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« L’excitation d’être vivant »… La peur face à la vague de Teahupoo

JO de Paris 2024 : « L’excitation d’être vivant »… La peur des surfeurs face à la terrifiante vague de Teahupoo à Tahiti

SurfL’épreuve olympique de surf se dispute à Teahupoo, réputée comme la vague la plus dangereuse du monde
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • L’épreuve de surf aux Jeux olympiques se déroule à Tahiti, sur la mythique vague de Teahupoo.
  • Singulière, avec les récifs coralliens à proximité et peu de fond, cette vague procure de la peur chez les surfeurs et surfeuses, même les plus habitués.
  • « Tous les jours où je vais à Teahupoo, il y a forcément un moment où tu as peur », explique Kauli Vaast, qui a découvert la vague à seulement 8 ans.

La prochaine fois que vous suez de tout votre corps avant de voir une toute petite aiguille venir transpercer votre peau douillette pour une prise de sang, pensez donc à Kauli Vaast. A 8 ans, ce petit Tahitien a été envoyé par son paternel surfer la vague de Teahupoo, qui accueille les Jeux olympiques cet été. Et autant dire que la sérénité n’accompagnait pas le gaillard.

« Chaque fois, on parlait de Teahupoo [qui veut dire mur de crânes en tahitien] et je disais : ” Non, je ne peux pas, j’ai trop peur”, raconte le surfeur français. Je suis arrivé et, en fait, c’était tout petit. Mon père m’a dit d’arrêter d’avoir peur, c’est un jour comme un autre. Tous les jeunes, on a été vraiment matrixés à voir Teahupoo comme la vague effrayante et la vague la plus dangereuse du monde. »

Alors, on pourrait croire que, quatorze ans plus tard, à force de la côtoyer, Kauli Vaast, qui espère décrocher une médaille à domicile, a réussi à appréhender LA vague. Détrompez-vous. « Tous les jours où je vais à Teahupoo, il y a forcément un moment où tu as peur. Peur de tomber, de te blesser, spécialement quand c’est énorme. » Enorme, pouvant atteindre sept, huit mètres de hauteur, mais aussi singulière dans sa configuration.

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« Le take-off le plus dur du monde »

  • « C’est la seule vague qui aspire toute l’eau de devant, détaille Joan Duru, autre membre de l’équipe de France. Le take-off (le fait de se lever sur la planche), c’est un trou devant toi. C’est le take-off le plus radical, le plus dur au monde. Il y a beaucoup de peur, mais après on y va. C’est ça qui est vraiment compliqué quand c’est gros. »
  • « C’est une vague unique parce qu’il y a peu de fond, ajoute Vahiné Fierro, qui a remporté la Tahiti Pro, fin mai, à Teahupoo. En tant que surfeurs, il faut matcher cette puissance. Tu peux passer beaucoup de temps sous l’eau, taper le récif et vraiment te blesser gravement [le Tahitien Brice Taerea est mort en 2000 après avoir touché les coraux]. Si tu n’as pas peur, tu mens. »

La Tahitienne, qui a également grandi près du phénomène, a mis longtemps avant de se jeter à l’eau. Après une première visite à l’âge de 15 ans, sans avoir pu vraiment prendre la vague, elle y est allée progressivement deux ans plus tard : « Ce n’était pas une vague qui m’intéressait, j’étais terrorisée. C’était une vague qui me faisait peur et en fait je me forçais à y aller. » Le déclic est arrivé après le gain d’une compétition locale fin 2019, alors qu’elle n’avait pas surfé plus de cinq fois à Teahupoo : « Je me suis dit en 2020, à chaque houle, je devais y aller. Je devais essayer de comprendre cette vague, construire une relation. C’est une vague où il faut avoir de la confiance et du courage. Il faut rester humble et connaître ses limites. »

Avant les Jeux olympiques, de nombreuses délégations se sont justement rendues à Teahupoo pour analyser et s’habituer à la bête, loin du rivage, qui casse toujours au même endroit, sans grand courant. Mais, face aux rouleaux, certains ont défailli. « Parmi les adversaires, que ce soit filles ou garçons, il y en a qui n’ont jamais surfé cette vague, ils étaient terrorisés, raconte Kauli Vaast. Ils ne s’attendaient pas à la taille de la vague. Pendant un mois, on a eu de la grosse houle, on avait du 4 mètres tous les jours. » Impressionnant pour n’importe quel humain sur cette terre, “normal” pour Kauli Vaast qui souhaiterait les mêmes conditions lors des Jeux olympiques.

« La plus belle peur que je puisse connaître »

Car la peur n’empêche pas nos tricolores de profiter du spectacle, aussi bien au niveau visuel, avec la vue sur la mer, les surfeurs, les bateaux et la montagne au loin, qu’émotionnel. « Il y a l’excitation, cette peur me rend vivante, estime Vahiné Fierro. Quand on finit la vague, on est dans un état magnifique, où tu ne comprends pas trop ce qui s’est passé. L’inconnue, c’est de savoir si tu vas profiter de la plus grosse vague de ta vie ou la plus grosse bouffe de ta vie. La pression de matcher avec la vague, c’est la plus belle peur que je puisse connaître. »

« C’est sûr que quand c’est énorme, il y a de la peur, mais ça apporte encore plus de plaisir une fois que tu as réussi la vague. complète Joan Duru. Que les JO soient sur cette vague, c’est incroyable. C’est pour ça qu’on surfe, c’est pour des vagues qui font peur avec des gros tubes. »

Des tubes, justement, on ne devrait voir que ça avec lors des Jeux olympiques. « Le tube, c’est le Graal d’un surfeur. Quand on est enfermé dans l’océan, on ne pense à rien. Notre seule pensée, c’est de sortir du tube. C’est vraiment la plus belle sensation au monde possible. C’est à vivre. » Merci pour le conseil Joan, mais on préfère aller faire une prise de sang. On ne se sent pas bien, tout d’un coup.