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Jeux paralympiques de Paris 2024 : Le sport de haut niveau, source d’innovation pour toutes les personnes handicapées
Handicap•Le suivi d’athlètes handicapés comme Pierre-Antoine Baele ou Arnaud Assoumani permet d’améliorer les performances des prothèses pour le grand publicGilles Durand
L'essentiel
- Les retours d’expérience des athlètes handisport de haut niveau permettent d’améliorer les prothèses destinées au grand public.
- L’orthoprothésiste Romain Ségard et le triathlète Pierre-Antoine Baele travaillent ensemble depuis 5 ans à Lille pour concevoir une prothèse de jambe la plus efficace possible pour le triathlon.
- A Montpellier, l’athlète handicapé Arnaud Assoumani participe à des programmes de recherche pour améliorer les performances de certaines prothèses.
«Sans Romain, ma vie serait totalement différente ». En enfilant sa prothèse de jambe, Pierre-Antoine Baele ne tarit pas d’éloges sur son orthoprothésiste. Romain Ségard fait, en effet, partie de la garde rapprochée du triathlète français vice-champion du monde en titre, lequel vise, d’ailleurs, une qualification pour les Jeux paralympiques de Paris, cet été.
Pour Pierre-Antoine Baele, handicapé de naissance à cause d’une agénésie du pied gauche, la prothèse est devenue un accessoire essentiel depuis le plus jeune âge. « J’ai commencé à faire du sport à l’âge de 6 ans, se souvient-il. J’étais très bien appareillé, mais il fallait faire une heure de route pour aller voir l’ortho à Montpellier. »
« On cherche la prothèse la plus efficace possible »
Depuis que ce natif de Lille est revenu dans le Nord pour ses études, son professionnel de santé est plus accessible. « C’est essentiel car l’appareillage sportif nécessite beaucoup de suivi », indique-t-il. A 32 ans, il n’hésite pas à associer ses performances « à l’expertise de Romain sur les prothèses ».
« Avant, je ne connaissais pas du tout le milieu du triathlon, ni le sport de haut niveau, note Romain Ségard, membre du réseau Orthoway. J’ai beaucoup appris auprès de Pierre-Antoine. » Voilà cinq ans que les deux hommes travaillent ensemble. « On cherche forcément la prothèse la plus efficace possible car un ou deux degrés de décalage de la lame changent l’axe de la course. Et il faut parfois plusieurs jours d’essais pour trouver le bon réglage. »
Du sur-mesure qui a un coût. Mais Florian Ferrando, directeur régional d’Orthoway, partenaire de la carrière sportive de Pierre-Antoine Baele, se refuse à le chiffrer. « Si on se posait la question du prix des prothèses et du temps passé, on ne le ferait pas », se contente-t-il d’assurer.
« La pratique du sport me coûtait de l’argent »
Néanmoins, cette aide est primordiale, dans la mesure où la fédération ne propose aucune aide pour l’achat des prothèses. « Quand on est handicapé, faire du sport tout court nécessite un financement personnel qui n’est pas pris en charge par la Sécu », poursuit Florian Ferrando.
Un constat confirmé par Arnaud Assoumani, athlète installé près de Montpellier. « Pratiquer le sport de haut niveau nécessite un gros investissement personnel, explique-t-il à 20 Minutes. Quand j’ai été champion du monde en 2006, sans couverture médiatique, la pratique du sport me coûtait de l’argent. »
Lui, c’est au niveau du poignet qu’il souffre d’une agénésie. Un handicap qui ne l’a pas empêché de mener une belle carrière, y compris chez les valides, en saut en longueur et triple saut. S’il faut compter entre 5.000 et 20.000 euros pour une lame de course, le prix peut atteindre les 30.000 euros pour une prothèse myoeléctrique de la main et du poignet.
Travaux de recherche
Le partenariat avec un orthoprothésiste est donc essentiel. Depuis un an et demi, c’est avec Johanna Harel, cofondatrice de Jouvet Orthopédie, que travaille avec Arnaud Assoumani. « Nous accompagnons de manière gracieuse quatre ou cinq athlètes dans d’autres disciplines, note Johanna Harel. Cela amène des réflexions sur notre pratique au quotidien. Par exemple, la mise au point d’un siège sur mesure de kayak pour un sportif de haut niveau a profité aux personnes handicapées qui veulent se mettre à ce sport. »
Avec Arnaud Assoumani, la recherche de performance va beaucoup plus loin. Aux côtés d’Eric Pantera, médecin spécialiste en réadaptation, l’athlète participe à des travaux de recherche avec des biomécaniciens pour optimiser le poids de la prothèse. Le mois dernier, de nouvelles études étaient d’ailleurs programmées pour calculer la répartition idéale du poids dans la prothèse de main.
« Les retours d’expérience d’un athlète de haut niveau sont très intéressants, notamment comment le corps s’habitue et s’adapte aux changements de poids, reconnaît Johanna Harel. Une prothèse sous vide pour améliorer la course à pied, testée l’an dernier, a finalement montré plus d’inconvénients que d’avantages. »
Pieds prothétiques carbone à partir des lames de course
A Lille, Romain Ségard compte aussi beaucoup sur les sensations de son champion. « On imagine des améliorations mais les résultats sont imprévisibles. Seul le ressenti de Pierre-Antoine Baele peut nous guider », insiste-t-il.
Ce jour-là, le triathlète nordiste doit d’ailleurs tester un nouveau manchon et une nouvelle lame de course lors d’un entraînement, au Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (Creps) de Wattignies, près de Lille. Bilan ? Certains frottements sont encore douloureux. De nouveaux essais seront nécessaires.
Et un jour peut-être, une innovation ira renforcer le marché des prothèses grand public. « Comme dans tous les sports de haut niveau type formule 1, une fois qu’on a trouvé un dispositif qui permet d’améliorer une performance, on peut le vulgariser pour le transformer de façon industrielle », souligne Florian Ferrando, d’Orthoway.
* L’épreuve de triathlon des JO aura lieu le 1er septembre, celle du saut en longueur le 3 septembre.


















