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Entre émotions et chauvinisme, comment commenter un club français en finale de C1 ?

PSG - Inter : « On se doit d’accompagner l’émotion »… Comment commenter un club français (sans se faire allumer) ?

FOOTBALLAprès la qualification parisienne contre Arsenal, le consultant de Canal+ Sidney Govou s’était fait allumer par les supporters de l’OL, lui reprochant de s’enflammer sur le PSG. A quelques heures de la finale contre l’Inter, on a creusé le sujet
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • La finale de la Ligue des champions entre le PSG et l’Inter sera diffusée sur M6 et Canal+, qui ont toutes deux dégainé une journée spéciale sur leurs antennes.
  • En demi-finale, contre Arsenal, le consultant Sidney Govou s’était pris une volée de critiques de la part de fans de l’OL, qui lui reprochaient de trop s’enthousiasmer sur le PSG.
  • L’ancien Lyonnais n’a pourtant fait que suivre les us et coutumes des chaînes en de pareilles circonstances, où il est logique de soutenir le club français engagé.

Les fragiles auront l’embarras du choix. Deux semaines après avoir pleurniché sur les réseaux sociaux et attaqué Sidney Govou, lui reprochant de trop s’enthousiasmer sur la qualif du PSG contre Arsenal, les supporters lyonnais pourront opter pour M6 si jamais ils décident de regarder la finale contre l’Inter, samedi soir.

Pour la première diffusion d’une finale de Ligue des champions de son histoire, la chaîne a en effet choisi l’ancien joueur et coach parisien Antoine Kombouaré pour accompagner le journaliste Xavier Domergue aux commentaires. Peu de chance a priori pour que le Kanak ne se fasse allumer pour avoir trop célébré un but parisien, comme Govou avant lui.

« Il y a zéro débat, en fait »

D’ailleurs, que ce soit du côté de Canal+ ou de M6, on dénonce une polémique absolument ridicule, comme notre pays sait chaque jour en inventer. « C’est nul et non avenu, sans le moindre intérêt, c’est une histoire de réseaux sociaux, balaye Hervé Beroud, le directeur de l’information du groupe M6-RTL. Je ne vois pas pourquoi Sidney Govou, qui est certes un ancien Lyonnais mais aussi et surtout un ancien grand international français et un grand spécialiste du football, ne pourrait pas s’enthousiasmer sur le beau jeu d’une équipe française, quelle qu’elle soit, en l’occurrence ici sur le PSG. »

« C’est hélas représentatif d’une petite minorité de supporters extrémistes qui ne comprend pas ce que c’est que de commenter un match d’une équipe française en Coupe d’Europe », souffle Hervé Mathoux, le journaliste de Canal+ en pleine préparation de la soirée exceptionnelle qui s’annonce samedi sur l’antenne.

« A la différence d’un match de Ligue 1, où on a un devoir de neutralité, quand on commente un club français en Coupe d’Europe, on a un devoir d’émotion. On se doit d’accompagner celle qui est la plus largement partagée par ceux qui nous regardent, précise Mathoux. Sidney, quand il commente le PSG qui a la possibilité de se qualifier en finale de C1, il vibre comme nous tous, c’est normal ! Et l’année prochaine, il vibrera avec Paris, avec Monaco, avec l’OM, comme il a pu vibrer avec l’OL en Ligue Europa. Il y a zéro débat, en fait. »

Jamais contents, ces supporters

D’autant que pendant que des Lyonnais taillaient un costard à Sidney Govou, d’autres supporters pas contents non plus, mais Parisiens ceux-ci, prenaient les mesures et faisaient les retouches. Un étrange phénomène propre au « clubisme » qui fait que deux franges de supporters opposées auront le même sentiment de persécution au même moment, sur un même match. Ce qui fait toujours marrer Hervé Mathoux : « Je trouve toujours ça drôle de recevoir en même temps des messages de supporters des deux clubs pour nous dire à quel point on est pour l’adversaire. Ça arrive souvent ! “Quel scandale ce commentaire anti-marseillais !”, “quel scandale ce commentaire anti-parisien”, tout ça dans la même seconde. C’est fort ! »

