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Les plus belles histoires de triche aux JO (article garanti sans dopage)

JO Paris 2024 : Les plus belles histoires de tricherie aux Jeux (article garanti sans dopage)

TRICHEUR TRICHEURIl y a les adeptes du « plus c’est gros, moins ça se voit », ceux qui ont préparé leur coup des mois à l’avance, et ceux qui improvisent. On vous raconte les plus belles affaires de tricherie aux JO
Caroline Politi

Caroline Politi

L'essentiel

  • Chaque olympiade est marquée par des histoires de tricherie plus ou moins grotesque.
  • Un marathonien en voiture, de faux handicapés mentaux ou une épée trafiquée… Les scénarios imaginés sont parfois rocambolesques.
  • Certaines de ces tricheries ont été minutieusement préparées, parfois des années à l’avance, d’autres sont improvisées et répondent à l’urgence.

Au début, nous avions prévu de faire un podium : les trois plus belles histoires de tricherie. Celles qui ont marqué l’histoire des Jeux olympiques. Pas des histoires de dopage, véritable fléau du monde du sport. Non, des tricheries mémorables. Parce que loufoques, énormes, minutieusement préparées ou totalement absurdes. Mais comment se limiter à trois ? Ce serait presque manquer de respect à l’ingéniosité de nos tricheurs magnifiques. Petit tour d’horizon.

Médaille d’or de la flemme

En 1904, la 3e olympiade de l’ère moderne a lieu à Saint-Louis, aux Etats-Unis. Ce 30 août, sous une chaleur caniculaire – 32 °C à l’ombre, 90 % d’humidité –, 32 athlètes prennent le départ du marathon. Parmi les favoris, figure un Américain, un certain Frederick Lorz. Mais au 15e kilomètre, il est pris d’intenses crampes. Impossible de continuer à mettre un pied devant l’autre. Sur le point d’abandonner, le marathonien monte dans la voiture d’un spectateur qui le dépose à moins d’une dizaine de kilomètres de l’arrivée. Requinqué, il franchit la ligne d’arrivée comme si de rien n’était.

Le coureur américain Frederick Lorz était engagé sur le marathon à Saint-Louis, en 1904.
Le coureur américain Frederick Lorz était engagé sur le marathon à Saint-Louis, en 1904.  - WIkimedia Commons.

Frederick Lorz vient de remporter le marathon. Médaille d’or. Mais alors qu’il est sur le point de recevoir son trophée des mains de la fille du président Roosevelt, son poursuivant, Thomas Hicks, s’insurge : il a fait la course en tête et est certain de ne pas avoir été dépassé. Des spectateurs attestent avoir vu monter son concurrent dans une voiture. La supercherie éclate au grand jour. Lorz affirme avoir voulu faire une plaisanterie à ses adversaires. La blague ne passe pas trop et il quitte le stade sous les huées.

Médaille d’or du « p’tit truc en moins »

Une médaille d’or à tout prix ? Quitte à piétiner ses valeurs, son honneur et la morale. C’est en tout cas l’image qu’on retient de la sélection espagnole de basket engagée aux jeux paralympiques de Sydney, en 2000. Le 24 octobre, c’est la consécration : après dix jours à largement dominer la compétition, la sélection réservée aux déficients mentaux bat la Russie 87 à 63 en finale.

Mais quelques semaines plus tard, un joueur, Carlos Ribagorda, renvoie sa médaille au CIO. L’homme est en réalité un journaliste infiltré depuis deux ans au sein de l’équipe paralympique : il ne souffre d’aucune déficience mentale. C’est le cas de dix des douze joueurs de l’équipe. Alors que dans cette catégorie, le QI doit être égal ou inférieur à 75, le journaliste affirme n’avoir passé aucun test intellectuel en deux ans.

