Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Quand Courbis a fait venir Zidane à Bordeaux et l’a surnommé « Zizou »

« Rolland, c’était un malin »… Quand Courbis lançait pour de bon la carrière de Zidane sur un coup de bluff

FOOTBALLRolland Courbis, qui est décédé ce lundi matin à l’âge de 72 ans, est à l’origine de la venue de Zinédine Zidane à Bordeaux à l’été 92 dans des conditions un peu particulières
Rolland Courbis, personnage emblématique du football français, est mort à 72 ans
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Figure emblématique de notre championnat de France, Rolland Courbis est décédé lundi à l’âge de 72 ans.
  • Si l’on retient avant tout de lui son passage sur le banc de l’OM entre 1997 et 1999, c’est à Bordeaux que Courbis a véritablement lancé sa carrière d’entraîneur.
  • C’est d’ailleurs lui qui fera venir un certain Zinédine Zidane de l’AS Cannes, que tout le monde appelait encore « Yazid » et qu’il finira par surnommer « Zizou ». Pour l’occasion, 20 Minutes se plonge dans cet épisode important de l’histoire du Z et des Girondins de Bordeaux.

Si les grands esprits se rencontrent, les grandes gueules du foot français, elles, se retrouvent mais au ciel, ces derniers temps. Trois semaines après le décès de Jean-Louis Gasset, c’est au tour de Rolland Courbis, un autre personnage haut en couleur de notre championnat de France, de passer l’arme à gauche. Courbis, c’était le football à l’ancienne, celui des maillots bouffants et des sponsors uniques, celui des clopes qu’on se grillait allègrement en plein match sur le banc de touche, gourmette au poignet et chaîne en or apparente avec la chemise ouverte sur une toison brune un brin virile.

Sans oublier cet accent marseillais reconnaissable parmi des millions, cette gouaille à la Pagnol pareille à aucune autre. Si les plus jeunes d’entre vous ne connaissent que le Courbis consultant sur RMC, nous autres vieux cons à l’œil humide en ce jour de deuil, nous souvenons aussi du Courbis entraîneur, l’homme de la plus belle remontada du football français un soir de Marseille-Montpellier (5-4) au stade Vélodrome, celui aussi que les présidents appelaient pour jouer les pompiers de service et sauver leurs clubs en détresse.

S’il est vrai que le Marseillais avait la bougeotte, qu’il n’a jamais passé plus de deux ans sur un même banc et que son armoire à trophée n’est pas la plus garnie du milieu (un titre de champion de France de L2 avec Ajaccio en 2002), Rolland Courbis n’en restera pas moins un coach qui a profondément marqué l’histoire du football français. Et celle des Girondins, qui seront les premiers à lui donner sa chance sur un banc professionnel à l’été 1992 et qui ne le regretteront pas. Car c’est bien lui qui fera venir un certain Zinédine Zidane après un début de carrière prometteur du jeune garçon du côté de l’AS Cannes.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

« Et pour Zidane, c’est combien ? »

Ce jour-là, alors qu’il part négocier le transfert de Jean-François Daniel avec son président de l’époque, Alain Afflelou, Courbis tente le coup façon Jean-Claude Duss : fonce, oublie que t’as aucune chance, sur un malentendu ça peut passer. Auteur de la bande dessinée « Zidane, l’histoire d’une étoile » avec le dessinateur Faro et l’ancien journaliste de L’Equipe Gérard Ejnès, Alexandre Fiévée se souvient bien de cet épisode que lui conta Courbis un jour par téléphone.

« Un peu naïvement, Rolland profite de cette rencontre pour demander au président de Cannes, Alain Pedretti “juste par curiosité, le jeune Zidane là, il a signé à Marseille ?”. Perdetti lui répond que non, que ça devait se faire mais qu’ils le trouvent trop lent finalement. Et il ajoute “Et Wenger à Monaco n’est pas intéressé non plus”. A ce moment-là Cannes allait descendre en D2, ils avaient besoin de vendre, et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, relate Fiévée. C’est là que Courbis écrase le pied d’Alain Afflelou sous la table pour lui faire comprendre qu’il faut sauter sur l’occasion. Afflelou demande alors à Pedretti : “par pure curiosité, ça coûterait combien ?”. Pedretti lui dit quatre millions. Afflelou répond que c’est un peu cher pour un si jeune joueur qui n’a pas encore fait ses preuves. Et là, Courbis lui remet une deuxième couche sur le pied pour lui faire comprendre qu’il faut payer (rires). »