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Aussi forts que les psychopathes qui lui envoient des menaces de mort en privé sur Twitter parce que le Hervé Marthoux de leur jeu vidéo FIFA a été méchant dans ses commentaires contre leur équipe. Si, si, ils existent. « Les supporters ne seront jamais contents puisqu’ils considèrent, comme les militants dans les partis politiques, du reste, que la posture normale c’est leur jauge, poursuit la figure des sports à Canal. Or, leur jauge est excessive et ils le savent. C’est quand même drôle que ce soient des gens qui s’autoproclament non-objectifs qui se fassent juges de ce que devrait être l’objectivité des autres. »

On l’écrit d’autant plus facilement qu’on a quelques beaux spécimens qui nous écrivent au service des sports de 20 Minutes. La posture victimaire est un peu comme une seconde peau pour certains supporters de foot, qui ont l’indignation aussi facile que sélective. Du reste, chaque époque a ses chouineurs, comme le démontre la voix de Canal : « J’étais à TF1 pendant les épopées marseillaises des années 1990 et sur tous les stades on nous rebattait les oreilles en disant qu’on était pro-Marseillais, qu’il n’y en avait que pour l’OM. Ca a été pareil au moment de la suprématie de l’OL, qu’est-ce qu’on n’a pas pris non plus ! Là on est dans une période d’hégémonie parisienne, donc forcément on est pro-Parisiens… »

Un savant mélange d’émotions et d’analyses objectives

Le miroir grossissant des réseaux sociaux ne doit pas nous faire oublier que la grande majorité des téléspectateurs ne sont pas des supporters acharnés ni de la première heure des équipes qu’ils suivent à la télé en Coupe d’Europe. Et que veulent-ils de la part des commentateurs ? Ce qu’on recherche en premier chez un consultant, c’est son expertise, son éloquence et sa capacité à s’exprimer au plus grand nombre », tranche Hervé Beroud. Pour le présentateur du Canal Champions Club, le public « veut de l’information objective et un regard critique ». Fini le commentaire chauvin à la papa de Thierry Roland, où la moindre décision arbitrale était perçue comme un affront à la nation.

« Si Sidney pense qu’il n’y avait pas faute pour Paris et que l’arbitre a été généreux, il peut le dire, il doit le dire […] Mais sinon, encore heureux qu’il s’enflamme sur le beau jeu du PSG. C’est s’il s’était enthousiasmé en cas de qualification de l’adversaire que ça aurait été bizarre. Vous me direz qu’on a eu un précédent de ce point de vue là », sourit Mathoux. En effet. C’était il y a deux ans, à Madrid, alors que le PSG venait à nouveau de salir son pantalon après s’être effondré face au tsunami Karim Benzema.

Ce soir-là, le duo Paul Tchoukriel et Habib Beye, pas aidé par son statut d’ancien marseillais, avait donné aux supporters parisiens la sensation de se réjouir des malheurs des Rouge et Bleu. « Ils ont été emportés par le scénario absolument incroyable, avec Paris qui avait une grosse avance et qui a perdu le fil en quelques secondes », tente de relativiser leur collègue.

Govou a prévu de ne rien changer

Un risque dont s’est prémuni M6 en n’allant rechercher uniquement ses consultants parmi les anciennes gloires du PSG. Ainsi donc, Youri Djorkaeff, Luis Fernandez et Raï (qui est passé depuis chez le voisin estampillé Paris FC) accompagneront « Casque d’Or » pour une soirée qu’on espère historique pour le PSG.

« Pour cette finale, comme c’était un one shot pour nous, avec en plus un club français, on a opté pour une formule mêlant expertise, connaissance du club et passion pour le PSG. Ces quatre anciens du PSG ont l’histoire du club chevillée au corps, l’éloquence, l’expertise et la passion », se félicite Beroud. Du côté de Canal, Govou sera à nouveau sur le pont, lui qui a assuré sur Twitter que les attaques qu’il a subies n’avaient pas eu l’effet escompté.

« Supporters lyonnais, marseillais, etc. Je ne suis pas Parisien, mais j’aime le foot et ce que propose ce PSG est exceptionnel, malgré vos insultes, je ne m’empêcherai jamais de le dire, a-t-il annoncé fin avril sur Twitter. Le jour où vos équipes seront à ce niveau, je le dirai aussi, avec plus de plaisir pour l’OL quand même ». En attendant, c’est Paris qui s’y colle et vous serez gentils de laisser Sidney kiffer.