Lors des Jeux paralympiques de Sydney en 2000, les basketteurs de la sélection espagnole réservée (soit disant) au déficients mentaux fête sa médaille d'or.
Lors des Jeux paralympiques de Sydney en 2000, les basketteurs de la sélection espagnole réservée (soit disant) au déficients mentaux fête sa médaille d'or. - Rick Rycroft / AP

Les conséquences de ce mauvais tour seront très lourdes : pendant douze ans, le CIO, incapable de fixer des critères de classification claire, a supprimé toutes les catégories réservées aux déficients mentaux. En 2013, le président de la fédération, qui encourait deux ans de prison, est condamné à 5.400 euros d’amende et à rembourser 150.000 euros de subventions publiques. En revanche, les athlètes n’ont pas été condamnés.

Médaille d’or du « copier/coller »

En 1984, l’athlète portoricaine Madeline de Jesus est qualifiée pour deux épreuves des JO de Los Angeles : le saut en longueur et le relais 4x400m. Elle commence donc cette semaine particulièrement chargée par les épreuves de saut et finit à une très honorable cinquième place. Mais le bilan est en demi-teinte : elle s’est blessée aux ischio-jambiers pendant la compétition ; impossible donc de prendre le départ de la course six jours plus tard. Or, la sélection portoricaine n’a inscrit que quatre coureuses pour le relais (le règlement leur donnait la possibilité d’en lister six). Donc sans Madeline de Jesus, c’est l’élimination d’office.

C’est là que vient à Madeline de Jesus une idée : pour sauver son équipe, elle demande à sa sœur jumelle, Margaret, de prendre sa place. Cette dernière est également sportive de haut niveau. Surtout, les deux femmes se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Le 11 août, c’est donc Margaret qui prend le départ. C’est peu dire qu’elle fait le job, puisque l’équipe est qualifiée pour la finale. Mais un journaliste se rend compte de la supercherie.

L’entraîneur, au courant de ce tour de passe-passe, a été radié à vie de la compétition internationale. Les trois autres coureuses, également dans la confidence, ont écopé d’un an de sanction.

Médaille d’or du « sur un malentendu ça peut passer »

Lieutenant-colonel du KGB, trois fois champion du monde, l’Ukrainien Boris Onishchenko est, en 1976, lors des JO de Montréal, le capitaine de l’équipe soviétique de pentathlon moderne. C’est déjà la 3e fois qu’il participe aux Jeux. En 1968, il a décroché l’argent en équipe. En 1972, il a obtenu une breloque du même métal en individuel et en or par équipe.

Après la première épreuve, l’équipe soviétique est quatrième. Place désormais à l’escrime, un combat à l’épée en une touche. Face à Boris Onishchenko, le capitaine de l’équipe britannique, Jim Fox. Lorsqu’il perd son duel, ce dernier s’étonne, il n’a pas senti son adversaire le toucher.

Boris Onischenko juste après avoir été disqualifié des JO de Montréal. L'organisation vient de s'apercevoir qu'il a trafiqué son épée.
Boris Onischenko juste après avoir été disqualifié des JO de Montréal. L'organisation vient de s'apercevoir qu'il a trafiqué son épée.  - AFP / EPU / IOPP PHOTO

Une réclamation est déposée, l’équipement d’Onishchenko vérifié : son épée était en réalité reliée à un dispositif permettant de faire s’allumer la table de marque. La sanction est immédiate : toute l’équipe est exclue. C’est d’autant plus surprenant que l’Ukrainien était archi favori, considéré comme un grand spécialiste de la discipline. Une réputation déjà acquise en trichant ?

Médaille d’or du dictateur qui ne pense pas que « l’important, c’est de participer »

Entre mauvais perdant et perdant qui peuvent devenir très mauvais, il n’y a qu’un pas. Un pas que l’empereur romain Néron – oui, on a remonté le temps jusqu’en 67, dans la Grèce Antique – aurait probablement allègrement franchi. L’homme est tyrannique, a fait assassiner ses proches, tue tous ceux qu’il juge dangereux.

Alors lorsqu’il demande que les Jeux se tiennent avec un an d’avance, personne ne s’y oppose. De même, quand il impose un concours de chant et de poésie – ses spécialités –, personne n’y trouve rien à redire. Il gagne allègrement… il faut dire qu’il était seul en lice. Néron fait également ajouter une course de chars à dix chevaux. Devinez qui la remporta malgré sa chute ?