, c’était la nage dans la Seine ou pas de nage du tout. Et des doutes sur la qualité de son eau mercredi, après les orages de la nuit, ne seraient pas illégitimes. La triathlète Miriam Casillas Garcia dénonçait : « Ici, ils ont pensé davantage à la scène, à l’image, à la rendre belle et à la vendre dans la Seine, et rien n’a été pensé pour la santé des athlètes. »

Sous les pavés, la rage

Jeudi matin, les 20 km marche, l’une des épreuves les plus éprouvantes physiquement, a provoqué les mêmes remous. Si le parcours ferait rêver n’importe quel Emilie in Paris – une boucle entre la Tour Eiffel et le Trocadero, empruntant le pont de l’Iena, répétée vingt fois, il était loin d’être sportivement optimal. Beaucoup de dénivelés, de faux plats, d’épingles, ces virages extrêmes, et donc de relances… Tout le gratin du pire pour les gambettes s’était réuni.

Il suffisait de voir les corps marqués à la fin de la course, agonisant, tenant mal debout et cherchant un second souffle bien incapable de venir. Sur la ligne d’arrivée, et devant les micros tendus, toutes s’accordaient sur l’enfer absolu qu’était ce tracé. Olena Sobchuk, au bord du malaise, détaille : « C’était un parcours extrêmement difficile, sans doute l’un des plus durs que je n’ai jamais fait ». Au-delà de toutes les raisons déjà évoquées plus haut, elle cite les horribles pavés parisiens, où plus d’une cheville de runners a rendu l’âme. Et pire que tout, « le nombre de passage asphalte-pavé-asphalte, extrêmement compliqué à négocier ».

La Tour Eiffel, quel Tour Eiffel ?

Quant au fait d’avoir la chaaaaaance de performer dans un tel écrin, l’Ukrainienne se montre quelque peu sceptique : « Autant hier à l’entraînement, j’ai pu profiter de la vue, autant là, c’était tellement difficile, j’étais tellement dans le mal, je crois que je n’ai même pas vu la Tour Eiffel. » Camille Moutard, triathlète française, nuance sur la Dame de fer : « Elle est quand même assez grande, donc on arrive à la voir au début, après c’est plus difficile. J’ai quand même essayé de me nourrir de la beauté des lieux et surtout des regards de mes proches ».

« Le parcours était accidenté et dangereux »

Sa compatriote Pauline Stey défend également le choix du tracé : « Quand on a su qu’on était sur ce parcours, on était trop contente d’être devant la Tour Eiffel, le symbole de Paris, même si le parcours était dur, c’était super d’être ici, c’était un bon choix », même si elle reconnaît que « le grand public ne se rend pas forcément compte de la difficulté du parcours ». Si le parcours n’est pas favorable aux chronos, elle le rappelle « quand on est aux Jeux, on vient pour la place, pas pour la performance. »

Une vision que ne rejoint pas totalement l’équatorienne Magaly Beatriz Bonilla : « Je suis une athlète, si je viens, c’est pour la performance, je m’en moque de la vue. J’étais contente de ma course, mais je n’ai rien regardé, j’étais focus. » Plus incisives encore, les deux portugaises Vitoria Oliveira et Anna Cabecinha attaquent frontalement : « Le parcours était mauvais, accidenté et dangereux. Ce n’était pas une bonne chose de le faire ici. On n’a pas pensé à nous ou au côté sportif, ce n’est pas digne d’une course olympique. »