A l’arrivée, Afflelou et Courbis repartiront avec Zidane dans leur baluchon contre un chèque de trois millions de francs et la promesse de signer aussi Eric Guérit, qui était à l’époque l’un des plus gros salaires du vestiaire cannois. « Il était venu recruter un joueur, il est reparti avec trois, rigole aujourd’hui l’intéressé. Rolland était un malin, il était adepte de ce genre de coups à trois ou quatre bandes, c’était son côté joueur, fin stratège. Il savait négocier et parvenir à ses fins. »

Courbis, le premier à avoir cru en « Yazid »

Directeur sportif de l’AS Cannes à l’époque, Guy Lacombe, qui n’était pas dans le bureau ce jour-là mais qui croit volontiers l’anecdote du pied écrasé - « c’était tout à fait le style de Rolland ! » - assure que « Bordeaux lui doit une fière chandelle ». D’autant que le jeune joueur sort d’une saison un peu compliquée avec Cannes, reléguée en D2 à la fin de la saison 91-92, et que les clubs ne se bousculent pas aux portillons.

« C’est un des premiers coachs à avoir vraiment cru en Zidane, rappelle l’ancien coach du PSG. Quand il a su que le président cannois faisait les soldes, si j’ose dire, il a sauté sur l’occasion. Le côté rusé de Rolland a repris le dessus. Il avait très bien compris pourquoi Yazid sortait d’une saison difficile - il faisait des allers-retours à Paris pour son service militaire - et il savait pertinemment qu’il avait un potentiel de fou. Guy Roux avait ce flair, Rolland aussi. Et ils ne sont pas nombreux dans ce cas-là. »

Les deux hommes sont pourtant aux antipodes. D’un côté, le jeune et timide Zinedine, de l’autre, Rolland, le bon vivant, le beau parleur qui n’a pas sa langue dans sa poche de veston. « Mais ça a tout de suite bien fonctionné, se rappelle l’ancien Bordelais François Grenet, 18 ans à l’époque. Rolland était un amoureux du genre humain, de l’autre. Il avait cette capacité en discutant deux minutes avec toi de savoir qui tu étais et comment il fallait te gérer. Que tu sois une star, un vieux briscard ou un petit jeune qui monte, il savait comment te parler et comment te mettre en confiance pour que tu donnes le meilleur. C’était un manager hors pair. »

Rolland Courbis lors de son second passage à Montpellier entre 2013 et 2015.
Rolland Courbis lors de son second passage à Montpellier entre 2013 et 2015.  - Stéphane DE SAKUTIN

Et « Yazid » devint « Zizou »

C’est sous ses ordres que Zinédine Zidane, que tout le monde appelait encore « Yazid », son deuxième prénom, va devenir Zizou. Sportivement parlant, mais aussi lexicalement. Alexandre Fiévée : « Courbis avait du mal avec Yazid, ça accrochait, il le prononçait mal, il n’aimait pas. Et comme à Marseille, là d’où il vient, on met la terminaison -ou à la fin des prénoms de manière affectueuse, il a décidé de surnommer Zidane, Zizou. » « Je me moquais de lui en lui disant ‘tes parents, ça ne leur suffisait pas Zidane, il fallait mettre aussi devant Zinedine’, ça en faisait des Z… Evidemment, c’était pour plaisanter, racontera un jour Courbis sur le plateau de Canal+. Comme dans la région marseillaise, si tu t’appelles Louis, c’est Loulou, tu t’appelles Didier, c’est Didou… Avec Jean-François Daniel qui disait 'Ziz', moi j’ai rajouté le ‘ou’, et cela a fait Zizou. »

Après deux années passées ensemble dans une équipe des Girondins en pleine reconstruction après la rétrogradation administrative du club en D2 à la fin de la saison 91-92, et deux belles quatrièmes places décrochées, Afflelou décide de se séparer de Courbis, qu’il juge un chouïa trop sulfureux pour son club à la papa. Quant à Zidane, s’il avait un temps émis l’idée de rester aux Girondins de longues années, les sirènes des grands clubs se feront trop pressantes pour qu’il reste dans ce championnat de France devenu trop petit pour son immense talent.

Alors, quand la Juve s’intéresse au gamin de la Castellane, c’est encore Courbis qu’on appelle pour avoir son avis sur la soi-disant nouvelle pépite du foot français. « L’AC Milan venait de signer Dugarry, le grand copain de Zidane à Bordeaux, mais, du côté de la Juventus, les dirigeants doutent encore du potentiel de Zizou, raconte Alexandre Fiévée. D’autant qu’ils avaient déjà Del Piero en 10. Ils appellent alors Courbis qui leur dit “qu’est-ce que vous voulez que je vous dise au sujet de Zizou sinon que c’est un joueur exceptionnel ? !” ». Ces mots seront une garantie suffisante pour les Bianconeri qui, eux non plus, ne regretteront pas d’avoir écouté le grand sage clopeur à la chemise ouverte.